FUZEAU Henri Pierre Joseph

Par Pierre Alanche

Né le 1er novembre 1941 à Noirterre (Deux-Sèvres)  ; ouvrier agricole, ajusteur, dessinateur  ; syndicaliste CFDT, élu délégué du personnel et membre du comité d’entreprise, militant associatif  ; secrétaire de section PS.

Henri Fuzeau mettant en route une cintreuse Gâteau en Inde en 1967
Henri Fuzeau mettant en route une cintreuse Gâteau en Inde en 1967

Fils d’Amand Fuzeau, agriculteur, cantonnier puis magasinier à la conserverie du Dolo à Bressuire (Deux-Sèvres) où il fut délégué du personnel CFTC, et d’Henriette Gabard, mère au foyer, Henri Fuzeau fut le cadet d’une fratrie de huit enfants, quatre filles et quatre garçons. Ses parents étaient catholiques pratiquants. Il fit ses études à l’école primaire de Noirterre et au collège Saint-Joseph de Bressuire (Deux-Sèvres) jusqu’en juillet 1955 où il obtint le Certificat d’études primaires. En 1955, il commença sa vie professionnelle comme ouvrier agricole, avec un contrat annuel nourri et logé dans une petite ferme tenue par un couple, de novembre 1955 à août 1956, à Noirterre. Il participait aux activités de la Jeunesse agricole catholique (JAC). Il entra ensuite en apprentissage aux établissements Bossard à Noirterre en septembre 1956. L’entreprise, qui comptait une quinzaine de salariés, était une des dernières qui ait fabriqué des fers à bœufs en France. Elle se reconvertissait dans la ferronnerie du bâtiment (pentures, charnières, équerres…). Il obtint le CAP d’ajusteur le 27 juin 1959 et celui de dessinateur industriel le 2 juillet 1970. Il fut alors employé comme ajusteur puis il quitta l’entreprise en septembre 1960 pour un travail mieux rémunéré aux établissements Gâteau à Cerizay (Deux-Sèvres). L’entreprise comptait près d’une centaine de salariés dont soixante-dix ouvriers professionnels (tourneurs, fraiseurs, ajusteurs, soudeurs, mécaniciens), un bureau d’étude, l’encadrement et le personnel administratif. Elle fabriquait des montes-pailles pour l’agriculture et la nouvelle direction diversifiait l’activité avec la fabrication de cintreuses à tubes et profilés divers pour l’automobile, l’aviation, le mobilier tubulaire, les centrales thermiques, l’industrie nucléaire, la construction de bateaux. Henri Fuzeau avait un travail qui le passionnait  : la mise au point des outillages et la mise en route des machines chez les clients.

Il fit dix-neuf mois de service militaire, d’août 1961 à février 1963, affecté d’abord à Auch puis à Tour. Il fut élève officier de réserve dans le train aéroporté. Nommé brigadier-chef, il redevint 2e classe pour indiscipline. Le service militaire achevé, il retourna aux établissements Gâteau.

Henri Fuzeau adhéra à la CFDT en 1964 avec quelques collègues et ils se présentèrent aux élections de délégués du personnel, ce qui lui valut une promesse d’augmentation s’il abandonnait son projet. Il fut élu au CE de 1965 à 1967 et en devint le secrétaire. Il collabora activement à la création de la section syndicale dans l’entreprise en 1965. Il participa aux activités du syndicat de la métallurgie des Deux-Sèvres, dont le secrétaire était André Pineau. Il en fut le trésorier en 1965. En 1966, il fut mis à pied pour faute professionnelle avec demande de licenciement. Le patron propriétaire, Eugène Gâteau, avait enregistré une discussion avec Henri Fuzeau et croyait l’avoir mis dans une situation de refus injustifié de travail. Après enquête, l’inspecteur du travail n’accorda pas l’autorisation de licenciement. Pendant trois semaines, le patron, maire de Cerizay, refusa la réintégration  ; celle-ci n’intervint qu’après une grève d’une demi-heure de la totalité des ouvriers et la menace d’un article dans la presse locale, La Nouvelle République. Dans la même période, dans les Deux-Sèvres, quatorze militants avaient subi le même sort, dont un dans la même ville de Cerizay, chez Heuliez-carrosserie. Henri Fuzeau fut un des rares réintégrés. Malgré les conflits, les contacts professionnels avec Eugène Gâteau restèrent bons. Il l’avait accompagné dans les foires internationales de Zurich, Hanovre, Bruxelles, Paris, Londres, Milan, Leipzig et jouissait de sa confiance. Il était chargé de missions délicates à l’étranger, par exemple en Inde du 19 septembre 1966 au 19 mars 1967 pour la mise en route de cintreuses, la formation du personnel du client pour leur utilisation et leur entretien, puis en Roumanie. Entre-temps, Eugène Gâteau avait vendu ses brevets et ses cintreuses au groupe Vallourec à Monbart (Côte-d’Or).

