ROZENFARB Moszek

Par Jean-Sébastien Chorin

Né entre le 9 et le 21 avril 1893 à Checiny (Pologne), naturalisé Français, massacré en représailles le 19 août 1944 à Lyon (Rhône), rue bataille (VIIIe arr.) ; maroquinier ; victime civile juive.

Moszek Rozenfarb était marié à Ryfka Lubliner. Il avait deux fils : Léon, Wolf*, né le 20 avril 1920 à Kielce (Pologne), et Szlama, né le 23 mars 1922 à Wolbrom (Pologne). Juifs polonais, les Rozenfarb s’exilèrent en France et s’installèrent à Paris où ils demeurèrent 72 rue Pixérécourt (XXe arr.). Moszek Rozenfarb fut maroquinier. Il fut naturalisé Français avec sa femme et ses fils par décret du 28 février 1940.
Pendant la guerre, les Rozenfarb se réfugièrent à Lyon (Rhône). Mozeck Rozenfarb demeura 37 rue Seignemartin (VIIIe arr.), ses fils, 23 rue des Macchabées (Ve arr.).
Le 23 mars 1944, inculpé d’usage de fausse carte d’identité, son fils Szlama fut incarcéré à la maison d’arrêt de Lyon (prison Saint-Paul). Le 1er avril il fut condamné par le tribunal correctionnel de Lyon à huit jours de prison et fut libéré le jour même.
Le 16 juin 1944, son fils Léon, qui s’était engagé dans les Francs-tireurs et partisans de la Main d’œuvre immigrée (FTP-MOI), décéda à l’hôpital de l’Antiquaille (Lyon).
Le 16 août 1944, entre 11 heures et 12h15, une cinquantaine de FTP-MOI s’attaquèrent à des GMR cantonnés dans le groupe scolaire Édouard Herriot, 157 rue Bataille (Lyon, VIIIe arr.), afin de s’emparer de leurs armes. Les résistants récupérèrent quatre fusils-mitrailleurs, quatre mitraillettes Thomson, des revolvers, mousquetons, fusils de chasse, des munitions et du matériel. Lors de cette action, une soixantaine de GMR rallièrent spontanément la Résistance. Au même moment, le transporteur Louis Guiard livrait du lait chez son client Ferdinand Gay, 164 rue Bataille, en face de l’école. Repéré et sollicité par les FTP-MOI, il transporta dans son camion le matériel et les hommes au maquis de la Croix du Ban.
Après cette victoire de la Résistance, le 19 août 1944, vers 5 ou 6 heures du matin, le quartier des États-Unis fut cerné par des Allemands. Un capitaine de la Gestapo, assisté d’une trentaine de Français (sans doute des agents français de la Gestapo, peut-être des PPF), dirigea l’opération. Ces hommes arrêtèrent un grand nombre d’habitants du quartier et les rassemblèrent dans la cour du groupe scolaire Édouard Herriot. Les Allemands sommèrent les coupables de se dénoncer, contrôlèrent les identités et interrogèrent les prisonniers. Ils tentèrent de contraindre le chef de groupe de la défense passive, Antonin Lebre, de leur donner les noms des habitants juifs du quartier. Il rusa et les accompagna chez un homme qu’il savait parti.
Vers midi, les Allemands relâchèrent tous leurs prisonniers sauf Paul Errouet, Louis Guiard, Ferdinand Gay, Moszek Rozenfarb et Hour Eddin Rhachide qui furent alignés contre un mur, les mains derrière le dos. Seul Paul Errouet fut conduit au siège de la Gestapo, place Bellecour, puis à Montluc. Louis Guiard et Ferdinand Gay, impliqués directement ou indirectement dans les événements du 16 août, furent considérés comme des résistants. Moszek Rozenfarb et Hour Eddin Rhachide furent identifiés comme juifs (en réalité Hour Eddin Rhachide était musulman). Après consultation de deux Français, le capitaine de la Gestapo décida de faire fusiller ces quatre hommes. Vers 12h20, des Français amenèrent les quatre otages devant le domicile de Ferdinand Gay, 164 rue Bataille, et ils les exécutèrent en représailles de l’action des FTP-MOI. Peu de temps après, la maison de Ferdinand Gay fut pillée et incendiée. Les cadavres furent laissés sur place.
