PERNERSTORFER Engelbert

Par Claudie Weill

Né et mort à Vienne : 27 avril 1850 — 6 janvier 1918 ; dirigeant social-démocrate ; président du groupe parlementaire social-démocrate.

Les parents de Pernerstorfer, originaires de Zell-bei-Zelldorf dans le Mühlviertel en Haute-Autriche, étaient venus s’installer à Vienne où ils avaient ouvert un modeste atelier de couture. Son père mourut alors qu’il avait quatre ans. Sa mère tenta de continuer à gérer la petite entreprise avec l’ouvrier de son père et voulut faire apprendre un métier à Engelbert, quoique son vœu le plus cher eût été qu’il devint prêtre. C’est peut-être là qu’il faut chercher l’origine de son hostilité à l’Eglise catholique. Grâce à un ami, il put être accepté au lycée moderne d’un orphelinat qui le recommanda au lycée catholique des Ecossais. C’est là qu’il connut l’ami qu’il ne devait jamais quitter : Victor Adler. C’est du lycée que date la fréquentation assidue de l’Adlerhorst (Le nid d’aigles), la maison des Adler qui était aussi en quelque sorte le siège de l’association littéraire qu’il avait fondée au lycée avec Victor et Siegmund Adler, Gruber, Friedjung. Cette association s’intéressait aussi bien à la littérature qu’aux écrits sociopolitiques, notamment à ceux de Lassalle, et ses membres s’étaient abonnés aux publications social-démocrates allemandes et suisses ainsi qu’au Volkswille (La Volonté du peuple), organe de la social-démocratie autrichienne naissante. Très impressionné par la manifestation de décembre 1869, Pernerstorfer adhéra à l’association d’éducation ouvrière de Vienne jusqu’à sa dissolution l’année suivante. Mais il était essentiellement imprégné des traditions de la révolution de 1848 et fut pendant toute sa vie l’un des champions de l’idée de la grande Allemagne. Il faillit notamment être incarcéré pour avoir déclaré que « l’idée du peuple allemand lui importait plus que la Monarchie ». Comme ses amis, il se passionnait également pour les idées de la révolution française de 1789.
Il passa son baccalauréat en 1870 et entreprit des études de littérature. Il gagnait sa vie en donnant des cours particuliers et en enseignant au « lycée académique de Vienne ». Avec Victor Adler, il adhéra à la corporation d’étudiants « Arminia » qu’il quitta rapidement pour entrer, en l’automne de 1871, au cercle de lecture des étudiants allemands de Vienne fondé par Franz von Liszt et dont Georg von Schœnerer, libéral allemand et futur théoricien de l’antisémitisme, était membre d’honneur. Il appartint à ce cercle jusqu’à sa dissolution en 1878, ainsi qu’à de nombreuses associations pan allemandes dont il fut le fondateur, ainsi l’Association nationale allemande dont il fut également le président. Démocrate libéral, il ne perdit jamais le contact avec le mouvement ouvrier. Ainsi, lors du procès de haute trahison de 1870 contre Oberwinder, A. Scheu, etc., il remit à Heinrich Scheu le produit d’une collecte qu’il avait effectuée avec ses amis (V. Adler, etc.). En 1880, il entra avec Victor Adler à l’Association pour l’Ecole allemande créée sur son initiative et milita contre la « slavisation » et la « latinisation » des régions frontalières. En 1880, il créa avec Schœnerer la revue mensuelle Deutsche Worte (Paroles allemandes) dont il fut l’éditeur. Il fut aussi l’un des auteurs du programme de Linz du Parti national allemand à l’existence éphémère, adopté en 1882. C’est alors que des tendances antisémites commencèrent à se faire jour parmi les nationaux-allemands. Pernerstorfer n’échappa pas à ce courant dominant, bien que ses meilleurs amis fussent juifs. Mais c’est sur ce point que devait se produire sa rupture avec Schœnerer, en 1883. Il mena dans Deutsche Worte une polémique acharnée contre le journal créé par ce dernier : Unverfälschte deutsche Worte (Paroles allemandes authentiques).
Il bénéficia de la réforme électorale et fut élu sans étiquette au Parlement par la cinquième curie dans la circonscription de Wiener-Neustadt, en 1885. Victor Adler lui demanda de convoquer la même année avec Kronawetter, député démocrate au « Reichsrat » (Conseil d’Empire), un meeting contre les lois d’exception antisocialistes, meeting que le gouvernement autorisa. En 1891, il rompit avec le groupe parlementaire national allemand auquel il était apparenté jusqu’alors. Anticlérical convaincu, il combattit l’absolutisme de la Monarchie et ne recula pas devant des attaques violentes contre les membres de la famille impériale. Rédacteur de la rubrique littéraire et artistique de l’Arbeiter Zeitung (Journal des Travailleurs), il adhéra au Parti social-démocrate en 1896. Il devait déclarer au congrès d’Aussig, en 1902, que la séparation nationale du Parti au congrès de 1897 avait consolidé son adhésion. Aux élections de 1897, il perdit son siège, mais fut réélu en 1901 et devint président du groupe parlementaire social-démocrate. Au congrès de Vienne, en 1901, où fut adopté le programme du Parti social-démocrate autrichien, il intervint en faveur du révisionnisme de Bernstein dont il fut le partisan autrichien le plus convaincu. Protestant contre « l’internationalisme désincarné et exsangue » de la social-démocratie autrichienne, il présenta au congrès socialiste international de Paris, en 1900, un rapport sur la lutte pour le suffrage universel qu’il considérait comme une revendication nationale destinée à renforcer la « cohésion interne » de la nation allemande. Il fut d’ailleurs l’un des inspirateurs du courant nationaliste qui se précisa dans la social-démocratie autrichienne au tournant du siècle au moment de la discussion sur les ordonnances linguistiques. Il participa activement à la campagne en faveur du suffrage universel en 1905 et, après son instauration et l’élection en 1907 de 84 députés sociaux-démocrates, il fut élu vice-président du « Reichsrat » (Conseil d’Empire). Il le demeura jusqu’à sa mort. Il fit aussi partie de la Commission interparlementaire socialiste et du travail dès sa création et devint à ce titre, en 1907, délégué au Bureau socialiste international. Mais le nationalisme de Pernerstorfer ne se doublait ni de chauvinisme cocardier ni de haine nationale. C’est par opposition à ces tendances qu’il quitta en 1911 l’Association pour l’École allemande qu’il avait créée. La même année, il fonda la revue Der Strom (Le fleuve), organe du théâtre populaire de Vienne.
Lorsque éclata la première guerre mondiale, il se situa tout naturellement dans le camp des sociaux-patriotes partisans de l’Union sacrée. En 1916, il intervint en faveur d’un nationalisme socialiste et s’attira les violents reproches de Victor Adler qui estimait cette période de passions déchaînées peu propice aux mots d’ordre nationalistes. En 1915, il conseilla à Friedrich Adler qu’il qualifiait d’anarchiste — et dont il était le parrain — d’aller en Suisse ou en Allemagne comme on le lui proposait, estimant qu’il n’y avait plus de place pour lui dans la constellation politique de la social-démocratie autrichienne. Toutefois, lorsque Fritz Adler fut condamné en 1917 pour avoir tué le premier ministre, il intervint en sa faveur auprès de l’Empereur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197608, notice PERNERSTORFER Engelbert par Claudie Weill, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Claudie Weill

ŒUVRES : Die Zustände im Wiener allgemeinen Krankenhaus (La situation à l’hôpital public de Vienne), 1887, 19 p. — Die Staatspolizei vor dem Parlament (La Police d’Etat devant le Parlement), 1889. — Fr. W. Fœrster als christlicher Ethiker (F.W. Fœrster, moraliste chrétien). — Friedrich Schiller zur 100. Wiederkehr seines Todes (Pour le centenaire de la mort de F. Schiller), Vienne, 1905, 26 p. — Für das humanistische Gymnasium (Pour le lycée classique). — Jean Jaurès, Vaterland und das Prolétariat (Jean Jaurès, la patrie et le prolétariat), 1916. — Zeitfragen (Problèmes actuels), 1917, 96 p. — Cinq lettres (1897-1929) à K. Kautsky, Institut international d’Histoire sociale, Amsterdam.

SOURCES : Robert Arthaber dans Neue œsterreichische Biographie (Nouvelle biographie autrichienne), vol. II, Vienne, 1925. — Engelbert Pernerstorfer zum Gedächtnis (A la mémoire d’Engelbert Pernestorfer), Vienne, 1928. — Hans Mommsen, Die Sozialdemokratie und die Nationalitätenfrage im Habsburgischen Vielvœlkerstaat (La Social-démocratie et la question des nationalités dans l’État multinational des Habsburg), Vienne, 1963. — Kurt Rotter, Engelbert Pernerstorfer und die Geschichte der « Deutschen Worte » (E.P. et l’histoire des « Paroles allemandes »), Vienne, 1943, dactylographié. — Alois Modi, Die politische Entwicklung Engelbert Pernerstorfers (L’Evolution politique d’E.P.), Vienne, 1947, dactylographié. — Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des österreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Leser, Vienne, 1964. — Julius Braunthal, Victor und Friedrich Adler, Vienne, 1965.

ICONOGRAPHIE : {Encyclopédie socialiste}, J. Longuet, {Le Mouvement socialiste international} ,1913, p. 415.

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