IZRAELSKI Lola [IZRAELSKI Zlata dit]

Par Jean-Sébastien Chorin

Née le 7 juillet 1920 à Varsovie (Pologne), abattue le 28 juillet 1944 à Lyon (Rhône), place Croix-Paquet (Ier arr.) ; , naturalisée Française ; employée en confection ; résistante.

IZRAELSKI Lola
IZRAELSKI Lola
AD Rhône, 3808W1032

Zlata Izraelski, dite Lola Izraelski, était la fille de Michel et de Fajga Bromberg. Elle avait trois frères, Samuel, né le 28 octobre 1917 à Varsovie (Pologne), Henri, né vers 1922, et Charles, né le 18 août 1927 à Paris (XIIe arr.).
Juifs polonais, les Izraelski émigrèrent en France au début des années 1920 et s’installèrent à Paris. Ils demeurèrent 47 rue Boinod (XVIIIe arr.). Tailleur de profession, Michel Izraelski ouvrit un magasin de confections pour dames, 50 rue de Chabrol (Xe arr.). Le 18 janvier 1931, Lola, Samuel, Charles Izraelski et leurs parents furent naturalisés Français.
Michel Izraelski fit faillite en 1934. Vers 1937, les époux Izraelski partirent à Lyon (Rhône) avec leurs trois plus jeunes enfants, Lola, Henri et Charles. Ils s’installèrent dans un appartement situé 5 place Croix-Paquet (Ier arr.) qui leur servit de logement et d’atelier de couture. Les frères de Michel Izraelski, Juda (Idel, Karl) et Chaskel (Charles) demeurèrent également à Lyon, dès 1936 ou peut-être avant. Juda Israelski vivait avec sa femme Rivka et son fils Max 32 rue d’Ivry (IVe arr.) et Chaskel habitait avec son épouse Fanny (Feymet) 30 rue Sergent Blandan (Ier arr.). A cette époque, seuls deux membres de la famille Izraelski demeuraient à Paris : le troisième frère de Michel, Zelik Israelski qui logeait 10 bis, Boulevard de Bonne-Nouvelle (Xe arr.) et Samuel, le frère aîné de Lola. Le 29 juillet 1937, Samuel Izraelski se maria à Paris (IXe) avec Simone Egher. Sa fille Claudette naquit le 25 mars 1939 à Paris (XVIIIe arr.).
En 1938, lors d’un débat au conseil municipal de Paris, l’antisémite Darquier de Pellepoix accusa le père de Lola Izraelski d’être un escroc : « Parmi les faillis, il y a incontestablement une majorité de Juifs. Le grand système juif, en effet, consiste à empocher quand on gagne et ne pas payer quand on perd […]. Je lis au hasard, parmi mes notes, une liste de faillites : Izraelski Michel, 44 ans […]. »
En juin 1939, Lola Izraelski fit partie d’un groupe de jeunes Juifs qui accueillit à Lyon Bernard Lecache, président de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA).
Lors de la mobilisation générale, Michel Izraelski fut affecté au service auxiliaire. Samuel fut incorporé dans le 33e régiment d’infanterie coloniale à Montauban (Tarn-et-Garonne). Zelik Israelski tenta de s’engager au bureau de recrutement de Vincennes. Il passa une visite médicale le 22 septembre 1939 mais ne fut pas appelé. Le 15 mai 1940, Juda Israelski, s’engagea volontairement pour la durée de la guerre au bureau de recrutement de Lyon. Il fut incorporé dans un régiment de marche de volontaires étrangers (RMVE). Samuel Izraelski fut blessé le 8 novembre 1939 et évacué sur l’hôpital Percy à Clamart (Hauts-de-Seine). Il fut démobilisé le 5 septembre 1940. Après quoi, il s’installa à Lyon, 33 rue Paul Chenavard (Ier arr.) et travailla comme coupeur en vêtements à la Maison Paris-Flou, 5 place Croix-Paquet.
