ALHÉRITIÈRE Jean-Baptiste

Par Pierre Alanche

Né le 27 janvier 1927 à Peyrat-la-Nonière (Creuse), mort le 10 octobre 2020 à Vaison-La-Romaine ; dessinateur, cadre dans l’automobile ; militant CFTC puis CFDT, élu délégué du personnel, membre du CE, du CCE, secrétaire adjoint du CE ; militant JOC et ACO ; militant PSU et PS.

Fils de Marius Alhéritière et d’Émilie Lefaure, Jean Alhéritière était le fils aîné d’une fratrie de cinq enfants, trois sœurs et un frère. Ses parents, chrétiens pratiquants irréguliers, étaient paysans. Sa mère procurait des soins aux malades, à titre bénévole. Il suivit l’enseignement primaire à l’école laïque de Peyrat-la-Nonière (Creuse) et obtint le CEP en 1940. Il commença sa scolarité secondaire à l’école Notre-Dame de Guéret (Creuse) de 1940 à 1941 puis à l’école nationale professionnelle d’Égletons (Creuse) où il obtint le diplôme de l’ENP en 1945. Il faisait alors partie des scouts (1941-1945). Il prépara ensuite le concours d’entrée de l’Institut électrotechnique de Grenoble (Isère). Reçu à l’écrit, mais échouant à l’oral, il aida pendant un an ses parents à la ferme.
Jean Alhéritière fit son service militaire de mai 1947 à mars 1949 dans la compagnie des engins blindés, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) puis à Mably (Loire). À la fin de ses obligations militaires, il entra comme dessinateur dans l’entreprise La Mécanique de précision, à Asnières-sur-Seine (Seine). Il n’y resta qu’un an puis fut embauché au bureau des méthodes mécaniques de Renault, à Boulogne-Billancourt (Seine), comme dessinateur dans le secteur des outils coupants.
Il adhéra à la CFTC en 1950, à la suite de ses contacts avec André Colliot* et fut élu délégué du personnel. Il devint membre du CHS, puis, de 1954 à 1960, fut membre du CE et du CCE. Durant cette période, eurent lieu les négociations sur l’accord d’entreprise qui fut signé en 1955. Cet accord comportait des avancées importantes : troisième semaine de congés payés, retraite complémentaire et indemnisation des jours maladie pour les ouvriers et les employés techniciens agents de maîtrise (ETAM), paiement des jours fériés. L’accord, signé par la CFTC, FO, la CGC et le syndicat indépendant Renault (SIR), fut d’abord combattu par la CGT Renault. Elle mena une violente campagne contre les signataires et la CFTC en particulier. Mais elle le signa deux mois plus tard, après intervention de Benoît Frachon qui, au nom de la confédération, reconnut « qu’il y avait des choses positives dans l’accord et qu’on continuerait à combattre les clauses nocives ». Jean Alhéritière s’étant fortement impliqué, il signa l’avenant de l’accord concernant les salariés mensuels (techniciens, dessinateurs employés, agents de maîtrise). La situation politique internationale, avec la répression soviétique de 1956 en Hongrie, eut de profondes répercussions sur la vie syndicale. Les rapports de force syndicaux évoluèrent au détriment de la CGT. En 1956, celle-ci détenait 8 sièges sur 11 au CE et monopolisait le pouvoir. La direction sous prétexte du déficit de gestion du CE (près de cent millions d’anciens francs pour un budget de l’ordre de sept cents millions) reprit la gestion des activités sociales et licencia 103 employés dans des conditions juridiquement discutables. Aux élections suivantes d’octobre 1956, les organisations syndicales non cégétistes présentèrent une liste de coalition CFTC-FO-SIR au premier collège (collège ouvrier) et une liste CFTC-FO-CGC au deuxième (collège cadres-maîtrise techniciens). Ces listes eurent cinq élus et la CGT six. La CFTC obtint deux élus titulaires, Robert Lucente dans le deuxième collège, Michel Quesnet* dans le premier, Jean Alhéritière fut élu suppléant du deuxième collège et André Soulat devint le représentant syndical CFTC. La composition du CE permettait à la direction de bloquer toute décision, en joignant sa voix à celles des élus de la coalition, il n’y avait pas de majorité. Après des mois de tractations, d’actions en justice menées avec l’assistance des avocats Lucien Fouace pour la CFTC et Charles Lederman pour la CGT, cette dernière accepta un partage du pouvoir. Aux côtés du secrétaire CGT du CE, André Chèze*, Jean Alhéritière devint secrétaire adjoint avec un véritable droit de regard sur la gestion. Les postes de direction des activités sociales et administratives furent doublés ; à chaque directeur embauché jadis par la CGT fut associé un nouveau proposé par la coalition. Les orientations de gestion furent également l’objet d’un accord. Le CE était une entreprise de près de cinq cents salariés qui gérait directement les restaurants et nombre d’autres activités sociales. Pour parvenir à appliquer la politique sociale et culturelle de la nouvelle majorité, l’équipe des élus CFTC, en lien étroit avec la section syndicale, fit embaucher par le CE une dizaine de militants venus principalement de la JOC et du MLO, Maurice Montaclair (chef du service administratif, puis directeur du personnel), Pierre Bouclault (chef de service adjoint des colonies de vacances), François Castelain* (service contentieux), Odette Lemaitre (bibliothécaire), Yolande Cas (employée loisirs et culture), Ida Moulin (secrétaire administrative du CE), Denise Bonnecaze (chef de groupe administratif aux colonies de vacances), Denise Kieben (bibliothécaire), Rolande Mingasson (bibliothécaire) et André Gentil comme directeur. Pierre Cadel, un des principaux animateurs du SRTA-CFTC démissionna de Renault en 1957 pour renforcer ce collectif ; il s’occupa des colonies de vacances jusqu’en janvier 1963. Dans un environnement hostile, la CFTC put faire avancer plusieurs de ses propositions relatives à la gestion des œuvres sociales. Son équipe de salariés du CE, très soudée, travaillant en lien étroit avec les responsables du syndicat SRTA-CFTC, sut imposer sa présence. Elle eut à cœur de remettre en cause les orientations sectaires de la gestion précédente, d’en promouvoir de nouvelles, respectueuses de la diversité des opinions, et de développer des activités plus ouvertes aux coopérations extérieures. Jean Alhéritière impulsa un esprit de cohabitation ouverte mais sans compromission avec la CGT. Il parvint à établir des relations personnelles satisfaisantes avec André Chèze, un militant aguerri de la CGT qui était déjà chez Renault avant la guerre. Celui-ci reconnut que Jean Alhéritierre n’était pas un suppôt de la direction, comme il l’avait craint. La situation s’améliora encore quand François Dollé remplaça André Chèze en 1958. La CFTC se trouva cependant dans une situation complexe : elle menait une politique d’alliance électorale avec FO et le SIR dont elle critiquait par ailleurs le manque d’autonomie par rapport à la direction de l’entreprise et pratiquait fréquemment dans l’action revendicative l’unité avec la CGT. Aux élections de 1958, la CFTC sortit de la coalition, FO et le SIR présentèrent une liste commune. La CGT redevint majoritaire mais maintint le partage des responsabilités avec la CFDT au sein du CE. Les élus titulaires de la CFTC furent Gilbert Malaise au premier collège et Jean Alhéritière au deuxième. Il resta secrétaire adjoint aux côtés du secrétaire CGT François Dollé. Aux élections de 1960, la CGT renforça sa position majoritaire face aux autres organisations qui présentaient un front divisé, la CFTC faisant liste commune avec FO. Les élus CFDT furent Robert Lucente et Gilbert Malaise, Christian Verdier et Paul Scheiblin étant suppléants. La CGT reprit seule la gestion du CE, licencia André Gentil et poussa à la démission plusieurs responsables CE proches de la CFTC.
Pendant toute sa période de secrétaire adjoint, Jean Alhéritière continua d’exercer son activité professionnelle. Il devint par la suite chef de la section méthodes outillage machines. Il avait la volonté de rester proche des ateliers. Promu cadre en 1968, il continua à soutenir les actions de ses camarades ouvriers. Il fut l’objet d’intimidations qui allèrent jusqu’à la mise à pied avant licenciement, pour une altercation qu’il aurait provoquée avec les gardiens de l’usine. Le soutien dont il bénéficiait auprès de ses collègues cadres fit que la procédure ne fut pas poursuivie. Il quitta l’entreprise en 1985. Il rejoignit alors l’Union des retraités CFDT de l’Essonne.
Pendant la période de la guerre d’Algérie, il avait adhéré au PSU, dont le responsable était Robert Lucente, puis rejoint le PS en 1969. Il fut le trésorier de la section Renault en 1984 et 1985. Il se présenta aux élections municipales en position non éligible à Igny (Essonne) en 1965, 1971, 1977.
Il avait milité à la JOC lors de son entrée chez Renault puis à l’ACO jusqu’à son déménagement à Vélizy (Yvelines).
De son mariage avec Alice Zajac, opératrice mécanographe sur machine IBM, le 30 mai 1953 à Boulogne-Billancourt, il eut trois enfants, Marc (1954), François (1956), Philippe (1960). Son épouse cessa de travailler à la naissance du premier enfant puis reprit un emploi de secrétaire bilingue dans différentes entreprises locales de BTP en 1966, une fois les enfants élevés.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197244, notice ALHÉRITIÈRE Jean-Baptiste par Pierre Alanche, version mise en ligne le 24 novembre 2017, dernière modification le 15 juin 2021.

Par Pierre Alanche

Jean-Baptiste Alhéritière

SOURCES : Arch. Confédérales CFDT, fond Renault, boites 5W17, 3W65, 3W66. — Arch. UPSM-CFDT. — Michel Fievet, L’énergie de l’espérance, La Toison d’or, 2008. — Entretien avec Jean Alhéritière en juin 2014. — Entretien avec André Soulat en septembre 2014. — Entretien avec François Dollé en septembre 2014.

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