LONGUENT Alain, Jean, André

Par Jacques Defortescu, Michel Malot

Né le 17 mai 1948 à Longroy (Seine-Maritime- Seine-Inférieure), mort le 16 janvier 2016 à Abbeville (Somme) ; maire communiste du Tréport (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) de 1998 à 2016 ; militant syndical à la Fédération CGT du verre et céramique.

Alain Longuent le 25 novembre 2009. © ville du Tréport

Alain Longuent était né à Longroy (la Tuilerie) commune de Seine-Maritime- Seine-Inférieure, près du Tréport au nord du département, à la limite de la Somme, en pleine forêt, au cœur de cette vallée de la Bresle appelée aussi « Vallée de la Bresle - Glass Valley », référence mondiale dans le domaine du flaconnage de luxe.
Son père André était électricien en bâtiment. Sa mère Renée née Leporcq était mère au foyer.
Il eut trois sœurs et un frère : Jean né le 10 Novembre 1944, Marie-Thérèse née le 15 Juillet 1950, Christine née le 8 Avril 1952, Michèle née le 29 Juin 1959.
Son père André étant communiste et sa mère catholique, Alain Longuent baigna dans une double culture. Turbulant, chahuteur, têtu, il préférait de loin les récréations aux études. Néanmoins, il prenait déjà parti pour défendre ses camarades, parfois par des explications emberlificotées. Son instituteur de Longroy lui disait alors « plus tard, tu seras avocat ».
En 1962, Alain Longuent rentra au Collège d’Enseignement Technique de la ville d’Eu pour apprendre l’électromécanique. Lors des épreuves du Brevet Sportif, il avait fait la connaissance de Rachel et Jean Garraud.
Faute de crédit, la section électromécanique n’ouvrit que l’année suivante ; il ne put attendre et il intégra la section « tourneurs » pour pouvoir entrer plus rapidement dans la vie active, son père ayant subi une opération invalidante, il fallait aider financièrement et rapidement la famille.
Durant cette scolarité, il rencontra la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) à l’occasion d’une enquête menée auprès des jeunes de la région. Il en devint très vite un des animateurs. À ce titre, il participa à de multiples séminaires et fit la connaissance de nombreux prêtres et aumoniers connus pour s’être investis dans le mouvement social : notamment les Abbés Carpentier et Boccalini.
Alain Longuent obtint son CAP de tourneur en juillet 1965 et rentra en aout 1965 chez Maillard à Incheville. Il y resta trois ans et demi. En 1968, chez Maillard, l’action syndicale étant particulièrement rude, les conditions de travail, d’hygiène et sécurité d’un autre siècle. Alain Longuent et ses camarades rencontrant la CGT, obtinrent 40% d’augmentation de salaire, une prime de noël de 150 francs et la reconnaissance du syndicat dans l’entreprise. L’âge moyen du bureau syndical CGT étant alors de 21 ans.
En 1969, il rentra à la Verrerie Desjonquères, à Mers les bains(Somme), comme tourneur, à l’entretien. À l’époque, le syndicat CGT de l’entreprise était en butte à de nombreux objets de division, de querelles de personnes, traversé par les stigmates de la longue grève de 1966, réprimée par l’intervention des gardes mobiles et le licenciement de 3 militants syndicaux de la CGT dont le leader charismatique du syndicat de l’époque : Manuel Pirez.
À l’occasion du congrès de 1969, le secrétaire de la Fédération du verre et céramique Lucien Jeanperrin proposa la candidature d’Alain Longuent afin de trouver un terrain d’entente entre les différentes composantes du syndicat d’entreprise et reconstruire l’autorité du syndicat des verriers créé depuis 1904. Alain Longuent s’y attela , avec Serge Druine, Roland Leprêtre et André Doloique. Accompagné d’un camarade de sa génération ,Michel Malot, il poursuivit ce chantier pendant 30 ans.
Alain Longuent fut élu au bureau national de la Fédération CGT du verre de 1972 à 1978. En 1981, une nouvelle équipe arrivant à la Fédération du verre, Jacques Beauvoir, nouveau de secrétaire fédéral sollicita alors Alain Longuent, devenu délégué syndical central de Saint-Gobain Desjonquères à rejoindre l’équipe fédérale. Alain Longuent devint alors secrétaire du Comité de groupe Européen, coordinateur des syndicats CGT du groupe Saint- Gobain.
À la fédération, il était chargé des relations avec les Fédérations CGT concernées par Saint-Gobain, ce qui était moins facile que cela aurait pu paraitre.
Alain Longuent avec intelligence, et pragmatisme, ouverture d’esprit permit d’avancer vers des relations sociales intelligentes. Il mena, malgré l’obstruction contre la CGT des autres fédérations françaises, la difficile bataille pour être membre à part entière de la Fédération Européenne des syndicats de la Chimie.
Dans ce contexte, la direction fédérale CGT décida qu’il devenait urgent d’avoir une véritable activité internationale, malgré les contraintes financières et familiales.
Pendant des années, il construisit patiemment de véritables relations syndicales internationales. C’est ainsi qu’il noua alors des relations avec les nouveaux syndicats des pays de l’Est, avec le Vietnam, l’Algérie, il eut des contacts et des relations avec les syndicats d’Amérique Latine. Avec Cuba, cette activité permit la construction d’une verrerie à bouteilles et à la formation de cadres avec l’aide du Groupe Saint-Gobain, cela malgré l’embargo américain.
Cette réalisation qui peut être publique en 2017 avec la décrispation entre Cuba et les Etats Unis, permit, grâce aux relations établies avec les syndicalistes cubains à Alain Longuent d’engager des discussions avec les syndicats du Mexique, de Colombie, du Venezuela et du Brésil.
Alain Longuent était devenu un dirigeant de la CGT respecté et apprécié de tous, tant dans les prises de parole devant les entreprises, que dans les réunions ou séminaires de formation qu’il initiait ou auxquels il participait, notamment sur les questions économiques ou la santé au travail plus particulièrement sur les dangers de l’amiante.
En dehors des réunions officielles, Alain Longuent malgré les milliers de kilomètres qui le séparaient du Tréport, devenait l’ambassadeur de sa cité.
En 2008, Alain Longuent devint membre du bureau des retraités CGT de la fédération Verre et céramique.
IL fut pendant de nombreuses années un conseille prudhommes actif et efficace.
En 2011, il participa à la création de l’Institut d’Histoire Sociale CGT du Verre et Céramique dont il fut élu vice-président.

En 1971, Alain Longuent avait été élu conseiller municipal de Longroy. Comme il fallait déclarer sa sensibilité politique en préfecture, il se déclara communiste et ainsi prit son adhésion au PCF. Jean Garraud, dirigeant communiste de la section du PCF d’Eu/Le Tréport, qui le connaissait déjà et, prit alors contact avec lui, et en 1977, ils partirent à la conquête de la Ville du Tréport, sur une liste d’Union de la Gauche. Elu, Alain Longuent devint premier adjoint au Maire du Tréport, chargé des finances de la ville et des ressources humaines. En 1998, il succéda à Jean Garraud au poste de maire du Tréport.
On doit à son actif en tant que maire du Tréport, la construction de la Salle Reggiani, le funiculaire et la réfection des parkings en 2006, la médiathèque ouverte en 2013, l’aménagement des aires de sport (court de tennis, piste de BMX, terrains de football et de rugby), la réhabilitation de la zone humide de Sainte-Croix et le lancement de la rénovation de l’hôtel de ville en 2015 notamment.
Il resta aussi comme le vice-président de la communauté de communes en charge des infrastructures et notamment la création du centre aquatique 02 Falaises. Il s’opposa avec les marins pêcheurs du Tréport à l’implantation en pleine zone de pêche du parc éolien.
En 2008, Il fut candidat aux élections cantonales Malgré un score plus qu’honorable, 30,26 %, il se désista au profit de la candidate socialiste, respectant ainsi les accords passés entre les fédérations du PCF et du PS.

Au début des années 1970, il avait rencontré LyggiaToillier ouvrière et militante CGT chez IDEV à Eu (Seine-Maritime) puis à la SOFAB à Friville -Escarbotin (Somme). Ils se marièrent le 9 juillet 2014. De cette union, naquit en 1974, une fille, Nathalie.

Alain Longuent est décédé à Abbeville (Somme) le 16 janvier 2016. Il avait souhaité qu’il n’y ait pas d’hommage officiel mais une cérémonie simple à l’image de son parcours et de ses valeurs. Il disait dans le message que lut sa fille : "Je n’ai été qu’un homme parmi les hommes ! Tous ce que j’ai entrepris, je l’ai fait par engagement et avec convictions en me mettant au service des autres, de la population, du territoire auquel j’appartiens !"
La Communauté de Communes des Villes Sœurs a donné son nom à la salle du conseil communautaire le 26 septembre 2017 à l’occasion d’une cérémonie simple et en présence du personnel. Cette salle où se réunit le conseil communautaire, se situe avenue Jacques Anquetil à Eu (Seine-Maritime) siège de la Communauté de Communes des Villes Sœurs.
Le conseil municipal du Tréport a choisi, par une délibération du 24 octobre 2017, de rendre un hommage commun à Alain Longuent et Jean Garraud, amis de toujours, en leur dédiant un espace partagé, l’Esplanade des Maires, dont l’inauguration est prévue au printemps 2018. 
Cette esplanade se situant au sommet de la falaise, sur l’espace jouxtant la gare haute du funiculaire, surplombant toute la ville à laquelle ces deux hommes étaient si attachés. Un monument commun leur sera dédié à cet endroit.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197806, notice LONGUENT Alain, Jean, André par Jacques Defortescu, Michel Malot, version mise en ligne le 30 novembre 2017, dernière modification le 27 avril 2022.

Par Jacques Defortescu, Michel Malot

Alain Longuent le 25 novembre 2009. © ville du Tréport

SOURCES : Renseignements fournis par Michel Malot. — Ville du Tréport. — Édition Spéciale du Journal Municipal du Tréport de Janvier 2016. — Interventions de Sébastien Jumel (maire de Dieppe) et de Jacques Beauvoir (ancien secrétaire général de la Fédération National des travailleurs du Verre et de la Céramique) lors de l’inhumation d’Alain Longuent le 21 janvier 2016. — Notes de sa fille, Nathalie Poussin Longuent.

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