Zelik Israelski quitta Paris le 20 mars 1941 et vint se réfugier à Lyon. Il habita 5 place Croix-Paquet, chez son frère Michel. L’intendant de police ne l’autorisa pas à séjourner dans le Rhône. Le 11 novembre 1941, il dû, par conséquent, quitter le domicile de son frère et s’installer dans l’Ain, à Sathonay-Camp. Le 6 décembre 1941, Zelik fut signalé à la préfecture du Rhône parce qu’il se rendait quotidiennement à Lyon, 5 place Croix-Paquet. Le 10 décembre 1941, le préfet du Rhône demanda au préfet de l’Ain de le faire assigner à résidence dans une petite localité éloignée de Lyon « afin d’éviter ses déplacements suspects ». Le 27 février 1942, le préfet de l’Ain ordonna que Zelik Israelski soit assigné à résidence à Pont-de-Vaux (Ain).
Vers 1942-1943, Michel Izraelski se réfugia à Nice (Alpes-Maritimes), 202 boulevard Cimiez. A la fin de l’année 1942 ou au début de l’année 1943, son frère Zelik Israelski fut incorporé au 128e Groupe de Travailleurs Étrangers (GTE) à Leyment (Ain). A l’occasion d’une permission qui lui fut accordée pour aller chercher des effets personnels à Pont-de-Vaux, il passa dans la clandestinité. Le 19 février 1943, le préfet du Rhône demanda à la police de Lyon de le rechercher « très activement » et de le conduire au petit dépôt. La préfecture signala que Zelik Izraelski pouvait se trouver à Lyon où il avait un frère, 5 place Croix Paquet. Le 27 février 1943, les gendarmes chargés de le retrouver interrogèrent Lola Israelski, employée en confection à Lyon, 5 place Croix-Paquet, qui déclara : « Mon oncle Israelski (Zélik) vit en mauvais termes avec mon père et nous n’avons pas eu de relations avec lui depuis très longtemps. Il habitait Paris avant la guerre et s’il est venu en zone libre, je l’ignorais ainsi que mes parents. Je sais que mon oncle est marié à une chrétienne française mais j’ignore son nom de famille et son adresse. Mon autre oncle, Israelski (Juda) demeure à Lyon 32 rue d’Ivry, il a été arrêté le 20 février 1943 et conduit au camp de concentration de Gurs. Mon oncle Israelski (Charles), réside à Lyon, 30 rue Sergent Blandan, il est actuellement très gravement malade à la clinique du Parc […]. J’ignore s’ils se sont revus. » Le 20 février 1943, Juda Israelski fut effectivement arrêté à Lyon et incarcéré au Fort du Paillet, transféré au camp de Gurs, puis à Drancy et déporté le 6 mars 1943 à Majdanek par le convoi numéro 51. Le 11 mars 1943, le commissaire central signala au commissaire chef du service régional de la sécurité publique (SRSP) à Lyon que Zelik Israelski avait été vainement recherché à Lyon, notamment, 5 place Croix-Paquet, 32 rue d’Ivry, et 34 rue Sergent-Blandan. Le 7 octobre 1943, Michel Izraelski fut déporté à Auschwitz par le convoi numéro 60 au départ de Drancy. Le 30 mars 1944, Fanny Izraelski, la tante de Lola, en résidence à la clinique Mon Repos à Ecully (Rhône), fut arrêtée lors d’une rafle et conduite à Montluc. Elle fut transférée à Drancy puis déportée le 29 avril 1944 à Auschwitz par le convoi numéro 72.
Membre d’un maquis depuis août 1943, le plus jeune frère de Lola, Charles Izraelski, fut blessé en avril 1944. Le 24 juillet, il fut envoyé à Lyon en soutien d’un groupe décimé par des arrestations. Il se présenta au rendez-vous convenu dans un café, cours Gambetta mais le résistant qui devait le contacter ne vint pas. Charles Izraelski logea chez sa sœur Lola, 5 place Croix-Paquet. Il retourna au café, cours Gambetta, le lendemain, puis le 26 et le 27 juillet, vainement.
