SOBOCKI Françoise [née STEPNIAK]

Par Daniel Grason

Née le 26 février 1900 à Wycislowo village de la gmina (commune) de Borek-Wielkopolski, pomiat (district) de Gostyn, voïvodie de Grande-Pologne, morte le 1er mai 1945 à Bergen-Belsen ; chargeuse de charbon ; militante de la Main-d’œuvre immigrée polonaise (MOI).

Franz et Françoise Sobocki. Leur fils Théo et sa fiancé, il mourut le 24 septembre 1948.
Franz et Françoise Sobocki. Leur fils Théo et sa fiancé, il mourut le 24 septembre 1948.

Entre les deux guerres Mondiales, les Compagnies minières envoyaient des recruteurs notamment en Pologne pour y sélectionner de la main-d’œuvre. En décembre 1923 la famille Stepniak Aldabert et Josepha vint dans le bassin minier du Nord, Pas-de-Calais. Composée de quatorze enfants, seuls neuf d’entre eux : quatre filles âgées de 25, 23, 21 et 12 ans, et cinq garçons 19, 18, 16, 14 et 9 ans arrivèrent à Flers-en-Escrebieux arrondissement de Douai (Nord). Ils vécurent 78, cité Grammont.
Le 19 décembre 1923, Françoise Stepniak entra comme chargeuse de charbon aux mines de l’Escarpelle à la fosse 5 à Douai Dorignies. Elle accoucha d’un fils prénommé Théodore le 15 février 1925, elle travailla à compter du 15 avril 1925 à la fosse 9 à Roost-Warendin.
Le 27 juin 1925, Françoise Stepniak épousa Franz Sobocki, mineur, en mairie de Flers-en-Escrebieux, le couple habita 34 rue de la Briquette à Pont-la-Deule (Nord). Franz milita au sein de la Fédération des mineurs polonais, son travail d’aide-boiseur dans la mine était harassant et altérait sa santé. Le 4 mars 1926 Françoise donna naissance à une fille, Martha. Le 14 avril 1928 Françoise Sobocki changea de poste de travail, elle fut rayée des effectifs des mines de l’Escarpelle le 4 janvier 1929.
Franz Sobocki quitta le Nord pour Paris, il habita en avril 1938 dans une chambre de l’hôtel de Nancy avenue Gambetta à Paris (XXe arr.). Il chercha un logement, trouva un meublé 2 rue du Tournant à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), Françoise, Théodore et Martha le rejoignirent. La famille Sobocki fit la connaissance de voisins, Bernard Hastert et Yvonne Gras. Françoise Sobocki était adhérente à l’association de l’Université Ouvrière Polonaise (TUR) proche du Parti communiste, elle partageait les idées de son mari.
La 1ère Brigade mobile de la Sûreté nationale interpella le 7 novembre 1941 Maurice Gunsbourg, ex. adjoint au maire communiste de Clamart (Seine, Hauts-de-Seine) responsable de la propagande clandestine de la région Paris Est. Sur un document saisi figurait le nom de Kazimierz (Casimir) Szawejko, membre du triangle de direction des communistes polonais en France. Les deux autres responsables ont très rapidement identifiés : Boleslaw Maslankiewicz dit « Bolek » et François Sobocki.
Le 19 novembre 1941 la Première Brigade régionale de police mobile interpella Françoise Sobocki, elle comparut le lendemain devant le Tribunal de 1ère instance, un mandat de Dépôt a été délivré pour son incarcération à la Maison d’arrêt de La Roquette. Sur sa fiche anthropologique, il était écrit : « taille 1,57 m – nez long – joues creuses ».
Le tribunal lança une commission rogatoire pour « identifier, rechercher et entendre les individus avec lesquels [Kazimierz] Szawejko » avait été en « rapport depuis septembre 1939 et notamment les époux Sobocki. » Le 3 janvier 1942 une détenue écrivit sous la dictée de Françoise à ses enfants à Aubervilliers. Le 5 janvier elle demanda pour des raisons de santé sa mise en liberté provisoire. Le 29 janvier, un médecin a été désigné pour donner son avis, il rendit son avis le 4 février, elle resta en prison.
Le 26 mars 1942 Françoise Sobocki comparut devant le Tribunal de 1ère Instance en compagnie d’une vingtaine d’inculpés pour « activité communiste »… tous étaient renvoyés devant la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris. Le 31 mars 1942, François Sobocki était fusillé au fort du Vert Galant à Wambrechies (Nord).
