DANNEBERG Robert

Par Georges Haupt

Né le 23 juillet 1685 à Vienne ; mort ie 12 décembre 1942 au camp de concentration d’Auschwitz ; secrétaire de la Fédération internationale des Jeunesses socialistes ; leader du Parti social-démocrate.

Né dans une famille de la bourgeoisie juive aisée de la capitale de l’Empire, Robert Danneberg fit ses études à l’Université de Vienne où il passa son doctorat en droit. Alors qu’il était encore étudiant, il adhéra au Parti social-démocrate et se sépara de sa famille pour marquer et la rupture avec sa classe et son désir de s’identifier entièrement avec le mouvement ouvrier. Il milita d’abord dans l’organisation de la jeunesse ouvrière dont il devint rapidement l’un des dirigeants. Il subit alors l’influence de L. Winarsky qui fit de lui son collaborateur et son successeur à divers postes. Rapporteur en 1906 au IIe congrès de l’Union de la jeunesse ouvrière, il publia l’année suivante sa première brochure, une analyse de la situation dans les ateliers publics d’apprentissage. En 1908, à l’âge de vingt-trois ans, il fut appelé à travailler au secrétariat du Parti social-démocrate où il fut chargé de diriger le secteur éducatif et culturel. Il déploya une intense activité d’organisateur, de propagandiste et de journaliste. Rédacteur à partir de 1909 de la revue Die Bildungsarbeit (Le Travail d’éducation), il collabora à la revue théorique Der Kampf (Le Combat) et à de nombreux périodiques socialistes de l’époque. Brillant publiciste, il est l’auteur de plusieurs brochures de propagande et d’éducation politique dont le célèbre Programme social- démocrate, exposé clair et concis des principes, qui fut édité trente fois et constitua « l’instrument de propagande le plus efficace de toute la littérature austromarxiste » (N. Leser).
Parallèlement à son activité au secrétariat du Parti, Danneberg exerça à partir de 1908, sur la proposition de Winarsky, la fonction de secrétaire de la Fédération internationale des Jeunesses socialistes qui venait d’être créée au congrès de Stuttgart (août 1907) et dont le siège s’établit à Vienne. Il fut un coordinateur efficace de cette organisation qui se situait à la pointe de la lutte antimilitariste et à l’extrême gauche de la IIe Internationale. Aux congrès de la Fédération, à Copenhague (1910), Bâle (1912), Danneberg fut avec Karl Liebknecht l’un des principaux rapporteurs.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale l’empêcha de continuer à exercer son mandat à la tête du secrétariat de la Fédération dont le siège fut transféré en Suisse. Il fut un adversaire farouche du social-patriotisme et se retrouva avec son ami Friedrich Adler à la tête de l’aile gauche de l’opposition pacifiste au sein du parti qui se solidarisa avec le manifeste de Zimmerwald. Ce sont ces positions qu’il défendit dans la Volkstribüne (Tribune du Peuple), organe de discussion socialiste interdit par la censure en 1917. Ses critiques soulevèrent de vifs remous dans le Parti. Après l’arrestation de Friedrich Adler, ce fut Danneberg qui, plus modéré, faisant sienne la ligne de Kautsky, prit la direction de l’opposition pacifiste. Après le retour de captivité d’Otto Bauer, le groupe de Danneberg s’aligna sur les positions unitaires de celui qui devint le leader du parti.
Après la proclamation de la République en novembre 1918, Danneberg fut élu au conseil municipal de Vienne et devint l’un de ces grands administrateurs socialistes qui transformèrent la capitale en « Vienne la Rouge ». En 1922, il fut élu président du « Landtag » (Assemblée régionale) de Vienne et porte-parole du groupe parlementaire social-démocrate au conseil municipal. C’est à lui qu’on doit en partie la constitution de la municipalité de Vienne, son programme d’urbanisme, l’impôt pour la construction de logements sociaux ainsi que les lois sur la protection des locataires. En 1932, il prit la succession de Hugo Breitner au poste de sénateur de la ville chargé des questions financières. Mais la municipalité n’était que l’un des champs d’activité de cet homme dynamique, de cette puissante personnalité. A partir de février 1919, il siégea sans interruption au « Nationalrat » (Assemblée nationale) où il fut également le porte-parole du parti. En 1922, il devint le secrétaire général du parti, fut l’un de ses leaders prestigieux et son négociateur plénipotentiaire. Tacticien habile, il parvint en 1929 à atténuer les amendements réactionnaires à la Constitution qu’introduisit le chancelier fédéral Schober sur les injonctions de la « Heimwehr ». En 1933, ce fut lui qui négocia avec Dollfuss, sans succès d’ailleurs, le rétablissement du Parlement dans ses fonctions. Il fut un partisan convaincu de la nécessité d’un compromis avec Dollfuss. « A la direction du parti, il était l’un de ceux qui préconisaient le plus énergiquement la politique d’attentisme et qui dans les cas concrets repoussaient sans cesse l’idée d’un conflit armé » (E. März). Cet homme très cultivé, doué d’un sens politique remarquable, idéologiquement proche d’Otto Bauer, se fit toujours l’avocat d’un compromis pacifique et chercha à jouer le rôle de conciliateur entre les deux grandes ailes antagonistes du parti.
Arrêté lors des événements de février 1934, il parvint à établir le contact entre les social-démocrates, ses codétenus, dans la prison de la Cour d’appel de Vienne. Libéré au bout de huit mois, il milita dans la clandestinité. Homme politique expérimenté, jouissant d’un grand prestige, il garda une influence considérable et ne cessa d’entretenir les rapports les plus étroits avec toutes les personnalités et toutes les forces du mouvement social-démocrate clandestin. Il put ainsi devenir l’intermédiaire entre les « anciens » et les jeunes du mouvement socialiste révolutionnaire et un conseiller, guide politique écouté de tous. Même Buttinger reconnut en lui « le leader le plus intelligent de l’ancien parti ». Dans les journées critiques de février-mars 1938, « la position de Danneberg dans l’ancien mouvement comme ses contacts étroits avec le mouvement illégal faisaient de lui un centre important de toutes les aspirations politiques de la classe ouvrière. Tous ceux qui agissaient ou voulaient agir, qui étaient renseignés ou désiraient l’être, à commencer par le vieux Seitz jusqu’aux militants légaux des entreprises, venaient consulter Danneberg » (Buttinger, op. cit., p. 438). Jusqu’au dernier moment, il s’efforça de s’opposer à l’invasion hitlérienne par la création d’un front populaire. II chercha à faire éviter la catastrophe et ne songea pas à se mettre en sécurité. Ce ne fut qu’après le discours de démission de Schuschnigg, le soir du 11 mars, lorsque Seyss-Inquart forma le gouvernement national-socialiste, que Danneberg prit le train pour passer en Tchécoslovaquie, mais il fut refoulé à la frontière. Rentré à Vienne, il fut immédiatement arrêté par la Gestapo. Il fut la première victime parmi les militants socialistes. Pour exciter la haine contre les Juifs, les nazis affichèrent à Vienne un portrait caricatural de Danneberg qui fut alors envoyé par le premier transport au camp de concentration de Dachau. De là, il fut plus tard transféré d’abord à Buchenwald, puis au camp d’extermination d’Auschwitz où il devait disparaître. Même dans les conditions les plus cruelles du camp de concentration, il ne cessa d’être un militant, un conseiller respecté et écouté de ses codétenus, un exemple de dignité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197393, notice DANNEBERG Robert par Georges Haupt, version mise en ligne le 28 novembre 2017, dernière modification le 31 octobre 2018.