Malgré l’opposition des Allemands, Monsieur Billat, un habitant du quartier, se chargea de la toilette funèbre et des corps. Les cadavres de Ferdinand Gay, Louis Guiard et Hour Eddin Rhachide furent remis aux familles et amis. Celui de Moszek Rozenfarb fut transporté à la morgue. Il ne portait pas de pièces d’identité et ne put être identifié tout de suite. A l’institut médico-légal de Lyon, il fut enregistré sous le numéro 432. D’après son certificat de décès, il portait plusieurs blessures par balles à la tête et au thorax. Le 25 août 1944, il fut inhumé au cimetière de la Guillotière. Le 16 octobre 1947, son corps et celui de son fils Léon furent exhumés pour être enterrés au cimetière de Bagneux le 20 octobre.
Après-guerre, plusieurs témoins déclarèrent qu’un certain André Michel avait été impliqué lors de l’opération du 19 août. Lors d’une confrontation dans les locaux de la police judiciaire, Madame Gay le reconnut. Elle le désigna comme étant l’un des individus qui avaient assisté les Allemands et participé à l’arrestation des otages. Monsieur Frezet, arrêté puis relâché le 19 août, confirma l’avoir également vu parmi les hommes qui avaient appréhendé les otages et pillé la maison de Ferdinand Gay. Par ailleurs, Eugène Bienaime, confronté après le 19 à André Michel, témoigna qu’il lui avait montré sa carte de la police allemande et qu’il s’était vanté d’avoir abattu à Monplaisir un entrepreneur de transports, un cafetier et un laitier au début du mois d’août. Interrogé par la police française, André Michel reconnut avoir appartenu à la police allemande et avoir tiré sur des patriotes mais il nia avoir été présent rue Bataille le 19 août. D’autre part, Antonin Lebre accusa Antonin Saunier (dit Tony), membre des PPF, d’avoir eu un rôle important le 19 août : « [...] un capitaine [...] a donné l’ordre d’exécuter les quatre hommes. Sa sentence a été rendue après consultation de deux Français qui paraissaient être des chefs des PPF qui participaient à l’opération. De ces deux Français, j’ai cru reconnaître, d’après les photos parues dans les journaux, le nommé Saunier qui a été jugé dernièrement par la Cour de Justice de Lyon. Je crois pouvoir le reconnaître formellement si je suis mis en sa présence. [...] »
Après-guerre, une association, dont Monsieur Lebre fut président et Monsieur Billat, trésorier, récolta de l’argent au profit des victimes et de leur famille.
Une cérémonie eut lieu le dimanche 22 octobre 1944 au cours de laquelle une plaque à la mémoire des quatre victimes fut apposée 43 boulevard Ambroise Paré (VIIIe arr.) : « Français souvenez-vous ici sont tombés quatre otages lâchement assassinés par la Gestapo allemande et ses complices vichystes le 19 août 1944. A ces martyrs inoubliables la population de la nouvelle faculté reconnaissante ». Le nom de Moszek Rozenfarb apparaît également sur la plaque 1939-1945 située dans l’école Édouard Herriot. Moszek Rozenfarb fut reconnu Mort pour la France en 1951.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196545, notice ROZENFARB Moszek par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 27 octobre 2017, dernière modification le 16 avril 2021.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W1055 (Mémorial de l’oppression), 31J6 (historique du maquis de la Croix du Ban), 45W50 (rapports journaliers du commissariat central de Lyon), 3678W19 (registre d’écrou de la prison Saint-Paul).— Arch. Mun. Lyon, acte décès 959 (VIIe arr.) de Moszek Rozenfarb, acte décès 759 (Ve arr.) de Léon Rozenfarb, 1899W016, 1899W015 (convois funéraires de Moszek et Léon Rozenfarb).— CHRD, Lyon, Ar. 1167.— Paul Garcin, Interdit par la censure, 1942-1944, 1944.— Journal officiel de la République française, lois et décrets, 10 mars 1940.— Amicale FTP-MOI Carmagnole-Liberté, FTP-MOI zone sud, communiqués militaires, septembre 1943 à septembre 1944, s.d.— Mémorial Genweb.

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