Incarcérée à Fresnes, elle écrivit le 7 mai 1942 à ses enfants : « Donnez le bonjour à madame Yvonne et à monsieur Bernard ». Elle comparut le 27 mai 1942 devant la Section spéciale près la Cour d’Appel de Paris qui siégea à huis clos. Françoise Sobocki était accusée d’être un agent de liaison de l’organisation communiste clandestine, ce qu’elle nia. Elle a été condamnée à trois ans de prison et 1200 francs d’amende. Quant à Boleslaw Maslankiewicz en fuite, il continua inlassablement à organiser la résistance communiste polonaise dans le Nord Pas-de-Calais et la région de Montceau-les-Mines.
Le 29 mai elle était transférée à la prison de Fresnes, le 14 juin elle adressait une lettre à ses enfants écrite en français, elle leur demandait : « surtout me prévenir dès que vous aurez des nouvelles de votre père. »
Le 20 juin 1942, elle entrait à la prison de Rennes (Ile-et-Vilaine). Elle écrivit le jour même à ses enfants. Dans un courrier du 19 octobre 1942, elle s’inquiétait du fait qu’ils devaient payer les frais de justice de son procès. Autre lettre en novembre, trois lignes étaient censurées. Elle envoya d’autres courriers à ses enfants où elle demandait des nouvelles de « Laurent », de « grand-père et grand-mère », et de « monsieur et madame Bernard. » En décembre 1942, dans une lettre en polonais, elle recommandait la prudence à ses enfants : « Souvenez-vous que vous êtes toujours surveillés par la police, vous ne les voyez pas, mais eux vous voient. Faites également attention de ne rien avoir d’interdit à la maison et de n’héberger personne. Donnez-moi des nouvelles de Baran, où il se trouve actuellement ou si vous voyez Bolek ou Stephan et si vous recevez quelque chose du parti. »
Les 6 mars et 14 juillet 1943 elle manifesta avec d’autres détenues. Le 10 avril 1944, elle écrivit : « Cette semaine les Allemands sont venus chercher un grand nombre de mes camarades. Il est probable que je serai certainement du troisième contingent. Vois-tu mon cher fils il ne faut te décourager si cela arrivait car j’ai malgré tout un bon moral, mais que veux-tu c’est la fin et naturellement ça ne sera pas joli. » Elle leur envoya une dernière lettre le 17 avril 1944.
Françoise Sobocki fut livrée le 2 mai 1944 aux Autorités allemandes, incarcérée au fort de Romainville (Seine, Seine-Saint-Denis). Le 13 mai, elle était dans le convoi de 567 femmes à destination de Ravensbrück (Allemagne). Matricule 39228, à une date inconnue elle fut envoyée à Neuengamme où elle a été immatriculée 5682. Envoyée au camp de Bergen-Belsen, elle y mourut.
Bernard Hastert qui habitait 2 rue du Tournant épousa Martha Sobocki le 2 février 1946 en mairie de Roost-Warendin. Le fils du couple, Claude mena de très longues démarches pour connaître la date exacte de la mort de Françoise Sobocki. Le 30 novembre 2005, le Centre spécial d’état civil de Bad Arolsen (Allemagne) établissait un acte de décès et situait celui-ci entre le 19 avril 1945 et le 1er mai 1945.
Le 16 mars 2017 la mairie d’Aubervilliers transcrivait le décès de Françoise Stepniak (acte N° 132), le Premier mai 1945 à Bergen-Belsen (Allemagne). Le 26 avril 2017, l’arrêté portant apposition de la mention « Mort en déportation » sera porté sur les actes et jugements déclaratifs de décès à l’expiration d’un délai d’un an après publication, (donc le 31 mai 2018), le 1er mai 1945 fut retenue comme date de décès. L’Arrêté du 26 avril 2017 a été publié au Journal Officiel le 30 mai 2017,
Sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, le nom de Françoise Sobocki a été orthographié Sabotsky Françoise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196536, notice SOBOCKI Françoise [née STEPNIAK] par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 octobre 2017, dernière modification le 21 novembre 2017.

Par Daniel Grason

Franz et Françoise Sobocki. Leur fils Théo et sa fiancé, il mourut le 24 septembre 1948.
Franz et Françoise Sobocki. Leur fils Théo et sa fiancé, il mourut le 24 septembre 1948.

SOURCES : AN Z-4-63-B. – Arch. PPo. 1W 676, 77W 1783 (dossier François Sobocki), 1W 1027 (dossier Maurice Gunsbourg), BA 2056. – Livre-Mémorial FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Nos remerciements à Claude Hastert pour les informations qu’il nous a transmis sur le parcours de Françoise Sobocki à la prison de Rennes et les longues démarches qu’il a entrepris pour qu’elle soit reconnue « Morte en déportation. ».

PHOTOGRAPHIES : communiquées par Claude Hastert.

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