ADELET Raymond, Alfred

Par Gérard Boëldieu

Né le 26 janvier 1909 à Tresson (Sarthe), mort le 4 août 1966 au Mans (Sarthe) ; instituteur dans la Sarthe ; résistant ; déporté à Mauthausen ; président départemental de la FNDIRP.

Raymond Adelet
Raymond Adelet

Fils d’Alfred, Émile, Henri Adelet, cantonnier, et d’Albertine Augis, ouvrière puis fleuriste et fabricante de couronnes, Raymond Adelet réussit en 1926 le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs du Mans, préparé au cours complémentaire de Saint-Calais. Le major de sa promotion était René Busson. Il sortit de l’ENI en 1929 muni du brevet supérieur.

Instituteur-stagiaire au Grand-Lucé jusqu’en 1930, puis instituteur-adjoint à La Chartre l’année scolaire suivante, il fut titularisé au cours de 1931 avec un an d’ancienneté. Le 16 juillet 1931, à Bessé-sur-Braye, il épousa Mariette, Camille, Fernande Audebert, institutrice, dont il avait fait la connaissance au Mans alors qu’ils étaient tous les deux élèves-maîtres. Née à Bessé-sur-Braye en 1909, elle y enseignait (stagiaire puis adjointe) à l’école de filles depuis octobre 1930. Dans cette commune, en octobre 1931, il devint instituteur-adjoint à l’école de garçons. En 1933, le couple rejoignit la commune de Cogners (389 habitants en 1936) où Adelet exerça les fonctions de secrétaire de mairie. Une fille, en 1935, puis un fils naquirent.

En 1942-1943, le secrétaire de mairie Adelet fournit de faux papiers et des tickets d’alimentation à des réfractaires au Service du travail obligatoire. À l’été 1943, avec quelques agriculteurs et l’instituteur Robert Poupin, ancien de L’ENI de Savenay, en Loire-Inférieure, promotion 1918-1921, en poste dans la commune voisine de La Chapelle-Huon, Adelet fit partie du « circuit Sacristain », un des réseaux Buckmaster dans la Sarthe, chargé de réceptionner des parachutages d’armes dans le sud-est du département, réseau démantelé, après dénonciation, par l’occupant à la fin de cette même année. Arrêté par la Gestapo le 27 décembre 1943, conduit au Mans où il fut torturé, ainsi que ses camarades, Adelet, en janvier 1944, à partir de Compiègne, fut déporté au camp de Buchenwald. Transféré à celui de Mauthausen le 22 février 1944, il fut affecté aux kommandos, parmi les plus redoutés, de Steyr, le 8 mars 1944, de Gusen, le 16 février 1945. Deux semaines après la libération du camp par les Américains, le 19 mai 1945, Adelet, épuisé (« à l’extrême limite des forces physiques humaines » lit-on dans une de ses nécrologies), fut rapatrié en avion sanitaire. Le 20 il était à Cogners où les habitants annulèrent les fêtes de la Pentecôte. Quatre des membres du « circuit Sacristain », dont son collègue de La Chapelle-Huon, périrent en déportation. Raymond Adelet reprit ses fonctions dans l’enseignement un an après son retour de déportation.

En octobre 1946, Adelet et sa femme furent nommés au Mans, à l’école de garçons de la Cité des Pins, lui comme directeur, elle en tant qu’institutrice-adjointe. L’appellation Cité des Pins désignait un quartier récent au sud de la ville sur la route d’Angers, soit une cité-jardin de 1 500 logements destinés au personnel de l’usine Gnôme-et-Rhône. Décentralisée de la région parisienne en 1939, pour raisons stratégiques, celle-ci fabriquait des éléments de moteurs d’avion. Gnôme-et-Rhône devint la Société nationale d’étude et de construction de moteurs d’avion (SNECMA) à la Libération.

Pendant environ cinq ans, l’école d’Adelet se composa de classes en bois (au nombre de trois en 1947 pour les garçons, celle des filles en comptant deux). À partir de la rentrée scolaire de 1952, Adelet exerça au sein d’un groupe scolaire de 22 classes construit en 1951-1952, agrandi en 1956-1957 (bloc cuisine-cantine et quatre classes), baptisé, dès 1951, par la Ville du nom de « Jean-Mermoz », les rues de la Cité des Pins portant des noms d’aviateurs. En 1961, l’école des garçons comptait une dizaine d’enseignants, celle des filles, sous la direction d’une institutrice, environ dix-huit.

Dans son école, Adelet organisa des activités pour distraire et occuper les enfants pendant leur temps libre : activités physiques, tournois sportifs, séances de cinéma les jeudis après-midi. En 1954 il soutint Bernard Derouet (1922-2010), un de ses instituteurs-adjoints depuis 1952, dans son désir d’implanter « Les Francs et Franches Camarades » (« Francas ») dans l’école. Initiative qui eut du succès et qui fut à l’origine de la fédération des « Francas » dans la Sarthe.

Adelet fut membre du syndicat national des instituteurs sans s’y signaler parmi les adhérents les plus actifs. Après la Libération, il soutint les « Unitaires », tendance minoritaire dans la Sarthe. Au scrutin du 5 décembre 1957 pour le renouvellement du Conseil syndical sarthois, son nom figura en 19e position (sur 30) sur la liste « Pour l’Unité et la Démocratie Syndicale » conduite par André Trihoreau. Il recueillit 365 suffrages, nombre insuffisant pour être élu. Parmi les revendications de cette liste, en bonne place était : « la paix en Algérie ».

Au sein de la section sarthoise de la Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes, qu’il présida de la mi-décembre 1950 à sa mort en 1966, le combat pour la paix anima tout particulièrement Raymond Adelet. En 1953 il signa la pétition — sous forme de lettre aux parlementaires — du « Comité sarthois contre le réarmement allemand », émanation du Mouvement de la Paix, dont Luc Verner, professeur au lycée de garçons, était un des animateurs. Cette initiative, ressentie comme hostile à Christian Pineau, ministre, suscita des remous au sein de la fédération sarthoise de la SFIO. En 1956, Adelet fut un des 48 signataires de la pétition, parue en fin d’année, du « Comité sarthois pour la négociation en Algérie et la détente internationale », également émanation du Mouvement de la Paix. En 1953, les Renseignements généraux attribuèrent à Adelet l’étiquette « Socialiste unitaire », mais son appartenance à un parti politique n’est pas avérée tant par les sources d’archives qu’orales. En mai-juin 1958, il reprocha aux communistes — il en côtoyait certains au bureau de la FNDIRP — d’avoir accolé le mot « fasciste » à celui du général de Gaulle.

Très affaibli, Adelet obtint un congé de longue durée en 1960. Sa femme quitta aussi l’enseignement. Son état de santé empira. Il subit diverses interventions chirurgicales. Six ans plus tard, il mourut, atteint d’artérite. Lors de ses obsèques, célébrées civilement, devant son cercueil drapé aux couleurs de la France et en présence d’une assistance imposante, trois discours furent prononcés : Marcel Cretagne, de l’amicale de Mauthausen, évoqua le résistant ; l’inspecteur d’académie, Henri Le Gallo, rappela l’action de l’instituteur « consciencieux et passionné » ; enfin, Marcel Paul, ancien ministre, président-fondateur de la FNDIRP, présenta Adelet comme un « pacifiste convaincu ».

La FNDIRP s’employa à entretenir la mémoire d’Adelet. À Cogners, elle apposa, le 28 février 1971, une plaque sur son ancienne école, avec mention de la date de son arrestation par la Gestapo, et (peut-être car aucune mention ne figure au registre des délibérations du conseil municipal) en sollicitant l’attribution de son nom à la rue principale du bourg, à moins qu’il ne s’agisse d’un hommage des habitants. Au Mans, elle demanda en juin 1977 que « la Place du Marché de la Cité des Pins », en face de l’école Jean-Mermoz, devienne « Place Raymond-Adelet », ce qui fut effectif en janvier 1978, une des toutes premières dénominations de voie publique par la municipalité d’Union de la Gauche, conduite par le communiste Robert Jarry. De même, à plusieurs reprises, sous l’impulsion de Bernard Derouet, les Francas s’employèrent à perpétuer le souvenir d’Adelet : en mai 1988 ils apposèrent dans l’entrée de l’école Jean-Mermoz, en présence du même Robert Jarry, une plaque commémorative ; en mai 2002, sous Jean-Claude Boulard, socialiste, successeur de Robert Jarry, devant la reproduction d’une fresque du peintre Christian Osmond, Bernard Derouet déclara voir en Raymond Adelet celui qui « avait, avant l’heure, inventé le concept d’école ouverte ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197213, notice ADELET Raymond, Alfred par Gérard Boëldieu , version mise en ligne le 23 novembre 2017, dernière modification le 10 février 2018.

Par Gérard Boëldieu

Raymond Adelet
Raymond Adelet
Plaque sur l'ancienne école de Cogners
Plaque sur l’ancienne école de Cogners

SOURCES : Arch. dép. de la Sarthe : liste nominative de Cogners, 1936 ; 1278 W337 : Mouvement la Paix contre réarmement allemand (rapports des RG) ; 660 W 125 : Divers AFN (id). — Arch. municipales du Mans : délibérations du conseil municipal (années 1977 et 1978) ; Ø 1412 : rapports de l’architecte de la Ville (entre autres, sur le groupe scolaire de la Cité des Pins). Mairies de Tresson et de Cogners. — Arch. OURS (fédération SFIO de la Sarthe). — Bulletin de l’Enseignement primaire. Département de la Sarthe. — L’Instituteur syndicaliste, organe de la section sarthoise du SNI. — Presse locale : Le Maine Libre du 20 décembre 1950 « Nouveau bureau de la FNDIRP » ; Le Maine Libre et Ouest France du 5 août 1966 (Nécrologie de Raymond Adelet) et du 8 août 1966 (Compte rendu de ses obsèques) ; Ouest France du 11 mai 1988, « Hommage à Raymond Adelet » (plaque apposée dans l’entrée de son école au Mans à la demande des Francas) ; Le Maine Libre des 15 février, 5 mai, 8 mai 2002 (Hommages divers à la mémoire de Raymond Adelet) ; Le Maine Libre du 28 avril 2009 : « les Francas de la Sarthe ont 55 ans » (Bernard Derouet relate leur création). — André Pioger, « La résistance dans la Sarthe (1941-1944). Le circuit « Sacristain ». Son implantation et son action dans la Sarthe (juin-décembre 1943) », La Province du Maine, avril-juin 1973, p. 201. — Mauthausen, bulletin de l’amicale de Mauthausen (consulté sur le site internet de l’amicale). — Joseph Estevès, 200 figures de la Résistance et de la déportation en Sarthe, 2009 (Notice sur Raymond Adelet p. 16). — Michel Rosier, Vie politique et sociale de la Sarthe sous la IVe République (1944-1958), L’Harmattan, 539 pages, 2012 (Le nom d’Adelet cité à 4 reprises). — Entretien téléphonique avec Mme Colette Leprince, fille de Raymond Adelet, le 26 octobre 2017. — Notes de Jacques Girault.

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