MARTINELLI Probo [alias MARTIN Jean]

Par Daniel Grason

Né le 23 février 1915 à Spoletto province de Pérouse (Italie), mort le 25 mars 1989 à Valenciennes (Nord) ; monteur de charpente en fer, électricien ; antifasciste : secrétaire de l’Union populaire italienne (UPI) de Meurthe-et-Moselle ; volontaire des Brigades internationales ; prisonnier de guerre ; secrétaire des Garibaldiens de Valenciennes (Nord).

Probo Martinelli
Probo Martinelli

Fils d’Enrico et d’Emma, née Morettoni, Enrico était Conseiller municipal et provincial de Spoleto. Antifasciste, il quitta dès l’arrivée des fascistes de Mussolini au pouvoir en 1921 son sol natal. Il vint en France s’installa en Meurthe-et-Moselle, il y travailla comme machiniste. Á l’été 1922 sa femme et ses quatre enfants le rejoignirent, deux ans après ils allèrent en Belgique à Aubange.
Probo Martinelli travailla dès l’âge de 13 ans et demi aux Aciéries de Longwy pendant un an, puis comme aide-charpentier à Saint-Louis pendant deux ans. De 1932 à 1934, les périodes de travail étaient entrecoupées par le chômage. Il alla travailler en Belgique à Eppe, puis chez un boulanger à Aubange. Il retourna travailler aux usines Anglere à Athus et chez Gobier à Liège jusqu’en juin 1937. La famille revint en France, vécut près de Longwy, travailla aux Aciéries.
L’Union populaire italienne (l’Unione popolare italia) (UPI) a été créée en mars 1937, Probo Martinelli en devint le secrétaire de la Meurthe-et-Moselle. Nationalement elle était présidée par Alessandro Bocconi, avocat, socialiste ; Romano Cocchi, cadre de l’Internationale communiste, secrétaire ; Renato Balestri, secrétaire-adjoint, communiste. Randolfo Panciardi du Parti républicain, était le commandant de la XIIe Brigade Garibaldi.
L’UPI contribua à la politisation et à l’organisation de l’immigration italienne, un hebdomadaire La Voce degli italiani (La Voix des italiens) annonçait et rendait compte des initiatives de l’association. L’UPI comptait 150 adhérents à Algrange (Moselle), 335 à Herserange, 400 à Longlaville, à l’été 1938, 5500 italiens étaient membres de l’association sur le secteur. Avec l’arrivée du Front populaire les ouvriers italiens et polonais… relevèrent la tête.
Gérard Noiriel souligna dans son ouvrage Longwy immigrés et prolétaires : « Le soutien massif apporté par les travailleurs de la région de [Longwy et de Villerupt] à la République espagnole témoigne de l’immense élan de solidarité qui anime alors la classe ouvrière locale. E. Dupont, frère du secrétaire de la CGT est chargé de diriger l’action et de favoriser le recrutement de volontaires. En janvier 1937, ils sont déjà une quarantaine pour l’arrondissement : 6 Français, 26 Italiens et 7 Polonais. »
Probo Martinelli s’engagea dans les Brigades internationales, combattit avec la XIIe Brigade Garibaldi. Il combattit notamment sur le front de l’Ebre de juin à décembre 1938, l’éclatement d’un obus le commotionna, il fut soigné près de trois mois à l’hôpital de Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Voulant éviter l’internement, il quitta l’hôpital, se rendit à la préfecture, obtint gratuitement un billet de chemin de fer pour se rendre à Paris où il devait se rendre au Service des étrangers. Très mal reçu, il s’adressa à l’association des Garibaldiens qui l’aida financièrement. Il rejoignit donc Longwy, se présenta au commissariat de police pour régulariser sa situation d’étranger. Il constitua un dossier de façon à obtenir un avis favorable de l’Office du travail pour exercer la profession de boulanger, refus. Il présenta un second dossier avec le métier d’aide-maçon, nouveau refus.
Un avis d’expulsion de la Préfecture de Meurthe-et-Moselle lui ayant été notifié, l’UPI s’adressa à la Ligue des Droits de l’Homme (LDH). L’épouse de Pierre Cot qui en était membre et qui travaillait au Ministère du travail se chargea du dossier, un avis favorable de séjour était obtenue, Probo Martinelli régularisa sa situation. Il travailla aux usines Senelle-Maubeuge à Herserange. En septembre 1939, déclaration de guerre et mobilisation générale, il était affecté spécial. Il obtint sa mutation dans la même entreprise, mais à Neuves-Maisons, il y travailla jusqu’au 10 mai 1940, date à laquelle l’usine a été évacuée.
Tout le personnel parti en train à destination du sud de la France, le 20 mai ouvriers, employés et cadres arrivaient à la Réole (Gironde). Tous devaient travailler pour la Compagnie Fives-Lille. Probo Martinelli envoya un courrier au siège de la société Senelle-Maubeuge à Paris sollicitant un poste d’affecté spécial. Il devait rejoindre Neuves-Maisons pour prendre son poste aux usines Neuves-Maisons-Commentry. Il s’y rendit, il fallut évacuer l’usine le 15 juin en raison de l’avancée allemande.
Une nouvelle mission lui a été confiée, conduire des familles d’affectés spéciaux en camion à Montluçon dans l’Allier. Panne de véhicule au à Le Thillot dans le département des Vosges, réparation, direction Remiremont. Le véhicule a été réquisitionné par une unité du Génie commandé par un lieutenant. L’Italie étant entrée en guerre, craignant l’arrestation, il demanda aux militaires un uniforme de soldat pour éviter d’être fait prisonnier en tant qu’italien. En cas de mauvaise rencontre, il s’appellerait Jean Martin, né le 23 février 1915 à Bordeaux (Gironde), boulanger, demeurant 2 Cité La Fontaine à Longwy.
Arrêté en compagnie des autres militaires, tous furent emmenés à Vieux-Breisac en Allemagne, il a été dirigé sur le stalag VII A à 60 kilomètres de Munich. Il sympathisa avec d’autres militaires. Probo Martinelli fut muté pour refus de travail au stalag XI B à Fallingbstel dans la lande de Lunebourg en Basse-Saxe, puis dans un Kommando disciplinaire d’où il s’évada avec cinq autres prisonniers dont l’un a été abattu. Trois jours plus tard il était repris, réintégré au stalag XI B, il se mutila volontairement à l’annulaire de la main gauche. Envoyé au Kommando 893 à Hallendorf, Martinelli ne céda pas fut muté de Kommando en Kommando, puis s’échappa, traversa la frontière avec la Hollande resta caché avec un réfractaire hollandais, un légionnaire polonais et un parachutiste américain dans une ferme début décembre 1944.
Á Nimègue en Hollande, près de la frontière avec l’Allemagne des militaires américains l’interrogèrent, il narra son parcours. Il fut livré le 4 janvier 1945 aux autorités militaires françaises à Bruxelles puis au poste de la Surveillance du territoire à Lille. Après interrogatoire, les inspecteurs apprécièrent que : « La narration faite des évasions successives de l’intéressé semble très plausible. Longuement interrogé à ce sujet, il n’a à aucun moment, varié dans ses déclarations qui apparaissent très vraisemblables. Martinelli ne semble pas dangereux au point de vue National. »
Après concertation avec le Bureau de la sécurité militaire, Probo Martinelli fut remis au Comité d’Italie libre à Lille (Nord). Il s’installa à Valenciennes, ville dans laquelle il dirigea le groupe des Garibaldiens. Il y mourut le 25 mars 1989 dans sa soixante-quatorzième année.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197017, notice MARTINELLI Probo [alias MARTIN Jean] par Daniel Grason, version mise en ligne le 14 novembre 2017, dernière modification le 28 mai 2019.

Par Daniel Grason

Probo Martinelli
Probo Martinelli

SOURCES : AN 20110229-11 (transmis par Gilles Morin). – Gérard Noiriel, Longwy immigrés et prolétaires. 1880-1980, PUF, 1984, pp. 286-289. – Éric Vial, L’Union Populaire italienne, 1937-1940. Une organisation de masse du Parti communiste italien en exil, École française de Rome, 2007. – Sites Association nationale des partisans italiens (ANPI), Association italienne des volontaires antifascistes (AICVAS).

PHOTOGRAPHIE : Archives nationales

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément