SCHEU Josef

Par Herbert Steiner

Né le 15 septembre 1841 à Vienne, mort le 12 octobre 1904 à Vienne ; musicien ; un des pionniers de la social-démocratie autrichienne.

Aîné de la « dynastie Scheu », pour employer le terme d’Oberwinder, Josef Scheu manifesta dès son enfance de grands talents musicaux. Il fit partie de la chorale d’une église où il introduisit ses frères Andreas et Heinrich. La situation économique difficile de sa famille le contraignit à exercer un travail rémunéré en même temps qu’il continuait ses études musicales. Ainsi, dès l’âge de quinze ans, il était musicien professionnel dans l’orchestre du Theater an der Wien. En 1860, il obtint le premier prix à un concours de composition de chœurs pour voix d’hommes. En 1865, il entra dans l’orchestre du Burgtheater comme corniste. Parallèlement, il donnait des leçons de musique dans de riches familles viennoises. Le 27 février 1867, il épousa Emilie Karoline Fuchs, danseuse au Theater an der Wien.
Josef Scheu milita activement dans le mouvement ouvrier viennois. S’il intervenait peu en public, il était, en revanche, très connu et très apprécié dans le milieu restreint de la social-démocratie autrichienne naissante. Par l’intermédiaire de son frère Andreas, il entra en 1868 à l’association d’éducation ouvrière de Vienne créée à la fin de l’année précédente. Il mit en musique le Chant du Travail de J. Zapf que l’on entendit pour la première fois en août 1868 à l’occasion d’un meeting. Ce chant devint l’hymne des ouvriers autrichiens. Dans les années qui suivirent, il composa de nombreux chants et chœurs sur des textes de son frère Andreas, de Heine, de Herwegh, de Freiligrath et d’autres poètes. Il considérait les chants ouvriers et les chorales de travailleurs comme un moyen d’éducation et de combat important pour le mouvement ouvrier.
Lorsqu’en 1870 son frère Andreas fut emprisonné pour haute trahison, il fit revenir son frère Heinrich d’Allemagne et l’introduisit dans le mouvement ouvrier viennois. En 1872, il créa l’Association des musiciens de Vienne, le premier syndicat de musiciens dont il fut le président. Il fut également rédacteur de l’Œsterreichische Musikerzeitung (Journal des musiciens autrichiens). Il fut le seul des trois frères Scheu à rester en Autriche et à continuer à militer à Vienne. Il y était le porte-parole de son frère Andreas pour qui il avait pris fait en cause lors de la querelle avec Oberwinder, se rangeant ainsi dans les rangs des « radicaux » auxquels il demeura fidèle jusqu’à l’unification par Victor Adler. Il fit très tôt la connaissance de Karl Kautsky et il fut l’un de ceux qui l’introduisirent dans le mouvement ouvrier autrichien. Ils avaient de nombreuses affinités et fréquentaient les mêmes milieux artistiques.
En 1878, Josef Scheu fonda l’Union des chanteurs ouvriers de Vienne dont il devint chef des chœurs. Ses activités syndicales dans la branche musicale lui valurent d’être mis à la retraite d’office de l’Orchestre du Burgtheater en 1881. Constamment surveillé par la police comme les autres socialistes dans les années 1880, il fut arrêté en 1882 et ne fut relâché que sur l’intervention du ministre Stremayer dans la famille duquel il avait enseigné la musique. Au cours de l’été 1884, il effectua une tournée de propagande avec l’Union des chanteurs ouvriers. En 1887, il participa dans son domaine aux tentatives d’unification entreprises par Victor Adler en proposant la refonte des vingt associations viennoises de chanteurs ouvriers en quatre ou cinq grandes associations. Il participa également aux pourparlers importants du 4 octobre 1888 qui précédèrent le congrès d’unification de la social-démocratie autrichienne. En 1893, il fut délégué au congrès socialiste international de Zurich.
Josef Scheu fonda, en 1891, la Fédération des associations ouvrières de chant de Basse-Autriche et, en 1901, la Confédération nationale des associations ouvrières de chant à laquelle appartinrent, dès sa fondation, une centaine d’associations. Les deux fédérations l’élurent chef des chœurs. En 1902, il fonda l’Arbeitersängerzeitung (Journal des chanteurs ouvriers) et en assuma la rédaction jusqu’à sa mort. A partir de 1895, il fut également critique musical à l’Arbeiter-Zeitung (Journal des travailleurs). Il comptait parmi ses amis de nombreux musiciens importants.
Josef Scheu mourut des suites d’une opération de l’appendicite. Ses obsèques donnèrent lieu à une grande manifestation ouvrière, et tout particulièrement du mouvement des chanteurs ouvriers, au cours de laquelle Victor Adler prit la parole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197686, notice SCHEU Josef par Herbert Steiner, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Herbert Steiner

ŒUVRE : Arbeiterliederbuch für vier stimmgen Mannerchor (Livre de chants ouvriers), Vienne, 1900, 100 p. — De nombreuses compositions éditées par Günther à Dresde.

SOURCES : Karl Kautsky, Erinnerungen and Erœrterungen (Souvenirs et explications), La Haye, 1960. — Herbert Steiner, Die Gebrüder Scheu. Eine Biographie. (Les Frères Scheu), Vienne, 1968, 172 p.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément