ROGER Serge

Par Michel Thébault

Né le 15 août 1923 à Sedan (Ardennes), dit exécuté sommairement le 5 août 1944 à Lussac-les-Châteaux (Vienne), mais en fait non fusillé, mort en déportation le 26 mars 1945 à Dora (Allemagne) ; résistant AS de la Vienne.

Originaire des Ardennes, il fit partie début mai 1940 des populations évacuées lors de l’offensive allemande, évacuation ordonnée conformément aux plans prévus par l’Etat français. Du 10 au 15 mai 1944, le département des Ardennes vit tous ses habitants contraints au départ et rejoindre les départements de la Vendée, et des Deux-Sèvres pour les arrondissements de Sedan, Rethel et Vouziers. La grande majorité ne put regagner son domicile après la signature de l’Armistice du 22 juin 1940, car la plus grande partie du département des Ardennes fut alors déclarée par l’Allemagne zone interdite. Serge Roger vécut donc à Coulonges-sur-L’Autize (Deux-Sèvres) où il s’était réfugié sans doute avec sa famille en mai 1940. Il s’engagea dans la Résistance à l’été 1944 et rejoignit avec un camarade ardennais, également réfugié à Coulonges-sur-l’Autize, Guy Wauthier et un groupe de camarades venus de Vendée et des Deux-Sèvres, un maquis de l’est de la Vienne. Ils intégrèrent le 31 juillet 1944 le groupement AS Le Chouan, et vinrent renforcer dans le secteur de Lussac-les Châteaux (Vienne) le maquis Lagardère.
La présence de ces maquis constituait pour l’État-major allemand une menace (le passage par le seuil du Poitou étant un enjeu stratégique) sur la sécurité des voies de communication vers l’est de Poitiers en direction de Limoges mais aussi de l’Indre (Le Blanc) et du centre. Une série d’opérations de répression des maquis de l’Est de la Vienne fut donc lancée par l’État-major allemand, la première le 25 juillet. Le 4 août commença une nouvelle opération de répression avec l’arrivée à Lussac-les-Châteaux venant de Poitiers, de l’escadron de reconnaissance allemand 2058 suivi le lendemain par l’arrivée d’une colonne de répression (Section rapide 608 et Feldgendarmerie Trupp B motorisée 687) venant du sud, partie de Charente le 3 août et ayant dans la journée du 4 août procédé à des séries d’exactions, d’exécutions sommaires et de massacres entre Charroux , Le Vigeant et Persac. Le 5 août, toutes les unités allemandes convergèrent vers Lussac (un élément de la division SS Goetz von Berlichingen, venant fermer au nord l’encerclement) pour tenter d’éliminer les maquis locaux qui parvinrent en combattant à échapper à l’encerclement et à se replier. Lagardère scinda ses troupes en deux groupes. Le groupe auquel appartenait Serge Roger fut accroché en forêt de Lussac-les-Châteaux. Un rapport allemand rédigé le 6 août 1944 par le commandant de l’une des unités, la Feldgendarmerie Trupp B 687 (Christian Richard op. cit.) précise : "la forêt de Lussac a été ensuite visitée, mais celle-ci était occupée par de faibles groupes terroristes qui ont réussi à s’enfuir. L’escadron de reconnaissance a pu faire des morts à l’ennemi et faire six prisonniers". Portés disparus, Serge Roger et de Guy Wauthier furent considérés comme morts, victimes des combats. Le nom de Serge Roger figure depuis sur le mémorial de Berthaucourt à Charleville-Mézières (Ardennes) avec la mention « fusillé 06/1944 Lussac-les-Châteaux (Vienne) ». Un témoignage recueilli par Christian Richard au Musée de la Seconde Guerre Mondiale dans la Vienne, à Tercé (Vienne), début octobre 2015, est venu infirmer définitivement cette version. En fait Serge Roger et Guy Wauthier avaient été faits prisonniers, ramenés sans doute à Poitiers par l’escadron de reconnaissance et déportés vers Compiègne. Ils quittèrent Compiègne le 17 août 1944 dans le convoi de déportation I.265 en direction de Buchenwald (Allemagne). Serge Roger mourut le 26 mars 1945 au camp de Dora tandis que son camarade libéré le 8 mai 1945 à Annaberg-Buchholz (Allemagne) rentra de déportation. En souvenir de son camarade disparu dans les camps, Guy Wauthier prénomma son fils, Serge, lors de la naissance de celui-ci en 1951.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198031, notice ROGER Serge par Michel Thébault, version mise en ligne le 9 décembre 2017, dernière modification le 11 décembre 2017.

Par Michel Thébault

SOURCES : Christian Richard Groupement Le Chouan, maquis Est et Nord-Est de la Vienne, Lagardère, Le Chouan, Masier Michel Fontaine Ed. 2015 — Notes et renseignements Christian Richard, Musée de la Seconde Guerre Mondiale dans la Vienne, Tercé (Vienne) — Fondation pour la mémoire de la déportation — site VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation). — Mémorial GenWeb.

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