MARJANKA Baila [née KIERZ] dite Laure

Par Daniel Grason

Née le 23 février 1911 à Brzezini région de Lodz (Pologne), morte le 11 mars 1993 à Paris (XIIe arr.) ; ouvrière sur machine ; communiste ; agent de liaison FTP ; déportée à Auschwitz (Pologne).

Baila Marjanka
Baila Marjanka

Fille de Kiersz et de Fajga Goldenberg, fit des études en Pologne, elle obtint le brevet supérieur. Baila Kierz épousa Lejbus Marjanka, le couple eut un enfant, âgé de neuf ans en 1943. Bajla Marjanka vivait 12 rue de la Petite-Pierre à Paris (XIe arr.), elle devint française par décret de naturalisation en date du 29 septembre 1935. Elle travailla de septembre 1939 à l’exode comme ouvrière sur machine chez Citroën quai de Javel (XVe arr.).
Le gouvernement de Vichy, promulgua le 3 octobre 1940, un statut des juifs, qu’il aggrava le 2 juin 1941. Les Juifs devaient notamment se faire recenser, ce qu’elle fit. Une ordonnance allemande du 29 mai 1942 était rendue publique le 1er juin, à compter du dimanche 7 juin 1942 le port de « L’Étoile Juive » qui était rendue obligatoire. Baila Marjanka ne s’y conforma pas.
Contacté par un membre du Front national de lutte pour l’indépendance de la France, Bajla Marjanka quitta son domicile, et accepta de devenir agent de liaison. Le 2 octobre 1943 des inspecteurs de la BS1 l’appréhendèrent à proximité de la station de métro Tolbiac dans le XIIIe arrondissement.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle a été fouillée. Elle détenait une fausse carte d’identité au nom de Marjanka née Maria Lopez, née le 23 février 1911 à Saint-Juan (Espagne) revêtue d’un faux cachet de la préfecture de l’Indre, d’une clef, de deux documents manuscrits dont une liste de rendez-vous, de trois feuilles de tickets de viande pour le mois de septembre 1943, d’une feuille de différentes denrées et matières grasses délivrées, tous les tickets d’alimentation avaient été délivrés à Lyon (Rhône).
Son logement 12 rue de la Petite-Pierre n’a pas été perquisitionné par les inspecteurs de la BS1. La police allemande avait déjà visité les lieux entre avril et juillet 1943 et fait poser des scellés sur la porte d’entrée.
Interrogée dans les locaux des Brigades spéciales, elle déclara : « Depuis la fin 1942 je réside illégalement chez différentes personnes, dont je me refuse à vous faire connaître les noms et adresses. J’ai quitté mon domicile légal pour me soustraire à un éventuel ramassage des femmes et enfants juifs. » Elle plaça son enfant chez des fermiers et se refusa d’indiquer l’adresse où il vivait.
Elle aurait selon ses déclarations obtenues sous la contrainte été recrutée fin juin début juillet 1943. Elle rencontra plusieurs responsables de l’organisation, « Dumas » (Raymond Jaclard) était son contact régulier, elle transmettait les plis cachetés qu’elle recevait à des combattants. Les policiers voulaient savoir si la station Tolbiac était ce jour-là le lieu d’un rendez-vous. Elle répondit : « J’aurais pu descendre à n’importe quelle autre station de métro, je m’étais aperçue que j’étais surveillée. » Elle avait donc fait disparaître sur la voie publique un pli qui lui avait été transmis rue de Châteaudun (IXe arr.).
Les inspecteurs la sommèrent de s’expliquer sur ce qui avait été saisi sur elle. Les tickets de rationnement lui avaient été donnés par des amis, la clef était celle de son logement clandestin, elle refusa de donner l’adresse. Quant à la feuille où étaient notés des rendez-vous, elle déclara crânement : « Je refuse de vous donner les explications nécessaires quant aux autres renseignements que vous relevez. »
Incarcérée, internée sous le matricule 11142 au camp de Drancy, elle déposa 130 francs à l’administration du camp (carnet de fouille n° 54, reçu n° 34). Baila Marjanka était le 20 janvier 1944 dans le transport n° 66 au départ de la gare de Drancy à destination d’Auschwitz (Pologne), 1155 hommes et femmes) déportés étaient entassés dans les wagons de marchandises, 864 hommes et femmes ont été gazés à l’arrivée au camp, 236 hommes et 55 hommes sélectionnés connurent le même sort. L’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, 55 déportés avaient survécus dont 15 femmes.
Baila Marjanka fut homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et Déporté internée résistante (DIR) sous le nom de Kiersz épouse Marjanka Bella.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197113, notice MARJANKA Baila [née KIERZ] dite Laure par Daniel Grason , version mise en ligne le 31 mai 2020, dernière modification le 1er juin 2020.

Par Daniel Grason

Baila Marjanka
Baila Marjanka

SOURCES : Arch. PPo. PCF carton 8 activité communiste pendant l’Occupation, PCF carton 15 rapports hebdomadaires des Renseignements généraux du 11 et 18 octobre 1943 sur l’activité communiste pendant l’Occupation, GB 136. – Bureau Résistance GR 16 P 319986. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992. – Site internet CDJC. – État civil acte de décès n° 462 du 17 mars 1993. – Renseignements fournis ainsi que la photographie par madame Aminata Diallo.

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