Le 28 juillet 1944, vers 12h15, Lola Izraelski (dont la fausse identité était Lucienne Imbert) fut abattue chez elle par la Gestapo en présence de son frère Charles. Voici le déroulement des faits d’après la notice biographique de Charles Izraelski (nommé Charles Lavégie après-guerre) écrite par l’historien Philippe A. Boiry : « Le lendemain, on sonna à la porte. Sa sœur, pourtant très prudente, alla ouvrir. C’était la police allemande qui effectuait des contrôles. Il présenta sa carte d’identité, l’individu ne regarda même pas. Charles comprit que l’affaire tournait mal pour lui. Il décida alors de tenter de s’enfuir et demanda d’aller boire de l’eau. Deux hommes sur les quatre qui l’avaient accompagné, le regardèrent remplir une bouteille. Soudain le jeune homme frappa violemment le premier adversaire avec le récipient. Sa sœur Lola, qui venait d’entendre le bruit de la chute, entra en courant. Les deux autres policiers la suivirent et tirèrent immédiatement. La pauvre jeune femme reçu une balle en pleine poitrine, elle mourut presque aussitôt. Quant à Charles, en tombant à terre, il sentit qu’un projectile lui avait traversé la cuisse gauche. Les Allemands s’emparèrent de sa sœur pour la transporter dans la pièce voisine. C’est à ce moment-là que Charles Lavégie, dans un sursaut d’énergie, enjamba la fenêtre et sauta dans la rue depuis le deuxième étage. Perdant beaucoup de sang, il se traîna pendant trois cents mètres pour se réfugier chez une connaissance voisine, Mme Brun. Sur sa demande, elle prévint un ami, Francis Miglio. Ce dernier s’empressa d’avertir Simon Trinka qui travaillait pour la Résistance avec la sœur de Charles Lavégie. »
Vers 12h30, deux hommes de la Gestapo se présentèrent au poste de police de la Place Sathonay (Ier arr.). Ils informèrent les gardiens de la Paix qu’au court d’une opération de police chez des « israélites », 5 place Croix-Paquet au 1er étage, à « la Maison Israelski, fabrique de confection », une jeune femme avait été blessée et qu’elle devait être décédée. Ils demandèrent aux gardiens de faire enlever le corps et précisèrent que s’ils voulaient obtenir plus d’informations, ils devaient s’adresser « à la Police Allemande, service du Docteur Kremler, 85 avenue de Saxe à Lyon. ».
Les gardiens de la Paix se rendirent dans l’appartement et constatèrent le décès de Lola Izraelski. A 12h45, ils prévinrent le commissaire de police de permanence qui arriva sur les lieux. Sur place, un membre de la police allemande lui donna sa version des faits : « ce jour à 12 heures 15 en compagnie d’un de ses collègues il s’est présenté au N°5 de la Place Croix Paquet pour y procéder à l’arrestation d’un individu de confession israélite. Dans un appartement situé au Ier étage de l’immeuble [...] les deux agents de la police allemande se sont trouvés en présence d’un homme et de deux femmes. Cet homme et ces deux femmes profitant qu’un des policiers effectuait une perquisition dans l’appartement ont agressé son compagnon. Voulant se porter à son secours il a été lui même agressé par une des deux femmes la nommée Imbert Lucienne […] qui au cours de la lutte a été blessée mortellement d’une balle au cœur. L’homme a pu prendre la fuite en sautant par une fenêtre dans la cour de l’immeuble bien que blessé à une jambe. » Dans son rapport, le commissaire précisa que la deuxième femme avait été emmenée par la police allemande et qu’il n’avait pas été possible de relever son identité. Après avoir recueilli la version de l’agent de la Gestapo, le commissaire de police décrivit la scène : « Nous constatons dans une pièce formant atelier de couture situé au Ier étage de l’immeuble [...] la présence du cadavre d’une femme ne donnant plus signe de vie. Le corps est étendu sur le dos, les mains le long du corps, ne portant aucune trace de violence, seule une blessure apparente au dessus du sein gauche provoquée par une balle de 6m/m35. Le corps est vêtu d’une robe en tissu imprimé, les pieds nus, les souliers se trouvant à proximité de la porte d’entrée de la pièce. »
