CARRASCO Manuel

Par André Balent

Date et lieu de naissance inconnu, mort en action de combat le 28 mai 1944 à La Parade (Lozère) : résistant de l’Agrupación de guerrilleros españoles (GE) du Gard, du maquis Bir Hakeim de l’Armée secrète (AS)

Manuel Carrasco était un Espagnol qui résidait au Martinet (Gard), commune du bassin houiller d’Alès. Il était sans doute mineur de charbon. Nous ignorons quel était son statut. Était-il un immigrant économique installé avant 1939 ou un réfugié de la Retirada de 1939 affecté à un GTE (Groupement de travailleurs étrangers). Le CD-ROM de l’AERI de la Lozère, repris par celui du Gard le présente comme ayant intégré la 21e brigade de l’AGE (Gard) en mars 1944. Mais d’autres ouvrages (Narcisse Falguera (éd.), op. cit., 2e édition, 2004) indiquent qu’il venait de Lozère, avec deux autres Espagnols des GE, Joaquim Olmos et Aquilino Garcia, de la 15e brigade (Lozère) de l’AGE. Les deux faits relatés par ces ouvrages ne sont pas contradictoires car, après avoir participé, les 3 et 4 février 1944 à la spectaculaire opération de la libération de résistants prisonniers à la maison d’arrêt de Nîmes (Gard), Carrasco qui pouvait fort bien avoir résidé en Lozère a pu s’installer dans le Gard, dans la région d’Alès, « vivier » des GE dans le Gard. Il a donc appartenu à la 15e brigade de l’AGE avant d’intégrer la 21e en mars 1944. Nous ignorons également son affiliation partisane, en précisant toutefois que la formation armée qu’il avait rejoint était contrôlée par le Parti communiste d’Espagne (PCE).
Avec deux Espagnols de l’AGE de Lozère, Carrasco rejoignit le groupe de neuf guérilleros gardois qui avec des éléments provenant des FTPF du maquis des Bouzèdes et FTPF « légaux » participèrent à la libération de dix-sept résistants détenus à la prison de Nîmes. Cette opération fut conçue par Roger Torreilles alias « commandant Marcel » et Antonin Combarmond* alias « Mistral », deux des chefs des FTPF gardois et lozériens, en liaison avec Cristino Garcia Grandas. L’évasion réussit et les fugitifs purent gagner le maquis des Bouzèdes (Voir Ascensio Gabriel). Ce fut après la réussite de ce coup de main que Carrasco put intégrer la 21 brigade des GE (Gard).
En mai 1944, Carrasco fit partie du groupe de GE que Cristino Garcia Grandas mit à la disposition du maquis (AS) Bir Hakeim commandé par Jean Capel alias « commandant Barot ». Le 18 mai 1944, Manuel Carrasco essaya, avec Saturnino Gurumeta alias « Antoine » de rejoindre le maquis Bir Hakeim au château des Fons (commune de Bassurels, Lozère). Mais ce fut un échec car le maquis, aux prises avec les GMR (groupes mobiles de réserve) dépêchés par l’intendant de police de Montpellier (Hérault) avait dû quitter ce cantonnement. Ils revinrent à La Grand-Combe. Cristino Garcia Grandas fit amener le contingent de guerrilleros avec deux camions depuis la baraque, au-dessus de la Grand-Combe jusqu’au grand hôtel du Fangas, à proximité du sommet du mont Aigoual, le point cuminant des Cévennes.
Mais bientôt, le cantonnement du Grand Hôtel fut repéré par un avion de reconnaissance allemand. Pendant la nuit du 25 au 26 mai, les forces vichystes, GMR et Milice, attaquèrent. Capel eut le temps d’ordonner le départ du mont Aigoual avant l’encerclement. Comme le gros des effectifs du maquis, Carrasco fit à pied le trajet vers le nouveau cantonnement choisi par Capel, La Parade, sur le causse Méjean (Lozère). Il arriva à destination le 27 mai au soir. Avec trois autres Espagnols, il fut affecté par Jean Capel et Miguel López qui commandait le détachement des GE intégrés à Bir Hakeim, à la mitrailleuse qui surveillait le poste avancé du cantonnement sur la route de Meyrueis. Le 28 mai, vers 8 heures du matin ils furent surpris par la colonne allemande en provenance de Mende (Lozère). Ce poste avance fut détruit par l’artillerie allemande et les servants de la mitrailleuse dont Carrasco périrent. Ils furent les premières victimes du combat de La Parade. Enterré le lendemain dans la fosse commune du cimetière de La Parade, il fut identifié par Anna Rousseau, secrétaire du CDL de la Lozère et épouse de l’une des victimes du combat de La Parade (Jean Rousseau*, alias « capitaine Brun », l’un des adjoints de Capel. Manuel Carrasco fut ensuite réinhumé le 15 mai 1957 à la nécropole des maquis à Chasseneuil-sur-Bieuvre (Charente).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Nîmes (Gard). Son nom figure également sur le monument de La Parade, construit en mémoire des morts de Bir Hakeim, les 28 et 29 mai 1944. Il est également gravé à Mourèze (Hérault) sur le grand mémorial érigé en l’honneur des maquisards de Bir Hakeim morts au combat ou exécutés entre septembre 1943 et août 1944. Enfin, de nom de Manuel Carrasco est gravé sur le monument commémoratif des morts issus de la 3e division de l’AGE (guérilleros espagnols) érigé en 2004 près du cimetière, au hameau de L’Affenadou (commune de Portes, Gard), sur la D 59 en direction du Martinet sur lequel sont inscrits 40 noms (14 du Gard, 9 de l’Ardèche, 17 de la Lozère). Sur cette première plaque figure aussi l’inscription suivante : « Aux résistants espagnols tombés en combattant l’Allemagne nazie sur le sol français. Passant souvient toi. La Liberté d’Espagne en France on l’a conquise, on l’a défendue. À tous ceux et celles dont l’Histoire a égaré le Nom. Aux 600 guérilleros espagnols de la 3e Division qui ont combattu aux côtés de leurs compagnons Français pour la Liberté de tous dans le Gard, l’Ardèche et la Lozère de 1941 à 1944 » .
Voir La Parade (28 mai 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198483, notice CARRASCO Manuel par André Balent, version mise en ligne le 25 décembre 2017, dernière modification le 6 janvier 2018.

Par André Balent

SOURCES : Amicale des Anciens guérilleros, Guérilleros en terre de France, Les Républicains espagnols dans la Résistance française, Paris, Le temps des cerises, 2004, 316 p ; [p.138, p. 143]. — Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. — Claude Émerique, « Les actions des Francs-tireurs et partisans (FTP). Les formes d’action selon les mouvements », in : Claude Émerique, Laurent Pichon, Fabrice Sugier, Monique Vézilier, La Résistance dans le Gard, Paris, Association pour des Études sur la Résistance intérieure (AERI), 2009, CDROM avec un livret de présentation, 36 p. — Aimé Vielzeuf, On les appelait "les bandits", Nîmes, Lacour, 2002, 382 p. [en particulier le chapitre 2, « Du maquis des Bouzèdes au Fort Vauban à Nîmes (ou l’affaire de la maison centrale) 4 février 1944 », pp. 87-149].

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