SCHUHMEIER Franz

Par Georges Haupt

Né le 11 octobre 1864 à Vienne ; victime d’un attentat le 11 février 1913 ; dirigeant ouvrier.

Franz Schuhmeier était fils d’un rubanier. Il fréquenta pendant six ans l’école communale à Vienne et ses succès scolaires furent tels qu’on lui proposa de bénéficier d’une place gratuite au séminaire de Sankt-Pœlten. Mais il ne put accepter et il dut travailler en usine afin d’aider à subvenir aux besoins familiaux. Le 2 avril 1882, il entra comme manœuvre dans la fabrique de papiers peints « Gopold und Schnude » à Gumpendorf (Vienne). Sous l’influence des milieux anarchistes qu’il fréquentait alors, il consacra le peu de temps de liberté dont il disposait pour accroître, en autodidacte, ses connaissances. Il commença aussi à militer dans le mouvement ouvrier où les dissensions entre « radicaux » et « modérés » contribuèrent à faire mûrir son instinct politique et à lui donner une vue claire et réaliste du mouvement socialiste.
Franz Schuhmeier suivait avec assiduité les cours de l’Association d’éducation ouvrière de Mariahilf et il put ainsi parfaire ses connaissances en sciences élémentaires, développer ses dons naturels et devenir un excellent orateur. Le 22 août 1886, il épousa sa camarade de travail Cilli Ditz qui milita à ses côtés tout au long de sa vie. Dans les années quatre-vingt, il avait adhéré au Parti social-démocrate. Ses solides connaissances, ses dons, son tempérament, sa personnalité gaie et impulsive en firent bientôt l’un de ses militants les plus en vue et les plus populaires. En 1886, il rencontra Victor Adler qui entreprenait alors d’unifier les fractions modérée et radicale. La même année, ses camarades de travail créèrent le « Club des Fumeurs Apollo » dont il fut élu président. Ce club fut la cellule mère de l’Association d’éducation ouvrière de Neulerchenfeld d’où allait sortir la puissante organisation du Parti social- démocrate d’Ottakring, quartier ouvrier qui devint son fief et où il jouissait d’une immense popularité confinant à l’idolâtrie.
Schuhmeier, purgeant une peine de prison à la suite d’une infraction à la loi sur les associations, ne put participer au congrès d’unification du Parti à Hainfeld, le 31 décembre 1888. Au cours de sa vie, il fut vingt-cinq fois mis en accusation et acquitté treize fois. Les peines qu’il subit et les poursuites l’incitaient plutôt à persévérer dans son activité militante toujours plus intensive. En 1893, il réorganisa la caisse d’assurance-maladie. En 1895, il devint rédacteur en chef et directeur de l’hebdomadaire Volkstribüne (La Tribune du Peuple) qu’il administrait depuis 1891. Au congrès de Prague, en 1896, il fut élu aux instances supérieures du Parti social-démocrate et occupa quelque temps la fonction de secrétaire national du parti. Mais il n’était ni un homme d’organisation ni un tacticien. C’était un homme d’action, un tribun populaire sans égal, un publiciste ouvrier de grand talent.
En 1900, Schuhmeier entra, avec Jakob Reumann, comme conseiller municipal à l’Hôtel de Ville de Vienne. L’année suivante, la Ve curie du système électoral de cette époque l’envoya siéger au « Reichsrat » (Conseil d’Empire). Il y représenta le XVIe arr. de Vienne jusqu’en 1911, puis le IIe, succédant au maire social-chrétien Karl Lueger décédé en 1910. Comme Lueger, mais à l’opposé de l’éventail politique, Schuhmeier était un véritable Viennois de souche ; il connaissait bien l’âme, la langue et les aspirations des ouvriers de Vienne et il savait les entraîner par son grand talent d’orateur. En dépit de l’antagonisme qui l’opposait à Karl Lueger, celui-ci lui avait toujours gardé une sincère sympathie.
Ses prises de position antimilitaristes, pour une législation de protection des travailleurs et contre les prétentions cléricales au monopole de a culture, en firent un adversaire parlementaire redouté, mais considéré en raison de ses connaissances solides et de son jugement très mûr.
Alors qu’il rentrait à Vienne après une réunion électorale à Stockerau, le 11 février 1913, il fut victime d’un attentat au revolver à la descente du train, attentat perpétré par Paul Kunschak. Ses obsèques donnèrent lieu à une grandiose manifestation ouvrière. Selon l’expression d’Ellenbogen, « à travers Franz Shuhmeier, le peuple se voyait et s’aimait lui-même, était fier de lui-même ». L’un des plus purs pionniers de la justice sociale était ainsi réduit au silence.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197702, notice SCHUHMEIER Franz par Georges Haupt, version mise en ligne le 23 avril 2019, dernière modification le 9 avril 2019.

Par Georges Haupt

ŒUVRE : In elfter Stunde (A la onzième heure), Vienne, 1892, 32 p. —Der rote Deklamator, nebst Anhang von Liedern (Le Récitant rouge, avec une annexe de chants), Vienne, 1893, 64 p. — Christlichsozial oder sozialdemokratisch ? Rede (Chrétien-social ou social-démocrate ? Discours), Brünn (Brno) 1897, 19 p. — Politischer Guckkasten (Kaléidoscope politique), Vienne, 1899. — Ein Blütenstrauss christlich-sozialer Parteitätigkeit (Les Perles de l’activité du Parti chrétien-social), 1899. — Acht oder neun Stunden(Huit ou neuf heures), Vienne, 1900, 32 p.— Aus der Werkstatt des Klerikalismus (De l’atelier du cléricalisme), Vienne, 1901, 32 p. — Oben Wahrheit ! Unten Irrtum ! (Vérité en haut ! Erreur en bas !) Linz, 1901, 16 p. — Aus einem k. und k. Militärspital (D’un hôpital militaire impérial et royal), Vienne, 1905, 31 p. — Der Fall Petran und Hans Kirchsteigers Roman « Das Beichtsiegel » (Le Cas Petran et le roman de Hans Kirchsteiger « Le secret de la confession »), Vienne, 1905, 48 p.

SOURCES : « Schuhmeier », numéro spécial des Glühlichter (Les Lumières ardentes), Vienne, 1913, 23 p. — Das Mandat des Ermordeten, Appel an die Wähler (Remplir la mission de l’assassiné. Appel aux électeurs), Vienne, 1913,23 p. Robert Ascher, Der Schuhmeier-Roman (Roman sur la vie de Schuhmeier), Vienne, 1933, 467 p. —Helga Schmidt, Felix Czejke, Franz Schuhmeier, Vienne, 1964, 102 p. (avec préface de F. Jonas). — Ernst Herlitzka, « Franz Schuhmeier und der Gothaer Parteitag 1896 », Archiv., 1964, no. 4, pp. 70-81. — Werk und Widerhall. Grosse Gestalten des österreichischen Sozialismus (L’Œuvre et son écho. Grandes personnalités du socialisme autrichien), édité par Norbert Leser, Vienne, 1964.

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