VIADIEU Achille [alias « Ginou » ; « X 2 » du réseau « Morhange », Toulouse]

Par André Balent

Né le 2 juin 1911 à Castelnau-Durban (Ariège), mort abattu par la Sipo-SD le 2 juin 1944 à Toulouse (Haute-Garonne) ; agent de la SNCF à Toulouse ; résistant, membre du réseau « Morhange »

Achille Viadieu (1911-1944)
Achille Viadieu (1911-1944)
Archives mémorial François Verdier, Toulouse

Après sa scolarité primaire dans son village et après avoir suivi des études de Droit, Achille Viadieu devint clerc de notaire à Foix (Ariège) où il milita dans les rangs du Parti radical-socialiste. Il fut membre du service d’ordre de ce parti. Pendant ses loisirs, alors qu’il résidait encore en Ariège, Viadieu aimait pratiquer la chasse dans les Pyrénées.

En 1937, il fut embauché à la compagnie du PO-Midi (intégrée à la nouvelle SNCF qui vit le jour le 1er janvier 1938). Achille Viadieu était facteur aux écritures en gare de Toulouse-Matabiau. Il était affecté à l’économat.

Il était marié et père de deux enfants, Pierre, né en 1934 et Éliane née en 1935. Sa femme, Aline Nigoul, "travailla" aussi dès 1943 pour le groupe Morhange, approchant les chefs nazis de Toulouse. À Toulouse, la famille vivait 35 rue Valade.

Mobilisé en 1939 dans une compagnie d’aérostiers, Achille Viadieu demeura sous les drapeaux jusque après l’armistice du 22 juin 1940. Paul Paillole dans Services secrets assura que Viadieu était devenu résistant dès décembre 1940. Mais aucun document d’archive ou témoignage n’infirme ni ne confirme cette affirmation. L’entrée en Résistance de Viadieu est bien réelle après mai 1943, date où il rencontra Marcel Taillandier. Taillandier et Viadieu avaient des amis communs qui facilitèrent leur rapprochement et leur entente

Viadieu fut donc en contact avec Marcel Taillandier installé dès 1942 dans le Gers puis à Toulouse, dès le début de 1943. Ce dernier était un agent des « Travaux ruraux », couverture du service de renseignement (contre-espionnage) de l’armée d’armistice passé à Résistance sous la direction de son chef, le commandant Paul Paillole. Taillandier créa à Toulouse, dès le début de 1943, le réseau « Morhange », lié aux « Travaux ruraux ». Mais , issu de cette matrice, le réseau Mohrange sut recruter largement dans les groupes francs toulousains du mouvement Combat (et des MUR). Bien qu’ayant acquis une réputation d’anticommunisme, il sut recruter aussi dans cette mouvance (Voir Barran Robert, Parent André). Ce réseau se consacra à plusieurs tâches : le passage en Espagne et delà en Afrique du Nord de personnes à exfiltrer et des renseignements recueillis concernant les Allemands et les collaborationnistes (Voir Parent André) ; des attentats contre les forces d’occupation et les collaborationnistes) ; l’infiltration des mouvements collaborationnistes. D’ailleurs, lui-même et d’autres membres du groupe Morhange furent exfiltrés en Espagne par le massif du Puigmal, en Cerdagne (Pyrénées-Orientales), par André Parent et sa filière, notamment par les gendarmes (liés aux TR) de la brigade de Saillagouse commandés par le brigadier Raymond Botet. .

Achille Viadieu, ayant intégré « Morhange » dès sa création, devint l’adjoint de Marcel Taillandier : son nom de code, dans « Morhange », était « X2 », ce qui signifie que, après Taillandier, il était le second agent dans la hiérarchie de ce réseau, après Taillandier de ce réseau. Les agents P1 de Mohrange, affublés de la mention "X" étaient les seuls du réseau habilités à exécuter des ennemies ou des traitres dûment identifiés. À la demande de Taillandier, Viadieu accepta d’adhérer au PPF (Parti populaire français) et au RNP (Rassemblement national populaire) afin d’infiltrer ces deux partis collaborationnistes. Viadieu réussit à devenir le chef du RNP de l’Ariège et fournit des informations à son réseau. Il facilita l’arrestation par « Morhange » de Blanc et de Bouniol, respectivement chefs départemental (Haute-Garonne) et régional du RNP. Ces derniers transportés au château de Brax (Haute-Garonne), quartier général du poste TR-125 des « Travaux ruraux » et du réseau « Morhange », signèrent des aveux dans lesquels ils reconnaissaient leurs méfaits et crimes puis furent exécutés. Leur disparition soudaine inquiéta les milieux collaborationnistes. « Morhange » répandit la rumeur que Blanc et Bouniol étaient passés en Espagne avec la caisse du RNP. Marcel Déat, président du RNP, désigna alors Achille Viadieu au poste de chef régional du RNP. Il eut alors des relations avec la police allemande (des officiers du SD vinrent parfois à son domicile de la rue Valade), ce qui lui permit d’avoir accès à des informations confidentielles sur les actions prévues contre la Résistance et d’obtenir des « Ausweis », documents précieux qui facilitaient les déplacements des résistants. Il effectua avec Taillandier un voyage à Barcelone afin de de s’entretenir avec les responsables de l’antenne des « Travaux ruraux » (TR 125) et fut alors identifié par des espions allemands présents dans la ville. En décembre 1943, parmi les opérations de passages vers l’Espagne auxquelles il participa ou qu’il supervisa, Viadieu exfiltra en Espagne la fille du général Giraud. Avec Taillandier, il la prit en charge à Toulouse et, en automobile, par Carcassonne et Capendu (Aude) puis Estagel (Pyrénées-Orientales), il l’accompagna en gare de Prades (Pyrénées-Orientales) où elle prit le train pour Saillagouse (Pyrénées-Orientales). Là elle fut prise en charge par le brigadier de la gendarmerie de Saillagouse, Raymond Botet qui la fit très facilement passer en Espagne par l’enclave de Llívia, en Cerdagne. Le passage avait été minutieusement organisé et supervisé par André Parent en qui Marcel Taillandier avait toute confiance.

Achille Viadieu fut aussi chargé d’infiltrer la "Gestapo française" (la "Carlingue" ou bande de la rue Lauriston) tâche dont il s’acquitta avec succès.

À partir du mois d’avril 1944, Viadieu dut entrer dans la clandestinité et songea à retourner à Barcelone ainsi que Taillandier le lui avait ordonné. Mais Combatalade qui devait l’accompagner en voiture à proximité de la frontière lui demanda de participer avant son départ à une action place du Capitole à Toulouse prévue pour le 2 juin.

Le 2 juin 1944, Viadieu accepta donc de participer, avec Jacques Combatalade, à une action — à laquelle participait aussi Marcel Taillandier — de « Morhange », place du Capitole à Toulouse. Viadieu et Combatalade devaient surveiller et éventuellement protéger depuis leur automobile, une Traction pilotée par le second, l’action de Morhange prévue sous l’horloge de la place du Capitole. Ils aperçurent des policiers allemands et des auxiliaires français de la Sipo-SD. Combatalade, au volant, démarra afin de prévenir les membres du groupe et effectua un tour de la place. Viadieu fut alors reconnu par des agents de la Sipo-SD. Ils mitraillèrent la Traction qu’ils poursuivirent. Combatalade essaya de les distancer en parcourant plusieurs rues toulousaines : rue Gambetta, Peyrollières, de l’église de la Dabalde, et, enfin de la rue des Récollets. Mais son véhicule dérapa alors qu’ils se trouvaient dans la rue des Récollets. Achille Viadieu fut fauché par une rafale de mitraillette alors qu’il sortait du véhicule au numéro 65 de la rue des Récollets qui porte aujourd’hui son nom. Mortellement atteint, il eut le temps de crier : "Vive la France libre !". Blessé, Combatalade qui fut capturé par les Allemands réussit à s’évader et put, après la Libération, narrer les détails de cette opération.

Achille Viadieu fut homologué capitaine des FFI. La rue où l fut tué reçut après la Libération la dénomination de "rue Achille Viadieu". Une plaque commémorative de sa mort tragique y fut apposée. Son nom figure aussi : sur le monument aux morts de Castelnau-Durban (Ariège) ; sur une stèle de Castelnau-Durban érigée à la mémoire de résistants et de victimes civiles des Allemands (parmi lesquelles les onze victimes du massacre de Rimont (Ariège) ; sur le monument érigé à Ramatuelle (Var) au Mémorial dédié aux membres des services de renseignements et de contre-espionnage tués ou disparus lors d’actions de résistance entre 1940 et 1945 ; sur la plaque des cheminots morts pour la France apposée en gare de Toulouse-Matabiau.

Le frère d’Achille Viadieu, Raymond Viadieu ( « Vira » = Viadieu Raymond). né en 1911, fut aussi un résistant émérite de Toulouse. Membre du mouvement « Combat » et de l’AS, adjoint socialiste SFIO de Toulouse après la Libération, il fut honoré comme « Juste parmi les nations » en 1985. Le groupe franc « Vira » (AS) qu’il dirigeait s’était justement spécialisé dans le sabotage. Avec le GF « Vira » et le GF « Simon » (lui aussi de l’AS) de Gabriel Noirot, il participa au sabotage de la poudrière de Toulouse, objectif qui était considéré comme stratégique par les Alliés puisqu’elle fut l’objet de deux sabotages par la Résistance, le 27 avril 1944, puis, à nouveau, le 26 mai, avec, entre les deux, un bombardement allié (nuit du 1er et 2 mai) qui provoqua la mort de plusieurs victimes civiles des quartiers d’Empalot et de Sainte-Agne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198612, notice VIADIEU Achille [alias « Ginou » ; « X 2 » du réseau « Morhange », Toulouse] par André Balent, version mise en ligne le 29 décembre 2017, dernière modification le 11 août 2019.

Par André Balent

Achille Viadieu (1911-1944)
Achille Viadieu (1911-1944)
Archives mémorial François Verdier, Toulouse

SOURCES : Véronique Desormeaux, Cédric Neveu, « Viadieu Achille », in Thomas Fontaine (dir.), Cheminots victimes de la répression 1940-1945. Mémorial, Paris, Perrin/SNCF, 2017, 1763 p. [p. 1478]. — Jean Estèbe, Toulouse, 1940-1944, Paris, Perrin, 2001, 358 p. [p. 113, p. 170].— Émilienne Eychenne, Les portes de la liberté. Le franchissement clandestin de la frontière espagnole dans les Pyrénées-Orientales de 1939 à 1945, Toulouse, Privat, 1985, 285 p. [p. 110]. — Michel Goubet, « Les activités du réseau Morhange », La Résistance dans la Haute-Garonne, Paris, AERI, CDROM, 2009. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, 400 p ; [p. 232]. — Paul Paillole, Services secrets (1935-1945), Paris, Robert Laffont, 1975, 577 p. [p. 515, p. 525]. — Site assn.org (Amicale des services secrets de la défense nationale), Monument national de Ramatuelle (Var) consulté le 15 avril 2018.— Site du Mémorial François Verdier (texte d’Élérika Leroy) consulté le 16 octobre 2018.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément