DUFOUR Jacques

Par Jean-Luc Labbé

Né le 31 décembre 1849 à Issoudun (Indre), mort le 27 avril 1913 à Paris (XVIe arr.) ; marchand fripier puis marchand de chaussures ; franc-maçon ; socialiste vaillantiste en 1882, socialiste guesdiste en 1890, membre du conseil national du POF en 1898, socialiste unifié en 1905 ; conseiller municipal d’Issoudun (1881-1884, 1888-1900, 1904-1908) ; conseiller général (1889-1907) ; maire d’Issoudun (1892-1899 et 1904-1908) ; député de l’Indre (1898-1913).

Jacques Dufour naquit dans l’appartement du premier étage du commerce familial de la Place des Marchés, au centre-ville d’Issoudun. Son père (Pierre né en 1812 et fils de vigneron) tenait avec sa femme (Catherine née Jusserand, fille et sœur de vigneron) un petit commerce de vente d’habits et se qualifiait de « marchand fripier ». Les familles Dufour et Jusserand étaient issues du faubourg Saint-Paterne, quartier populaire peuplé de jardiniers et de vignerons, ouvriers agricoles pour beaucoup, mais aussi petits propriétaires dont les conditions de vie différaient peu du prolétariat. En cela, Jacques Dufour pouvait se sentir inclus, par son ascendance et son cousinage, dans cette corporation vigneronne qui tout au long des XVIIIe et XIXe siècles marqua l’histoire sociale et politique d’Issoudun.
Politiquement, il mit ses pas dans ceux de son père : Pierre Dufour entra au conseil municipal en 1870 quand les républicains gagnèrent la ville au détriment de la droite royaliste et bonapartiste. L’année suivante, lors des élections municipales de fin avril-début mai 1871, pendant la Commune de Paris, Pierre Dufour fut réélu comme la totalité de la liste républicaine ; liste que le Sous-préfet d’Issoudun qualifia de « radicale et révolutionnaire ». Ce qualificatif était exagéré mais, par précaution, ce Sous-préfet avait toutefois jugé prudent de quitter la ville … Dans ce conseil municipal se trouvait la plupart des dirigeants qui animeront la vie politique des vingt années suivantes (Alfred Leconte et Alexandre Lecherbonnier en particulier). Mais Pierre Dufour décéda peu après, en septembre 1872. Son fils aîné, Pierre-Eugène Dufour (qui prit le surnom de Berrichon Paterne), partit à Paris pour devenir poète, peintre, sculpteur, anarchiste et en 1897 épousa la sœur d’Arthur Rimbaud.
Le destin de Jacques fut tout autre. Orphelin de père et de mère (décédée en 1869) et sous la tutelle de sa grand-mère, Jacques Dufour avait alors 22 ans. Après un apprentissage d’ouvrier tapissier, il reprit le commerce familial et se maria en avril 1873 avec Madeleine Montcharmon, 18 ans, domicilié Grande Rue Saint-Paterne avec son père jardinier. Les témoins du mariage étaient tous vignerons : J-B Jouard 53 ans et Jacques Jusserand 50 ans (oncles de Jacques), François Sautureau 58 ans et François Aligny 37 ans (oncles de Madeleine). Jacques Dufour et Madeleine Montcharmon se marièrent civilement ; ce qui était encore exceptionnel en 1873.
En 1874, Jacques Dufour fut fiché par la police : « marchand fripier, place du marché. Radical forcené, démagogue exalté, franc-maçon ardent, homme à craindre dans un moment difficile, fils d’un radical qui a été enterré civilement, marié civilement, propagandiste acharné ; se fait gloire de ses opinions avancées et de son irreligion, déteste tout ce qui est autorité, disciple zélé et chéri de Leconte. ». Disciple zélé et chéri de Leconte ? La police mettait le doigt, avant même l’élection à l’Assemblée nationale d’Alfred Leconte en 1876, sur une des clés qui permettaient d’anticiper la suite. Franc-maçon ? Jacques Dufour venait effectivement d’être admis au sein de la loge maçonnique La Gauloise, organisation semi clandestine créée en 1869 par une douzaine de militants républicains issoldunois, dont Alfred Leconte et Alexandre Lecherbonnier. Cette loge avait décidé en 1872 de donner 15 Francs pour les familles des communards déportés (source : R. Durandeau, p.190).
En 1873, une autre alliance s’était nouée qui coloria en rouge le parcours de Jacques Dufour : le mariage en janvier de sa sœur Françoise, alors âgée de 26 ans, avec Jean-Félix Fénon. Celui-ci, né à Issoudun, habitait Paris et en 1873 (quand il se maria à Issoudun) son frère aîné Léon Fénon était en prison après avoir été arrêté le 26 mai 1871 et condamné en avril 1872 pour sa participation à la Commune de Paris. Il est probable que Jean-Félix Fénon était à Issoudun peu après la semaine sanglante pour échapper à la répression. Lors des années qui suivirent, le beau-frère de Jacques Dufour devint un militant blanquiste à qui il fut demandé (?) de revenir à Issoudun en 1882 pour organiser localement le Comité révolutionnaire central (CRC) d’Édouard Vaillant. Jacques Dufour fit partie des conseils d’administration des premières associations (coopérative et mutuelle) qui furent créées à l’époque sous l’impulsion de J-F Fénon. En mars 1882, Jacques Dufour fut l’un des fondateurs de La Solidarité, association de secours mutuels, dont L’Echo des Marchés du Centre, journal local royaliste dénonça les objectifs : « Sous couvert d’une association, la société Ni Dieu Ni Maître répand parmi les ouvriers et les vignerons de notre ville les principes et les enseignements socialistes ». Il s’ensuivit une polémique au cours de laquelle Dufour, officialisant sa qualité de président de l’association, déclara : « Qui a fait votre fortune à tous, conservateurs ? Le prolétariat que vous insultez ! » Outre Jacques Dufour, le bureau de cette association comprenait Eugène Brochet, secrétaire, et le vigneron Louis Cousin, trésorier. En octobre 1882, Jacques Dufour participa également à la création de L’Issoldunoise, « association collective d’alimentation et de consommation » dont le siège social fut fixé au n° 8 de la Rue Montélimar. Jean-Félix Fénon fut élu président du conseil d’administration ; Jacques Dufour étant commissaire aux comptes en compagnie de Léon Liger-Bujeard. Cette association collective marquera très tôt ses engagements politiques en invitant Paule Mink pour une conférence sur le socialisme révolutionnaire et le féminisme. Au cours de ces années 1880-1884, Jacques Dufour, petit commerçant allié aux vignerons, élargissait son réseau aux ouvriers des ateliers et de l’artisanat.
Jacques Dufour venait d’être élu l’année précédente (1881) pour la première fois au conseil municipal avec le parrainage d’Alfred Leconte, quant à lui député depuis 1876 et membre de la gauche radicale (et donc non socialiste). Entre Alfred Leconte et Jean-Félix Fénon, Jacques Dufour fit le choix du second ; on l’a vu avec la création du parti socialiste révolutionnaire en 1882. Pour les élections municipales de 1884, Jacques Dufour fut l’un des principaux artisans de la stratégie décidée par le CRC : proposer aux républicains une liste d’union rassemblant les modérés, les radicaux et les socialistes. La proposition socialiste, pour une liste de 27, était de prendre 13 conseillers républicains et radicaux sortants et d’y ajouter 14 socialistes dont 4 conseillers sortants. Autrement dit, de faire lire un maire socialiste révolutionnaire. Le maire sortant (Alexandre Lecherbonnier) fit trainer les discussions et présenta sa liste quelques jours avant le scrutin. Les socialistes, pris de court, présentèrent leur liste incomplète de 14 candidats qui se retirèrent au second tour. Jacques Dufour quitta le conseil municipal avec ces mots : « Nous succombons dans la lutte pour avoir été trop honnêtes. Plus que Jamais, et plus qu’au conseil municipal, nous sommes à votre disposition pour soutenir vos droits et défendre vos libertés. Maintenez vos comités, organisez-les, réunissez-vous souvent, discutez-y toutes les questions qui vous intéressent. Là vous formerez des hommes et quand viendront de nouvelles élections, au lieu du gâchis du 4 mai, vous aurez votre liste à vous. Ce sera celle du peuple et contre celle-là nul n’osera s’y frotter. Vive le peuple ! A bas les autocrates ! ».
Pendant les années qui suivirent, les socialistes issoldunois constituèrent un Groupe d’études sociales, rassemblant les diverses sensibilités et investirent le Comité républicain au sein duquel ils réussirent parfois à créer un rapport de force qui leur était favorable. Pour les élections municipales de 1888, une liste conservatrice, une liste républicaine-radicale et une liste socialiste s’affrontèrent. Pour ce scrutin de panachage, seuls quatre candidats furent élus au 1er tour. Les radicaux et les socialistes fusionnèrent pour le second tour en prenant les candidats qui avaient obtenu le plus de voix. Dans ce conseil municipal de 27 membres, la droite obtint 3 élus. Sur les 24 élus de la liste majoritaire, 15 étaient radicaux et 9 se revendiquaient socialistes. Premier socialiste en nombre de voix, Jacques Dufour s’imposa comme leur chef de file.
En juillet 1889 pour les élections cantonales, le général Boulanger (alors exilé en Angleterre) fut élu au 1er tour dans le canton d’Issoudun nord (avec le soutien de toutes les droites qui avaient retiré leur candidat) contre le maire radical de Reuilly. L’élection de Boulanger fut invalidée par le gouvernement et une élection partielle se tint en décembre. Dans cette période troublée, Jacques Dufour se porta candidat et, avec le soutien de toutes les gauches, fut élu. Il devenait ainsi le premier socialiste à siéger au Conseil général de l’Indre. Ce canton d’Issoudun-nord lui sera fidèle pendant 17 ans, jusqu’en 1907.
La conquête de la mairie se réalisa lors des élections municipales du printemps 1892. Les gauches, dès le premier tour, avaient constitué une liste d’union à parité politique entre les radicaux et les socialistes. Lors de la première réunion du nouveau conseil municipal, les deux chefs de file, Brunet (maire-sortant) pour les républicains-radicaux et Dufour pour les socialistes, posèrent leur candidature pour être maire. Chacun obtint 12 voix (et deux nuls). Au second tour, un renversement d’alliance s’opéra, probablement à l’initiative du député Alfred Leconte. Les radicaux socialisants votèrent pour Dufour qui fut élu avec 16 voix contre 8 à Brunet. Et Dufour, devenu maire, proposa au conseil de reconduire les deux adjoints au maire du mandat précédent … Cet accord entre le député et le nouveau maire trouvera une autre traduction concrète : Dufour (en accord avec le CRC ?) ne sera pas candidat aux élections législatives de 1893, élection pour laquelle Leconte dut faire face à la candidature de Georges Doré soutenue par le Parti ouvrier de Jules Guesde.
Dufour aurait eu toute légitimité pour être candidat aux législatives. Conseiller général et maire, il avait fait face six mois après son élection à la mairie à une grève des artisans boulangers. Ces derniers s’étaient mis dans l’idée de faire grève, contre la mairie et la taxe sur le pain, pendant la grande foire de septembre 1892. Une situation explosive pour les habitants au cours de cette semaine de foire qui attirait de très nombreuses personnes de l’extérieur de la ville. Dufour improvisa une boulangerie au sein même des locaux municipaux, sollicita les particuliers propriétaires d’un four à pain et des militants jetèrent les bases d’une boulangerie coopérative qui favorisa une mobilisation sociale et politique du petit peuple. La crise passée, la boulangerie coopérative poursuivit son développement jusqu’à compter 800 foyers adhérents (entre 3 et 4000 personnes, soit près d’un tiers de la population). L’action de Jacques Dufour pour le pain quotidien fut pour longtemps inscrite dans la mémoire populaire.
Les années 1894 et 1895 fut celles de la création à Issoudun de plusieurs syndicats, création à laquelle prirent part directement le maire socialiste révolutionnaire Jacques Dufour et le député Alfred Leconte ; ce dernier se rapprochant de plus en plus des socialistes et déclarant son admiration pour Jaurès. En novembre 1894 se créa la Chambre syndicale typographique, puis en avril 1895 l’Union syndicale des ouvriers en bâtiment et en septembre de la même année l’Union syndicale des ouvriers des cuirs et peaux. Alors que les vignerons « rouges » avaient depuis 15 ou 20 ans leur organisation professionnelle et leurs représentants au conseil municipal, les ouvriers des ateliers devenaient une force sociale incontournable. Pour les élections municipales de 1896, ce fut la quasi-totalité du bureau syndical des ouvriers parcheminiers et mégissiers que Jacques Dufour prit sur sa liste ; à commencer par Paul Meunier, le jeune secrétaire du syndicat CGT. Cette liste, élue entièrement dès le 1er tour, était « socialiste et ouvrière » ainsi que la qualifiait la profession de foi. En fait s’y retrouvaient à part égale les ouvriers, les vignerons (propriétaires et salariés agricoles) et les artisans-boutiquiers. Le pharmacien et député Leconte était aussi de la partie.
Alfred Leconte, alors âgé de plus de 70 ans, annonça qu’il ne se présenterait pas aux élections législatives de 1898. La voie s’ouvrait pour Jacques Dufour qui fut désigné par le Groupe d’études sociales pour être le porte-drapeau des socialistes dont la diversité commençait à se faire jour. Jacques Dufour avait passé un accord de désistement réciproque avec Georges Doré, candidat pour la troisième fois, accord de désistement public qui se terminait par « Vive la République ouvrière, vive la République sociale ». Mais il n’y eut pas de deuxième tour. Jacques Dufour fut élu avec 51% sur la totalité de la circonscription comprenant les cantons d’Issoudun-sud, Issoudun-nord, Vatan et Saint-Christophe-en-Bazelle (Inscrits : 15244 ; votants : 12791 ; Dufour : 6499 voix). Avec les 15,50% de Doré, les socialistes rassemblaient les deux-tiers des suffrages exprimés. Dans la ville d’Issoudun, Dufour seul atteignait 70% (et Doré 15%). Si Jacques Dufour avait creusé l’écart à Issoudun, il avait également permis à un électorat socialiste de se révéler dans de nombreuses communes rurales dont une ou deux seulement en cette année 1898 avait un maire clairement socialiste. Dufour fit plus de 50% à Diou, Lizeray, Migny, Paudy, Reuilly, Saint-Valentin, Saint-Aubin, Vatan, Saint-Florentin, Fontenay, Giroux, Guilly, Liniez, Lucay-le-Libre, Meunet-sous-Vatan, Saint-Pierre-de-Jards, Anjouin, Chabris, Dun-le-Poélier (19 communes sur les 48 qui composaient). Et Doré arrivait en tête à Saint-Christophe-en-Bazelle, Bagneux, Varennes et Saint-Georges-sur-Arnon. Les petites villes et les communes rurales historiquement républicaines viraient au rouge. Jacques Dufour pour sa campagne électorale avait pu s’appuyer sur des militants d’origines aussi diverses qu’Anselme Hervet et Edmond Augras.
Lors de cette élection législative de 1898, aussi bien Jules Guesde dans le nord que Jean Jaurès dans le sud de la France avaient été battus. L’élection de Dufour, a fortiori dans une circonscription rurale, fut fêté comme un évènement de portée nationale par le Parti Ouvrier. Par le P.O.F. et non par le C.R.C. puisque Dufour dès le lendemain de son élection avait rejoint le groupe guesdiste de l’Assemblée nationale. Une fête de la victoire fut organisée à Issoudun à laquelle participèrent plusieurs députés du Parti ouvrier français. Cette élection législative en mai fut suivie par les élections cantonales en août. Auguste Bonjour-Perrochon, premier adjoint de Dufour, fut élu conseiller général du canton Issoudun-sud en battant le sortant Brunet (républicain modéré, ancien maire d’Issoudun de 1888 à 1992, sénateur et président en exercice du Conseil général).
Le XVIe congrès du parti se tint en septembre 1898 à Montluçon avec la participation de Jacques Dufour qui apporta à cette occasion l’adhésion du groupe d’études sociales ainsi que des syndicats issoldunois des ouvriers du bâtiment et des mégissiers. Il fit une intervention qui soulignait « le rôle du citoyen Carnaud » (qui ne pouvait être que Maximilien Carnaud présent au congrès, député des Bouches du Rhône et membre du Conseil national du POF) à qui il reconnaissait « le mérite d’avoir importé le socialisme à Issoudun » ; affirmation injuste vis à vis des militants du Comité central révolutionnaire de 1882 (voir plus haut) mais qui devait répondre à quelque utilité politique. Au terme de ce congrès de Montluçon, Jacques Dufour fut élu au Conseil national du Parti ouvrier et participa dans les mois suivants à de nombreuses initiatives politiques pour y montrer que les ruraux pouvaient aussi venir au socialisme collectiviste.
Jacques Dufour participa à tous les congrès nationaux du POF de 1897 à 1905. Au premier congrès général des organisations socialistes à Paris, salle Japy (décembre 1899), il représenta le groupe d’études sociales, le syndicat des cuirs et peaux et la circonscription d’Issoudun. Au congrès de la salle Wagram (1900), il portait le mandat de la même circonscription et de deux groupes du POF de Saint-Pierre-de-Jards et de Vatan. En 1900, secrétaire de la fédération socialiste révolutionnaire de l’Indre, Jacques Dufour fut délégué au congrès d’unité à Paris, salle du Globe (avril 1905) et représenta la fédération socialiste SFIO aux congrès nationaux de Chalon-sur-Saône (octobre-novembre 1905), de Limoges (1906) et de Saint-Quentin en 1911 (Source : congrès nationaux par Justinien Raymond). En 1902, Jacques Dufour avait accueilli dans sa ville d’Issoudun le congrès national du Parti ouvrier français ; dernier congrès avant la création du Parti socialiste de France.
Mais en 1898, l’unité et hégémonie socialiste à Issoudun commençaient à se fissurer. Après l’opposition réactionnaires-républicains (1870-1890) et après l’opposition républicains-socialistes (1890-1900), le conflit dominant devint celui entre socialistes réformistes et socialistes révolutionnaires. Une première alerte avait s’était produite fin 1898 avec la démission de plusieurs conseillers municipaux qui contestaient le cumul des mandats par Jacques Dufour (maire, conseiller général, député). En 1899, un an avant la fin du mandat municipal, Jacques Dufour démissionna du Conseil municipal pour que son premier adjoint prenne l’écharpe de maire. Dans le même temps au niveau national, l’entrée au gouvernement de Millerand cristallisa les divergences politiques et conduisit au niveau local à la structuration de deux organisations socialistes concurrentes. Dans ce mouvement confus de repositionnement, les membres du conseil municipal étaient majoritairement « réformistes » et plusieurs dirigeants « révolutionnaires » refusèrent de faire partie de la liste pour les élections municipales de 1900.
Jacques Dufour organisa une fédération du Parti socialiste de France (issue du POF guesdiste et du PSR vaillantiste) alors que Jules Devaux et Octave Martinet structurèrent une fédération des socialistes indépendants rallés au Parti socialiste français de Jaurès. Ce dernier vint tenir meeting à Châteauroux et Issoudun en février 1902, trois mois avant les élections législatives. Et ce fut avec son accord que les socialistes indépendants présentèrent un candidat (Louis Desbordes) contre Jacques Dufour. Desbordes (11% au premier tour) retira sa candidature et Dufour fut réélu au deuxième tour avec 51,77% contre Dumont qui, se présentant (lui aussi) comme « républicain socialiste indépendant », avait rallié la droite et une partie des radicaux. Le « tous contre Dufour » avait failli fonctionner.
Fort de sa légitimité de député réélu Jacques Dufour, à la tête d’une liste Union socialiste révolutionnaire, reprit la mairie aux Républicains-socialistes indépendants en 1904. Jacques Dufour milita ensuite dans le sens de l’unité socialiste avec la création au niveau national en 1905 du Parti socialiste unifié. Mais si Jaurès était l’un des artisans de cette unité, une bonne partie de ses soutiens locaux refusèrent sa stratégie d’alliance et créèrent une fédération autonome qui évolua rapidement vers le radical-socialisme et le soutien au gouvernement. Cette Fédération autonome créa son propre journal qu’elle partageait avec la fédération autonome du Cher. Jacques Dufour fut réélu député en 1906 contre le représentant de la Fédération socialiste autonome (Victor Couderau) et Dumont (radical-socialiste) qui, en l’absence de candidat de droite, reçut les voix conservatrices.
Jacques Dufour pour constituer, difficilement, la Fédération départementale du PSU put compter sur Octave Martinet (blanquiste en 1882, socialiste autonome en 1900, socialiste unifié en 1906). Mais la Fédération socialiste autonome réussissait à ne pas se faire marginaliser alors que dans le même temps les anarcho-syndicalistes ouvraient un autre front en contestant Dufour sur « sa gauche ». Cette situation provoqua la première défaite de Jacques Dufour : il fut battu en 1907 par Jules Devaux lors des élections cantonales. Encouragé par ce succès, Jules Devaux présenta une liste aux élections municipales de 1908 contre celle des socialistes unifiés de Jacques Dufour. L’impossible fusion des deux listes entre les deux tours eut pour conséquence l’élection d’une majorité des conseillers municipaux conservateurs qui s’étaient choisis un chef de file républicain (le docteur Guilpin). Le PSU fit élire 9 conseillers (sur 27) et Jacques Dufour ne fut pas élu (il ne lui manqua qu’une vingtaine de voix). Le Sous-préfet analysa cette situation, sans grande surprise, par le seul fait de la division des socialistes. Le même cas de figure se reproduisit aux élections municipales de 1912. Pour autant, Jacques Dufour avait été réélu député en 1910 contre le maire d’Issoudun (Guilpin, républicain conservateur) et le candidat radical (Dumont). Mais il avait arraché cette victoire grâce à une triangulaire au deuxième tour et une majorité relative de 45%. Bien des villages et gros bourgs lui étaient restés fidèles ; ce qui lui permit de compenser le résultat très moyen d’Issoudun. Ce fut dans cette position de député sans mandat local qu’il décéda dans son appartement parisien le 27 avril 1913 à l’âge de 64 ans.
Jacques Dufour avait eu un fils, Alexandre né en 1878. Bien plus effacé que son père, Alexandre Dufour reprit le commerce de vente de chaussures de la Place des Marchés et fut élu conseiller municipal en 1919 sur la liste du PSU. Resté à la SFIO après 1920, il suivit le maire Henri Jamet en 1925 et devint son adjoint.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197674, notice DUFOUR Jacques par Jean-Luc Labbé, version mise en ligne le 29 novembre 2017, dernière modification le 15 novembre 2022.

Par Jean-Luc Labbé

SOURCES : Notice pour le Maitron par Justinien Raymond (Sources : Arch. ASS. Nat., dossier biographique). — Hubert-Rouger, La France socialiste, p. 354, et Les Fédérations socialistes II, p. 354). — Durandeau Robert, Histoire des Francs-maçons en Berry, Editions Lucien Souny, 1990, pp 245-246). — Bulletin des amis du vieil Issoudun, année 1998, les maires d’Issoudun de 1790 à 1971, pp 37-38). — Presse locale et résultats électoraux (Arch. Dép. Indre et Arch. Mun. Issoudun). — État civil Issoudun. — Le Socialiste, organe central du Parti ouvrier français, 1898-1900, période pendant laquelle Jacques Dufour était membre du Conseil national.

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