En septembre 1967, Henri Fuzeau décida de quitter l’entreprise et entra au bureau d’étude de la Régie Renault à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), d’abord comme ajusteur dans l’atelier de prototypes de la boîte de vitesse automatique de la R16 puis comme dessinateur. Il fut muté à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) au service contrôle du département 38 (petite tôlerie) pour pouvoir préparer le certificat d’aptitude professionnelle de dessinateur dans de bonnes conditions. Il obtint le CAP le 2 juillet 1970 et retourna, en septembre, à Rueil-Malmaison, comme dessinateur au bureau d’études boîte de vitesses.

Dès son arrivée, il se syndiqua à la CFDT. Il vécut le mouvement de 68 sans y être pleinement investi, retournant régulièrement dans les Deux-Sèvres auprès de sa future femme. Mais dès sa mutation temporaire à Boulogne, son travail lui permettant des contacts permanents avec les salariés de ce département, il en syndiqua plus de cent de septembre 1968 à août 1970. Ensuite, à partir des années soixante-dix, il fut élu délégué du personnel et participa à la vie de la section syndicale de Rueil-Malmaison avec Paul Daudin et Alain Trentarossi. En 1971, il devint secrétaire de la section à la suite de ce dernier et fut membre du conseil du Syndicat général des travailleurs de l’automobile (SGTA-CFDT), dont le secrétaire était Fernand Penin*, et du conseil de l’Union des syndicats Renault (USR-CFDT) dont les responsables furent Bernard Poirier et François Chateau. Il participa à l’étude sur les OS chez Renault avec Pierre Rosanvallon dans les années soixante-dix.

Après avoir travaillé sur la boîte de la Renault 9, il fut muté à sa demande à Cléon en 1981. Il souhaitait s’éloigner de la région parisienne pour des raisons de conditions de vie et était intéressé par la gestion des évolutions de la boîte JB au sein du service étude décentralisé. Il fut trésorier de la section syndicale avec Roger Lejeune, Patrice Guersent, François Chateau. Élu au comité d’entreprise, il devint président de la commission formation professionnelle de 1985 à 1995 et membre du CHSCT de 1990 à 1995. L’établissement connut d’importants conflits en 1986 et 1989 concernant essentiellement les ouvriers spécialisés et professionnels. Il contribua à l’animation de l’information par la rédaction des tracts et les prises de paroles.

Il resta à l’usine de Cléon jusqu’en mars 1997. Après son départ en retraite il poursuivit son activité syndicale. Il représenta la CFDT à la CPAM d’Elbeuf de 1996 à 2009, d’abord comme conseiller puis comme vice-président.

Il avait adhéré au Parti socialiste en 1974 et fut secrétaire de section à Caudebec-lès-Elbeuf (de 1996 à 2001). Il fut candidat aux élections municipales d’Aubergenville (Yvelines) en 1978 et de Caudebec-lès-Elbeuf (Seine-Maritime) en 1996.

Il fut membre, avec son épouse de l’association des parents d’élèves de FCPE d’Aubergenville de 1974 à 1980 puis de 1981 à 1999 de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Caudebec-lès-Elbeuf, Saint-Pierre-lès-Elbeuf et Elbeuf, dans les différentes écoles, collèges et lycées où étaient ses enfants. Il participa aux activités de l’association de résidents à Aubergenville et de l’association de consommateur au début des années soixante-dix.

Il fut nommé délégué départemental de l’Éducation nationale (1995) par l’inspecteur d’Académie, la mission consistant à veiller aux bonnes conditions de vie des enfants, à l’école et autour des écoles qui lui étaient affectées. Il fut élu par le CA de l’Union départementale des délégués départementaux de l’Éducation nationale (DDEN de Seine-Maritime) secrétaire en 2000 et le demeura jusqu’en 2010. Il était aussi membre de différentes associations culturelles et de randonnées pédestres. Il avait été décoré de la médaille jeunesse et sport pour ses activités de marathonien et de juge arbitre de tennis de table.

Il avait épousé Christiane Gachignard (assistante maternelle à Aubergenville puis à Caudebec-lès-Elbeuf jusqu’en juin 2001 et militante active à la FCPE) le 6 août 1968 à Noirterre. Le couple eut trois enfants et six petits-enfants. En 2018, Henri Fuzeau est veuf depuis le 27 août 2010.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198759, notice FUZEAU Henri Pierre Joseph par Pierre Alanche, version mise en ligne le 4 janvier 2018, dernière modification le 26 avril 2022.

Par Pierre Alanche

Henri Fuzeau mettant en route une cintreuse Gâteau en Inde en 1967
Henri Fuzeau mettant en route une cintreuse Gâteau en Inde en 1967
Henri Fuzeau en 1973
Henri Fuzeau en 1973

SOURCES  : Archives confédérales CFDT, section SRTA-CFDT. — Entretien avec Henri Fuzeau, mars-avril 2016. — Témoignage Jean Paul Colliot, juillet 2013.

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