JALLATTE Charly-Sa. Pseudonyme dans la Résistance : André Martinet

Par André Balent, Laurent Pichon, Monique Vézilier

Né le 10 septembre 1925 à Valence (Drôme), mort le 12 février 2012 à Nîmes (Gard) ; médecin à Nîmes ; spécialiste d’endocrinologie et de génétique ; directeur du laboratoire de génétique de la faculté de médecine de Tours (1969-1980) ; professeur de médecine ; titulaire d’une chaire de pathologie génitale ; résistant (mouvement Combat, réseau des Services secrets de l’armée d’armistice [Travaux ruraux], FTPF dans le Gard, AS en Creuse) ; une des personnalités du monde de la culture à Nîmes.

Charly-Sam était le troisième fils de Samuel Jallatte, industriel protestant de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) issu d’une famille huguenote de l’Ardèche établie un moment dans la Drôme. Ses deux frères, Jean exécuté sommaire du puits de Célas à Servas (Gard) et Pierre industriel atypique car anticapitaliste affirmé de Saint-Hippolyte-du-Fort, furent aussi des résistants.

Dès l’année 1942, élève au lycée de garçons de Nîmes (devenu lycée Daudet en 1963) âgé de seize ans, il se vit confier par son frère Jean la distribution des journaux clandestins Combat et Défense de la France ainsi que le placardage de papillons-tracts sur les boîtes aux lettres. Le matin du 11 novembre 1942, Charly-Sam Jallatte participa à la manifestation des lycéens devant le monument aux morts de la ville de Nîmes. Il était stimulé par l’exemple de son frère et par l’héritage huguenot et cévenol de sa famille qui privilégiait la liberté d’esprit et rejetait l’intolérance. Pendant l’année scolaire 1942-1943, sa classe de terminale philosophie a compté parmi ses élèves quatre autres résistants. Dans sa jeunesse, il fut un scout des Éclaireuses et Éclaireurs unionistes de France, mouvement protestant..

En août 1943, le départ de son frère Jean le priva des contacts avec les mouvements de résistance. Pourtant, dès le mois d’octobre, il fut recruté par le chef du réseau des SSM/F/TR Jeunes [Services secrets militaires/France/Travaux ruraux : ces derniers étant la couverture du fonctionnement du réseau] du département du Gard, dépendant du 2e Bureau militaire à Alger, service de contre-espionnage, au titre d’agent P1. De nombreuses missions de renseignement lui furent confiées : relevés de plans de dépôts de matériel et d’essence ainsi que des rapports sur certains mouvements de troupes, le contenu et la destination de wagons en stationnement à la gare de triage de Courbessac et la disposition des fortifications littorales du département. Il vola de la dynamite.

Il assura également à partir du 1er août 1943 des liaisons avec le maquis des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) de l’Estréchure, camp IV (région R2-dont le chef était Roger Torreilles dit « Commandant Marcel ») et convoya des armes récupérées sur l’ennemi et des explosifs subtilisés, dans les carrières proches de Nîmes. Il transmit également des renseignements sur la préparation par la Milice de Nîmes d’infiltrations de maquis.

Il fut arrêté à Nîmes le 23 mai 1944 devant le café de Paris, sur le boulevard Victor Hugo, près de la Maison Carrrée et conduit au siège de la Gestapo, 13 boulevard Gambetta, où il subit, au rez-de-chauusée, pendant plusieurs heures un interrogatoire « musclé » (accompagné de coups de nerf-de-bœuf, de pieds et de crosses de fusil). Le lendemain, après une nuit passée dans un réduit du dernier étage, il parvint à s’évader au cours d’un transfert vers un autre lieu d’internement, peut-être le siège de la Milice à l’hôtel Silhol, avenue Feuchères. Il quitta Nîmes et réussit, revêtu d’un uniforme de boy-scout et muni d’une fausse identité au nom d’André Martinet, à gagner le département de la Creuse où il ne tarde pas à être pris en charge par une formation de l’ Armée secrète (AS) (642e compagnie-Région R5) basée à Bonnat et commandée par le capitaine Chareille. Il s’était rendu dans ce département car un professeur de son lycée y possédait un château où il accueillait des Juifs et des résistants en difficulté. À partir de la fin du mois de mai, il connut la vie du maquis et effectua des mission de liaison à bicyclette. Le 7 juin la 642e compagnie de l’AS occupa momentanément Guéret, la préfecture de la Creuse.

Du 1er juillet au 25 août 1944, Charly-Sam participa avec son unité à de nombreuses actions (coups de main, embuscades, destruction de centrale électrique) et aux combats pour la libération de Guéret. Après la Libération de ce département, il signa un engagement dans l’Armée comme sous-officier. Il fut nommé sergent-chef. Il fut appelé à Nîmes le 4 octobre 1944.

À partir du 5 octobre, en dépit de son jeune âge et bien que sergent-chef, il fut affecté à la subdivision militaire de Nîmes à la tête du service de renseignements. Il ignorait que cette maison du 13 boulevard Gambetta, où il avait déjà été interné quand il tomba entre les mains de la police allemande, avait été réquisitionnée à la Libération par les FFI gardois pour les services de renseignements. Il ignorait aussi qu’elle appartenait au père de sa future épouse et allait devenir le siège de son cabinet de médecin.

Le 10 décembre 1944, il fut démobilisé en tant que frère d’un combattant "Mort pour la France" (Jean Jallatte).

Il put entreprendre des études de médecine à l’université de Montpellier. Ce fut sur les bancs de da faculté qu’il fit la connaissance de sa femme Denyse (Denise), Anaïs Landauer. Elle était née le 9 mai 1926 à Nîmes dans une famille juive. Son père, Georges, Michel Landauer était né à Nîmes le 3 octobre 1893. Il était industriel et possédait une usine textile, implantée dans le chef-lieu du Gard où sa famille s’était installée au XIXe siècle. La famille Landauer possédait la belle maison du 13, boulevard Gambetta qui fut réquisitionnée par la Sipo-SD en février 1943 après l’occupation de la ville par les forces allemandes. Auparavant, l’entreprise avait été aryanisée en novembre 1942 par Vichy et gérée par un administrateur. Munis de faux papiers, les Landauer trouvèrent refuge dans l’Aveyron. Denise Landauer jusqu’alors élève du lycée de filles Feugères, possédait la première partie du baccalauréat. Elle ne pouvait poursuivre ses études normalement à Rodez mais put se procurer par des mies de Nîmes les cours indispensables. Elle réussit à se rendre, sous un faux nom à Nîmes, en juin 1943 et passer les épreuves de la deuxième partie du baccalauréat sous son vrai nom. Elle fut malgré tout admise avec la mention « passable ». À la rentrée universitaire de 1944, elle ne put s’inscrire en médecine car c’était trop risqué. Elle s’inscrivit donc la faculté des Lettres en Italien. En novembre 1944, elle put s’inscrire à la faculté de médecine de Montpellier où elle rencontra son futur mari. Charly-Sam Jallatte et Denyse Landauer devinrent tous deux docteurs en médecine. Il se marièrent et eurent deux filles, Myriam et Tania.

Dans un premier temps, Charly-Sam Jallatte ouvrit un cabinet de médecine à Nîmes au 13 boulevard Gambetta. S’étant spécialisé en endocrinologie puis en génétique. De 1969 à 1980, il fut le directeur du laboratoire de génétique de Tours (Indre-et-Loire). Il enseigna aussi à la faculté de médecine de Tours où il occupa une chaire de pathologie génitale. On le considère comme ayant été le « co-inventeur » du « bébé-éprouvette ».

À sa retraite, il revint à Nîmes. Il participa à la vie sociale et culturelle de sa ville natale. Il fut le président des Bibliophiles de Nîmes et du Gard. Membre correspondant de l’Académie de Nîmes, en 1977, il fut reçu membre en 1992 et accéda à la présidence en en 2001 et la conserva jusqu’en 2002. Il fut également un membre du Lions Club. Le 26 mai 2009, au 13 rue Gambetta, il reçut, avec sa femme, des élèves de la classe de Première STI Génie civil 2 du lycée Dhuoda de Nîmes (Héloïse Tonnelier, Manuel Hernandez, Antoine Giraud, Thybaud Lacombe et Nicolas Antoni qui préparaient le concours de la résistance et de la déportation. Ils réalisèrent deux contributions sous la direction de Didier Lavrut, professeur d’Histoire au lycée Dhuoda.

Décédé le 12 février 2012, Charly-Sam Jallatte fut enterré au cimetière protestant de Nîmes, route d’Alès.

Fait chevalier de la Légion d’honneur, il était également titulaire de la médaille de la France Libérée, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance et de la médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article197907, notice JALLATTE Charly-Sa. Pseudonyme dans la Résistance : André Martinet par André Balent, Laurent Pichon, Monique Vézilier, version mise en ligne le 4 décembre 2017, dernière modification le 1er juillet 2021.

Par André Balent, Laurent Pichon, Monique Vézilier

SOURCES : Archives familiales de Jallatte Charly-Sam, mars 2005. — Claude Émerique, Laurent Pichon, Fabrice Sugier, Monique Vézilier, La Résistance dans le Gard, Paris, Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), 2009, CDROM avec un livret de présentation, 36 p. [en particulier plusieurs notices de Laurent Pichon, Fabrice Sugier et Monique Vézilier]. — Didier Lavrut (dir.), « Charly-Sam Jallatte. Un parcours dans la Résistance », dossier, PDF en ligne réalisé par des élèves du lycée Dhuoda de Nîmes, 2009, 19 p. — Didier Lavrut (dir.), « Témoignage de Madame Jallatte », dossier, PDF en ligne réalisé par des élèves du lycée Dhuoda de Nîmes, 2009, 11 p. — Georges Mathon, « Le maudit 13 bvd Gambetta. Les frères résistants Jallatte », Une Anîmes, 19, janvier 2012. — L’Indépendant Perpignan, avis mortuaire, 13 février 2012. — Midi-Libre, Montpellier, avis mortuaires, 12 et 13 février 2012. — Entretien (Laurent Pichon), mars 2005.

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