CORETE Georges

Par Daniel Grason

Né le 28 juin 1900 à Avion arrondissement d’Arras (Pas-de-Calais), mort le 7 juin 1963 à Gennevilliers (Seine, Hauts-de-Seine) ; trempeur-outilleur ; communiste ; résistant de Gennevilliers.

Fils de Fernand, Joseph, mineur et de Celina, Léonie, née Herbuvaux, ménagère, Georges Corète recrutement de Caen, a été ajourné en 1918. Il a été appelé sous les drapeaux le 4 octobre 1920, Georges Corète a été affecté au 2éme dépôt des Ếquipages de la Flotte à Brest (Finistère).
Il épousa le 23 mai 1931 Eléonore Zbylut, d’origine polonaise, elle fut naturalisée par son mariage. Le couple Corète demeura 70 rue Pasteur à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine), puis en 1939 au 21 rue de l’Espérance prolongée (Henri Legall) à Gennevilliers. Le couple et les trois enfants de dix ans, six ans et trois ans logeaient dans un deux pièces cuisine, il exerçait depuis 1932 la profession de trempeur-outilleur à l’usine Aubert-et-Duval rue Henri-Vuillemin à Gennevilliers.
Georges Corète adhéra au Parti communiste en 1936, fut délégué CGT chez Aubert-et-Duval, participa aux luttes du Front populaire. Il quitta le Parti communiste à la fin 1937.
En 1941 les policiers menèrent une vaste opération de répression dans plusieurs villes de la banlieue ouest : Levallois-Perret, Courbevoie, Puteaux, Villeneuve-la-Garenne et Gennevilliers. Lors d’interpellations son nom figurait sur la liste en possession de deux militants l’un de Gennevilliers, l’autre de Levallois-Perret.
Le 28 février 1941 vers 14 heures 30, deux inspecteurs de la Brigade spéciale d’intervention (BSi) du commissariat de Puteaux interpellèrent Georges Corète à son domicile. Lors de la perquisition de son domicile des tracts et des papillons édités par le Parti communiste furent saisis. Le 3 avril 1941, il était laissé en liberté provisoire. La direction d’Aubert-et-Duval qui connaissait ses engagements syndicaux et politiques, notamment lors des grèves de 1936 le considérait « comme un bon ouvrier ».
Il était affecté spécial en qualité de trempeur-outilleur, l’entreprise du fait de la guerre produisait au ralenti, les ouvriers ne travaillaient qu’une semaine par mois. Il touchait 480 francs par mois, plus 90 francs de chômage, soit 570 francs au lieu de 1920 francs.
Le 13 mai 1941, Georges Corète était auditionné au Palais de Justice de Paris par un juge d’instruction. Le Juge lui signifia qu’il pouvait se faire assister par un avocat. Il répondit « Je consens à m’expliquer de suite hors la présence d’un conseil. J’ai appartenu au parti communiste de 1936 à fin 1937. » Il expliqua qu’il avait été contacté en décembre 1940 par un nommé « Paul » qui lui annonça qu’un camarade viendrait le voir de la part de « François » Lucien Carcedo, il lui apporterait des paquets de tracts.
Un militant se présenta quelques jours plus tard et lui donna deux paquets qui contenaient 500 exemplaires de l’Humanité clandestine. Georges Corète porta les colis à « Paul » au cimetière de Gennevilliers avenue de Paris (Gabriel-Péri). Il livra une ou deux autres fois des paquets contenant l’Humanité clandestine ou des tracts. Durant cette période un numéro spécial de La Voix populaire commun aux organisations communistes de Gennevilliers, Clichy, Asnières, Levallois fut diffusé, avec en manchette les sections communistes « adressent à notre grand camarade Maurice Thorez leurs souhaits paternels de bonne année ainsi qu’à tous les membres du Comité Central, Etat-Major courageux de la classe ouvrière. »
Georges Corète affirma « Je n’ai jamais payé de cotisations. Je n’ai pas fait de diffusion de tracts. » Il ne connaissait ni « Paul » ni « François ». Le 18 mai 1941, il s’adressa par lettre au Juge d’Instruction : « Suite à ma comparution à votre cabinet, et après examen je ne puis assurer ma défense, n’ayant pas les ressources nécessaires étant au chômage partiel, et devant assurer la subsistance de ma famille dans des moments bien difficile. Aussi, j’ai l’honneur, Monsieur le Juge, de vous demander de bien vouloir me faire assister par un avocat de votre choix. » Suivait une formule de politesse.
Le 3 mars 1941, dans ses conclusions de commissaire de Puteaux, Lucien Bizoire qui menait l’enquête policière inculpa Georges Corète d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 pour « avoir reçu des paquets de tracts communistes et les avoir portés à [Hippolyte] Genard et à [Joseph] Leclainche. »
Le 21 octobre 1941 une vingtaine d’inculpés dans la même affaire comparurent devant la Section spéciale de la cour d’Appel de Paris. Georges Corête fut condamné à six ans de travaux forcés pour « activité communiste »
Il a été successivement incarcéré à la prison de Fresnes, puis à Caen (Calvados), le 16 juillet 1942 à Fontevrault (Maine-et-Loire) et le 23 octobre 1943 à Blois (Loir-et-Cher), enfin à Compiègne. Le 22 mars 1944 il était dans le convoi de 1218 hommes à destination de Mauthausen (Autriche). Les prisonniers arrivèrent le 25 mars, les usines de ce complexe concentrationnaire manquaient de main d’œuvre.
Georges Corète a été affecté à Passau Kommando de travail de Mauthausen situé dans l’est de la Bavière, les détenus montaient des armes. Il fut ensuite envoyé au camp de concentration de Flossenbürg, rejoignit le Kommando de travail de Dresde, les prisonniers travaillaient dans les ateliers de réparations de wagons et après chaque bombardement allié ils dégageaient les ruines de la ville.
Enfin, il travailla à Leitmeritz dans la région de Prague (Tchécoslovaquie), un Kommando de travail comptant jusqu’à 5000 détenus en 1945 qui furent affectés dans une usine et une entreprise de construction. Les journées de travail atteignaient souvent quatorze heures par jour, en février 1945 un tiers des détenus souffraient de maladies infectieuses. La mortalité était très élevée, en décembre 1944 une épidémie de dysenterie fit neuf cents trente-cinq morts, les cadavres furent incinérés au crématoire de Terezin. Le 5 mai 1945 l’encadrement allemand du camp déserta. Mille deux cents détenus malades furent libérés les 9 et 10 mai 1945 par des unités de l’armée Soviétique. Des médecins et du personnel tchèque et soviétique soignèrent les survivants, les derniers déportés furent rapatriés à la fin juillet 1945.
La commission rogatoire du 10 mars 1945 examina les circonstances des arrestations d’une centaine de résistants. Les victimes ou leurs familles témoignèrent. Georges Corète et sa famille habitaient 24 rue Louis-Blanc au Pré-Saint-Gervais (Seine, Seine-Saint-Denis). Á leur domicile, plusieurs convocations avaient été laissées en vain… Georges Corète n’était pas rentré de déportation.
La famille Corête habita dans la cité du 74, rue Paul-Vaillant-Couturier à Gennevilliers. Georges Corète rentra le 8 mai 1945 très affaibli, invalide du fait des très dures conditions de sa déportation, il mourut le 7 juin 1963 dans sa soixante-troisième année. Le Conseil municipal du 12 novembre 1963 donna le nom de Georges Corète à la rue Adgyl, rue très proche du lieu où il habitait. Georges Corête a été homologué FFI.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198648, notice CORETE Georges par Daniel Grason, version mise en ligne le 31 décembre 2017, dernière modification le 2 janvier 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/11. – Arch. PPo. BA 1928, BA 2057, KB 11, 77W 3124. – Bureau Résistance GR 16 P 142528. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Roger Poitevin, Abbaye-Bagne de Fontevraud 1940-1944, Éd. AFMD 49, 2009. – Site internet ALEi (Armentières Litomérice Europe internationale). – État civil AD du Pas-de-Calais acte n° 186 3 E 065/16.

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