ROBENS Christian

Par André Balent

Né le 28 septembre 1906 à Stollberg (land de Rhénanie du Nord-Westphalie, alors province rhénane de la Prusse, Allemagne), disparu, mort sans doute abattu par les Waffen SS (français) de la 8e compagnie du 3e régiment de la division Brandenburg en juin 1944 dans les environs d’Alès (Gard) ; cuisinier de marine ; militant du KPD (Parti communiste d’Allemagne), volontaire des Brigades internationales ; résistant dans les Cévennes (Gard et Lozère), maquisard de la Brigade Montaigne et du maquis Bir Hakeim (AS), puis de la MOI (Main d’œuvre immigrée)

Christian Robens était natif de Stolberg, ville proche d’Aix-la-Chapelle et de la frontière belge.

Cuisinier dans la marine, il militait dans les rangs du KPD. Il fut volontaire des Brigades internationales. En Espagne il rencontra Hedwig Rahmel originaire de Saxe-Anhalt, infirmière, elle aussi volontaire en Allemagne. Il se maria avec elle en Espagne.

Après la Retirada, il se retrouva dans le Gard après avoir dans doute transité par un des camps de la côte roussillonnaise (Pyrénées-Orientales). En effet, une Compagnie de travailleurs étrangers (CTE) — devenue ensuite, sous Vichy, le 304e GTE (Groupement de travailleurs étrangers) — fut établie à Langlade, dans la Vaunage, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Nîmes où un camp fut ouvert au début juin de 1940. Dans ce camp se retrouvèrent des antifascistes, pour la plupart communistes, allemands (Franz Blume, Max Frank, Paul Hartmann, Richard Hilgert, Paul Huber, Hermann Leipold, Christian Robens, Albert Rucktäschel, Richard Stanik, Albert Stierwald, Friz Weyers) et autrichiens (Ernst Frankel, Hans Krainer). Par la suite, ils durent prendre le maquis, après l’invasion de la zone Sud par les forces du Troisième Reich.

Avec sa femme, Christian Robens rejoignit, dans les Cévennes gardoises et lozériennes le maquis (AS) formé par François Rouan* alias Montaigne, domicilié à Montpellier (Hérault). Ce maquis était connu sous le nom de « Brigade Montaigne » ou, encore MOI (Mouvement ouvrier international). Ce sigle entretint la confusion parmi les communistes allemands qui le rejoignirent en nombre car il se confondait, dans leur esprit, avec la MOI (Main d’œuvre immigrée du PC français, organisation destinée à regrouper, sous direction communiste, les résistants étrangers). Christian Robens était, avec Hans Mosch en contact avec Rouan. Tous deux facilitèrent l’intégration des germanophones (Allemands et Autrichiens) au maquis de François Rouan. Ce dernier, ancien communiste, exclu pour trotskisme du PC, avait combattu aussi aux Brigades internationales comme Robens et Mosch. Cette ancienne fraternité d’armes facilita le contact entre Rouan et les deux Allemands. De fait, ces derniers ne surent pas, d’emblée, que la Brigade Montaigne dépendait de l’AS. D’après un autre communiste allemand présent dans les Cévennes, la direction clandestine du KPD en France, installée à Lyon n’avait pas pris ses précautions et n’avait de liaisons avec les communistes français du Gard et de la Lozère. Le fait, par ailleurs, que les communistes lozériens très proches des Allemands antinazis, comme Louis Veylet étaient membres du mouvement Combat et de l’AS les incita à intégrer une formation qui dépendait d’une organisation pour laquelle ils éprouvaient a priori quelque réticence.

Déjà renforcée en janvier par le groupe de Lousi Veylet/Otto Kühne, la Brigade Montaigne récupéra , en février 1944, les derniers, parmi les Allemands qui avaient été momentanément détachés à des travaux de bucheronnage dans la Drôme. Leur regroupement dans ce maquis les empêcha de mettre à exécution leur projet de constituer un corps franc « Allemagne libre ». Le 12 février 1944, la brigade Montaigne, cantonnée à la Fare fut attaquée les 11 et 12 février 1944 par des GMR conduits par Pierre Marty, intendant de police de Montpellier et commandant régional des GMR. Les hommes de Rouan parvinrent à se retirer. Ils s’établirent alors dans le hameau de Malzac (commune de Saint-Germain-de-Calberte). Christian Robens participa à ce combat. Après le 12 février 1944, accompagné de sa femme, Hedwig Rahmel-Robens, et d’une autre infirmière allemande Lisa Ost il s’installa dans une maison inoccupée du hameau de Nozières (commune de Saint-Germain-de-Calberte, Lozère) où ils furent installés après que François Rouan* eut demandé à la famille Folcher de mettre le bâtiment à la disposition de son maquis. Les deux Allemandes assurèrent à partir de ce lieu des missions de liaison entre le maquis et la gare de Saint-Frézal-de-Ventalon (Lozère) sur la ligne des Chemins de fer départementaux de Sainte-Cécile-d’Andorge (Gard) à Florac (Lozère). Mais il rejoignit ensuite les cantonnements successifs de la brigade Montaigne au Malzac puis au Galabartès (commune de Saint-Germain-de-Calberte). Comme ce dernier se trouvait à proximité du maquis de la Picharlarié (commune de Moissac-Vallée-Française, Lozère) où s’étaient rassemblés deux autres maquis de l’Armée secrète, le maquis école du comité AS de Saint-Jean-du-Gard (Gard) — Voir Lapierre Marceau — et le maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean , les trois maquis finirent par fusionner, en dépit de réticences provenant de la brigade Montaigne et des cadres du maquis école. Une partie de l’effectif du Galabertès — des Allemands — fut transféré à la Picharlarié. Parmi eux, Christian Robens. Il participa au cmobat de la vallée Française (7-12 avril livré victorieusement par les trois maquis réunis contre la 9e Panzer SS Hohenstaufen. Otto Kühne, le chef des antifascistes allemands, était d’autant plus désireux de rejoindre les FTPF avec le contingent allemand qu’il remettait en cause la stratégie qu’il jugeait aventuriste de Jean Capel. La plupart des Allemands et des Autrichiens se retrouvèrent au Plan de Fontmort à l’issue du combat de la Vallée Française. Après négociation, Kühne consentit à « céder » à Capel une partie de son effectif en échange des armes que ce dernier avait procuré à ses hommes issus de la brigade Montaigne.
En attendant de se regrouper, les hommes de Kühne, désormais partie prenante de la MOI (PC français) se dispersèrent. Un de leurs points de chute se trouvait à Nozières. À la fin du mois de mai de 1944, Robens passa à nouveau à Nozières où il savait qu’il pouvait retrouver sa femme et où transitaient d’autres maquisards allemands. Hedwig Rahmel-Robens y soignait sa collègue Lisa Ost et Ernst Butzow, blessés. De Nozières, il partait pour diverses missions. Près de Nozières, se trouvait un autre point de chute, la ferme de la famille Servière, le Magistavol (commune de Cassagnas, Lozère), fréquentée aussi par, et par où transitaient aussi des maquisards de passage.

Le 30 mai arrivèrent au Magistavol deux rescapés du massacre de La Parade (28 mai], l’Allemand Albert Stierwald et l’Espagnol Saturnino Gurumeta. Le même jour, déguisés en maquisards de l’AS, arrivèrent également au Magistavol des Waffen SS français de la division Brandenburg cantonnés à Alès.
En route lui aussi pour le Magistavol, Paul Huber, un autre résistant allemand, rencontra ces faux maquisards qui se faisaient passer (à ce moment -là) pour des combattants de l’AS. Il fut mis en confiance car les Waffen SS étaient accompagnés par un résistant espagnol qu’il connaissait, Manuel Zurita. Arrivés à la ferme ils interrogèrent la famille qui occupait les lieux et les occupants de passage. Toutefois, Gurumeta et Stierwald se rendirent compte que les « maquisards » étaient en fait des Waffen SS déguisés et, afin de les impressionner, leur mentirent en expliquant qu’il y avait de nombreux résistants au Magistavol. Les Waffen SS s’en allèrent, toujours en compagnie de Paul Huber qui, comme on le supputa plus tard, accepta de leur servir de guide. Il les conduisit à Nozières où se trouvaient Christian Robens, sa femme et Lisa Ost. Les deux Allemandes, ayant reconnu Paul Huber firent confiance aux faux maquisards qui entre temps (avant ou après leur départ du Magistavol ?) avaient tué Hans Mosch. Ils persuadèrent Christian Robens, lui aussi rassuré par la présence de Paul Huber, de les amener au camp de la MOI afin de rencontrer Otto Kühne, de l’arrêter et de démanteler le maquis des résistants allemands. En chemin, Robens se rendit sans doute compte de sa méprise et refusa d’amener les Waffenn SS auprès d’Otto Kühne. Au passage, près du Collet-de-Dèze (Lozère), les faux maquisards s’étaient aussi emparés d’un résistant yougoslave, « Georges ». Le « journal » du SD d’Alès récupéré dans une de leurs automobiles par les résistants a permis de savoir qu’ils avaient tué Hans Mosch et enlevé Christian Robens. On put en déduire que Paul Huber, communiste bavarois avait trahi (momentanément, car il échappa aux Waffen SS et participa à nouveau à la Résistance hors des Cévennes).

Christian Robens fut sans nul doute torturé par les Waffen SS, à Fort Vauban ou dans leur quartier général de l’hôtel du Luxembourg à Alès. Il disparut à tout jamais. On ne retrouva pas son cadavre. On a longtemps cru qu’il avait, comme beaucoup de victimes des Waffen SS « brandebourgeois », été précipité dans le puits de la mine de lignite désaffectée de Célas à Servas (Gard). Un des corps remontés avait été identifié comme étant le sien. Ce ne fut que plus tard que l’identité véritable de ce mort fut établie. Il s’agissait en fait de Manuel Zurita, guérillero espagnol de l’AGE, agent de liaison de Cristino Garcia Grandas, chef de la 3e division de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles(Ardèche, Gard, Lozère). Ce dernier capturé également par les Waffen SS, les accompagna dans des opérations de lutte contre les maquis cévenols au cours desquelles il servait de « leurre » afin de tromper les résistants. Il était avec les « Brandebourgeois » lorsque, à Nozières, Christian Robens, confiant, les suivit.

Son nom figure sur le monument de Moissac-Vallée-Française (Lozère) qui regroupe une liste non exhaustive de noms de combattants de plusieurs nationalités, surtout français et allemands (trente-et-un noms pour ces derniers) accompagnée du commentaire suivant : " Ici, dans les Cévennes des Camisards, terre de refuge, ont lutté côte à côte des Français et des Allemands contre les troupes d’occupation nazies et leurs collaborateurs vichystes - 1943-1944 - Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes mais nous vous devons le souvenir ".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197190, notice ROBENS Christian par André Balent, version mise en ligne le 22 novembre 2017, dernière modification le 24 avril 2021.

Par André Balent

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 34, 130, 157, 166, 173, 257, 258 sq., 261-264, 266-268, 270, 281, 335]. — Claude Émerique, Laurent Pichon, Fabrice Sugier, Monique Vézilier, La Résistance dans le Gard, Paris, Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), 2009, CDROM avec un livret de présentation, 36 p. — Richard Hilgert, (Ancien combattant allemand des Brigades internationales en Espagne, résistant des Cévennes), « Le camp de prestataires de Langlade » in Philippe Joutard, Jacques Poujol, Patrick Cabanel (dir.), Cévennes terre de refuge 1940-1944, Sète, Nouvelles presses du Languedoc, 2012, 414 p. [pp. 79-83] (traduit de l’allemand : « Souvenirs » de Richard Hilgert, texte dactylographié déposé à l’Institut für Marxismus-Leninismus , Berlin-Est, 26 mars 1958. — Fabrice Sugier, Monique Vézilier, Le Gard dans la guerre 1939-1945, préface de Jean-Marie Guillon, Clermont-Ferrand, De Borée, 2017, 452 p. [p.111]. — Site MemorialGenWeb consulté le 22 novembre 2017.

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