Par Georges Haupt

ŒUVRES : Staatslehrwerkstätten (Les Ateliers d’apprentissage publics), Vienne, 1907, 56 p. —Die Jugendbewegung der sozialistischen Internationale (Le Mouvement de la jeunesse de l’internationale socialiste), Vienne, 1910, 70 p. — Vas sozialidemokratische Programm. (Le Programme social-démocrate) Vienne, 1910, 104 p. (30e édition, 1926, 206 p.). — Alle in Molochs Rachen ! (Tous dans la gueule du Moloch), Vienne, 1911, 16 p. — Nationales Lesebuch für die deutsche Arbeiterjugend (Livre de lecture nationale pour la jeunesse ouvrière allemande), Vienne, 1912, 80 p — Maulchristen (Tartuffes), Vienne, 1913, 83 p. — Die Rekrutenschule der internationalen Sozialdemokratie (L’Ecole de recrues de la social-démocratie internationale), Vienne, 1914, 144 p. — Die Sozialdemokratie im zweiten Kriegs jahr (La Social-démocratie dans la seconde année de guerre), Vienne, 1916, 16 p. — Politik und Volkswirtschaft im dritten Kriegsfahr (Politique et économie nationale dans la troisième année de guerre), Vienne, 1917. — Die Not in Deutsch-Œsterreich und ihre Ursachen (La Misère en Autriche allemande et ses causes), Vienne, 1920, 32 p. — Der Vertrauensmann (L’homme de confiance, militant de base), Vienne, 1923, 56 p. — Der neue Mieterschutz (La nouvelle loi sur la protection des locataires), Vienne, 1923, 96 p. — Die Entwicklungsmœglichkeiten der Sozialdemokratie in Œsterreich (Les Possibilités de développement de la social-démocratie en Autriche), Vienne, 1923, 62 p. — La Municipalité social-démocrate de Vienne, Bruxelles, 1929, 68 p. — L’Administration social-démocrate à Vienne, Paris, 1925, 53 p. —• Die politischen Parteien in Deutsch-Œsterreich (Les Partis politiques en Autriche allemande), Vienne, 1923, 46 p. — Die « Wahrheit » über die Polizeiaktion am 15 Juli (La « vérité » sur l’action de la police le 15 juillet), Vienne, 1927, 44 p. — Hochverräter der Wirtschaft und der Republik (Traîtres à l’économie nationale et à la République), Vienne, 1931, 32 p. — Wirtschaftskrise, Faschismus und Arbeiterklasse (Crise économique, fascisme et classe ouvrière), Vienne, 1933, 7 p.
Manuscrits : 37 lettres (1903-1936) à Kautsky, Institut international d’Histoire sociale, Amsterdam.

SOURCES : Une bibliographie de ses œuvres in Archivx., 1962, no. 1, pp. 17-21. — F. Patzer, Der Wiener Gemeinderat 1918-1934 (Le Conseil municipal de Vienne 1918- 1934), Vienne, 1950. — L. Brügel, Geschichte des œsterreichischen Sozialdemokratie, Vol. V (Histoire de la social-démocratie autrichienne). — J. Buttinger, Le Précédent autrichien, Paris, 1956. — Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des œsterreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Leser, Vienne, 1964.

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