Le corps de Lola Izraelski fut conduit à l’institut médico-légal. Divers objets furent retrouvés sur elle : une bague en métal blanc avec pierre rouge, une chaîne tour de cou en métal blanc, une montre bracelet en métal jaune, un portemine en métal blanc, un mouchoir et un torchon. Elle était habillée d’une jaquette, d’une robe et d’un pantalon. Le gardien de la Paix présent lors de la fouille du corps précisa que la police allemande lui avait remis une carte d’identité « supposée fausse » établie au nom d’Imbert Lucienne, née le 8 juillet 1920 à Paris (XIIe arr.), de Jean et de Marie Roussel, employée de bureau demeurant 176, Grande rue de Monplaisir à Lyon, avec changement de résidence 4, rue Dumange à Lyon. Interrogée par la police, la concierge du 5 place Croix-Paquet, déclara que Lucienne Imbert se nommait en réalité Lola Izraelski et qu’elle était la fille du propriétaire de l’atelier situé au 1er étage.
Le certificat de décès de Lola Izraelski fut remis le 29 juillet 1944 à « M. Dupont, rue de la République 6 Lyon » : « Je soussigné, Professeur de médecine légale, Directeur technique de l’Institut médico-légal, certifie le décès de : Israëlski Lola 24 ans, place Croix Paquet n°5, dont la cause paraît devoir être attribuée à une plaie pénétrante de la région précordiale [...] » (région thoracique). Lola Izraelski fut inhumée le 1er août 1944 au cimetière juif de Lyon-La Mouche.
La femme appréhendée par la police allemande 5 place Croix-Paquet, après le meurtre de Lola, pourrait être sa tante Régine Izraelski. D’après le fichier Montluc, cette femme fut en effet arrêtée le 28 juillet 1944 à Lyon. Le 11 août 1944, elle fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 78.
Zlata Izraelski fut reconnue Morte pour la France en 1948. Une plaque commémorative située 5 place Croix-Paquet porte l’inscription « Ici est tombée héroïquement le 28 juillet 1944 à l’âge de 24 ans Melle Lola Izraelski Morte pour la France ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article196768, notice IZRAELSKI Lola [IZRAELSKI Zlata dit] par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 6 novembre 2017, dernière modification le 30 novembre 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

IZRAELSKI Lola
IZRAELSKI Lola
AD Rhône, 3808W1032

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W1032, 3335W8, 3335W27, 3335W24, 3335W19, 6M715, 6M704, 45W50, 829W305, 829W171 (25523, 25484).— Arch. Mun. Lyon, acte de décès 315 (Ier arr.), 1899W016 (convois funéraires).— Arch. Dép. Paris, listes nominatives de recensements, acte de mariage de Samuel Izraelski.— Paul Garcin, Interdit par la censure, 1942-1944, 1944.— Philippe A. Boiry, Les Jeunes dans la Résistance, 1996.— Le Droit de vivre, 17 juin 1939.— Journal officiel de la République française, lois et décrets, 1er février 1931.— Le Petit journal, 9 novembre 1934.— Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 17 décembre 1938.— Notes de Brigitte Lavégie (nièce de Lola Izraelski).— Mémorial Genweb.— Site Internet du Mémorial de la Shoah.— Mémoire des Hommes.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément