BARDORF Josef

Par Claudie Weill

Né le 19 décembre 1847 à Reindorf, faubourg ouvrier de Vienne ; mort le 12 mai 1922 à Brunn-am-Gebirge, dans la banlieue de Vienne ; un des pionniers du mouvement ouvrier autrichien ; dirigeant de la fraction des « modérés » pendant les années quatre-vingt.

Bardorf était le fils d’un compagnon tisserand venu à Vienne de son Allemagne centrale natale. Le jeune Josef fréquenta l’école communale et se fit remarquer par la vivacité de son esprit. Lorsque son père mourut, il n’avait que sept ans, mais, aîné de six autres frères et sœurs, il dut bientôt aider sa mère à gagner la subsistance de la famille. Il entra donc comme « garçon apprêteur », dans une manufacture de textiles du faubourg de Gumpendorf, fut ensuite manœuvre dans le bâtiment et travailla également comme garçon de café. A l’âge de dix-sept ans il put enfin commencer un apprentissage régulier pour devenir teinturier sur soie et laine.
Cinq ans plus tard, il commença son « tour de compagnonnage » qui le mena à travers toute l’Allemagne. De retour à Vienne, il entra dans le mouvement ouvrier et fonda, avec quelques-uns de ses camarades, le syndicat des teinturiers sur soie et laine. Président de cette organisation, il en fut avant tout l’organisateur et le propagandiste, ce qui lui valut d’être inscrit sur les listes noires des patrons teinturiers qui le dénoncèrent comme « dangereux agitateur » et social-démocrate. II ne trouva plus de travail et dut s’exiler en Suisse.
Kautsky, qui avait fait sa connaissance à Vienne alors qu’il commençait à militer et qui appréciait beaucoup ses qualités d’intelligence, reconnaît en lui un de ses maîtres.
Poussé par la nostalgie de son pays natal, Bardorf rentra en Autriche en 1878 et devint administrateur du journal social-démocrate Sozialist. Lorsque celui-ci cessa de paraître en 1879, on confia à Bardorf la rédaction de l’Arbeiterkalender (Almanach ouvrier). Il eut à subir alors la répression et fut maintes fois condamné.
Dans les années quatre-vingt, il se trouva à la tête de la fraction des « modérés » avec Kœrbler, Leissner et Bretschneider. C’est à ce titre qu’il joua un grand rôle au congrès ouvrier de Brünn (Brno) en 1882. Il fit rédiger à la hâte par Kautsky le programme qu’il défendit et qui y fut adopté. Son enthousiasme, son esprit de sacrifice, ses qualités de journaliste et d’orateur firent de lui une des personnalités les plus marquantes et les plus populaires du jeune mouvement ouvrier.
De 1881 à 1885, Bardorf fut rédacteur du journal Wahrheit (La Vérité) qui fut supprimé lorsque l’état d’exception fut proclamé. En mai 1883, il fut l’un des experts de la commission parlementaire chargée de fixer la durée normale de la journée de travail. En 1885-1886, il fut président adjoint du cercle politique « Wahrheit ».
Bardorf accepta, avec l’accord de ses camarades du Parti, la fonction de secrétaire de l’Association pour le placement de la main-d’œuvre, association privée fondée en 1884 par les libéraux associés aux socialistes. A la direction paritaire (patrons et salariés) de l’association, Bardorf était mandaté pour empêcher les représailles possibles pour faits de grèves et il exerça une influence prépondérante. A partir de 1889, il s’effaça de la vie du Parti. Lorsqu’en 1897, les chrétiens sociaux gagnèrent la municipalité de Vienne, ils fondèrent un office municipal de la main-d’œuvre et y incorporèrent l’association existante, y compris son personnel dont le secrétaire Bardorf. Il devait accéder au poste de directeur adjoint de cette institution.
Après vingt-cinq ans d’activité, il fut mis à la retraite en février 1918 et se retira dans la proche banlieue de Vienne, à Brunn-am-Gebirge. Là, il milita de nouveau à la section locale du Parti social-démocrate en qualité de conseiller et de conférencier, activité qu’il poursuivit sans relâche jusqu’à sa mort, le 12 mai 1922.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197357, notice BARDORF Josef par Claudie Weill, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 24 octobre 2018.

Par Claudie Weill

SOURCES : Arbeiterkalender (Almanach ouvrier), 1923, — L. Brügel, Geschichte der œsterreichischen Sozialdemokratie (Histoire de la social-démocratie autrichienne), vol. III. — K. Kautsky, Erinnerungen und Erœrterungen (Souvenirs et explications), La Haye, 1960. — Herbert Steiner, Die Arbeiterbewegung Œsterreichs, 1867-1889 (Le Mouvement ouvrier d’Autriche, 1867-1889), Vienne, 1964.

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