DUCHEMIN André, Victor, Médéric

Par Bernard Massera

Né le 26 octobre 1924 à Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé à l’usine Chausson d’Asnières (Seine, Hauts-de-Seine) (1942-1983) ; responsable fédéral JOC (1944-1949) ; militant CFTC puis CFDT (1949-1983) ; militant PS à partir de 1974 ; conseiller municipal de Domont (Val-d’Oise) (1977-1989) ; conseiller général du canton de Domont (1988-1994).

Fils unique de Louis Duchemin, cheminot, syndiqué à la CGT, et de Georgette Ducouret, employée de bureau dans une compagnie d’assurances, tous deux catholiques non pratiquants, André Duchemin fit sa scolarité à l’école publique de Clichy-la-Garenne et obtint le brevet élémentaire à l’âge de dix-sept ans. Il fréquentait le patronage de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul de Clichy où il pratiquait le tennis de table et le basket, sport qu’il exerçait parallèlement, grâce à des amis, dans une équipe de l’entreprise Chausson. Ne voulant pas partir en Allemagne, il rechercha rapidement du travail. Son engagement dans l’équipe de basket de Chausson facilita son embauche, en septembre 1942, comme « employé aux écritures » affecté au « service courrier » de l’usine de Chausson, rue Malakoff (aujourd’hui rue des Frères Chausson) à Asnières (Seine, Hauts-de-Seine). Son entrée au travail s’accompagna, le 28 octobre 1942, de son adhésion à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), sur l’invitation de l’abbé Georges Michaud qu’il rencontrait au patronage et qui perpétuait ce mouvement d’Action catholique fondé, dans ce lieu, par Georges Guérin.

Du fait de la réquisition des responsables jocistes partis dans les usines allemandes dans le cadre du STO, André Duchemin prit rapidement la tête de la fédération regroupant les villes de Clichy, Saint-Ouen et Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). En 1945, il devint responsable de la fédération de Paris-Nord avant de passer à la fédération de la Boucle de la Seine. Il y connut comme aumôniers, Henri Godin puis, à la mort accidentelle de celui-ci le 16 janvier 1944, André Depierre qui l’avait remplacé.

L’établissement « Chausson Asnières » comptait 3 000 salariés répartis en deux départements, le thermique et la carrosserie. Le thermique, fabriquait des radiateurs, des réservoirs et, sous licence, des gazogènes Imbert pour véhicules automobiles. La carrosserie comprenait des bureaux d’étude et des ateliers de maquettage et d’outillage. Affecté au « service courrier », André Duchemin devait récupérer et distribuer le courrier dans toute l’usine. Il pouvait donc entrer dans tous les services et bureaux. C’est ainsi qu’il put vérifier que l’usine, qui travaillait pour les Allemands, était sous la surveillance permanente d’un inspecteur-contrôleur allemand, Monsieur Von Guillaume, ingénieur chez Behr. Il se rendit rapidement compte que le personnel était partagé, selon ses termes, entre des salariés « un peu pro-allemands » et d’autres « vraiment résistants ». La production était constamment désorganisée par ceux qui s’efforçaient de réduire le rendement ou glissaient quelques boîtes de conserve dans les empennages de carlingues Heinkel que l’entreprise Chausson était à l’époque tenue de fabriquer. Un matin les Allemands arrivèrent pour arrêter un attaché commercial, Monsieur Adam, accusé de passer des renseignements à Londres. Avec la complicité de travailleurs, il réussit à s’enfuir. On le retrouva, à la Libération, commandant dans l’armée Leclerc. Un peu avant que cette armée arrivât à Paris, l’usine, comme beaucoup d’autres, fut fermée.

Lors des combats pour la libération, André Duchemin fit le coup de feu sur la barricade du Pont d’Asnières avec des camarades de la JOC et leur aumônier, l’abbé Pierre Dupe, résistant notoire, ainsi que des travailleurs de Chausson et d’autres entreprises. Exempté de service militaire, comme tous ceux des classes 44 et 45, dès la réouverture de Chausson, il fut affecté à la « réception des marchandises » à l’usine G de Gennevilliers, rue Henri Barbusse. L’établissement comptait 4 500 salariés fabriquant des éléments mécaniques pour l’aéronautique et l’automobile et diverses camionnettes. En 1946, avec des camarades de la JOC, il prit sa carte à la CFTC. En septembre 1949, il retourna à l’usine d’Asnières comme « agent d’approvisionnement » en pièces de fonderie dans le service de Monsieur Picard.

En 1950, la CGT et la CFTC lancèrent un mot d’ordre de grève générale dans la métallurgie parisienne. L’usine Chausson fut occupée. Alors que le travail avait repris partout, la grève se prolongea durant cinq semaines malgré une évacuation musclée, en pleine nuit, par les gardes mobiles arrivés avec blindés, bulldozer et camion-grue. Les forces de l’ordre occupèrent l’usine jusqu’à la reprise du travail. Dès lors, la grève s’organisa à l’extérieur. André Duchemin, un des deux seuls grévistes des Services généraux, tint une permanence à la Maison des syndicats d’Asnières où il s’occupa de la collecte de solidarité. Après cinq semaines de grève, le travail reprit sans gains importants. Les retombées vinrent par la suite avec la conclusion, en 1951, d’un accord d’entreprise comprenant la mensualisation de certaines catégories d’« horaires », accord qui sera renégocié chaque année pour les salaires et qui permit, sous l’impulsion de Lucien Rouet, responsable FO, de Maurice Pinard de la CGT et plus tard de Maurice Sallot de la CFTC, la mise en place d’une retraite complémentaire particulièrement intéressante.

Lors des élections des délégués du personnel de 1950, Jean Parizet, dessinateur, responsable CFTC de l’entreprise – qui par ailleurs était responsable fédéral de la JOC – demanda à André Duchemin de se présenter. Il fut élu avec Jacques Guignard et Jean Parizet. Avec trois délégués du personnel dans le collège des « mensuels » la CFTC marquait, face à une CGT qui s’opposait fermement à elle, son ancrage dans cette catégorie de salariés et s’en servit de point d’appui pour se développer parmi les ouvriers. André Duchemin fut mandaté pour représenter Chausson au syndicat de l’automobile, le SGTA-CFTC puis CFDT, animé par Guy Guingant, à l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM-CFTC puis CFDT), et à la branche automobile de la fédération animée par André Soulat. Il participa au congrès confédéral de 1964 consacrant l’évolution de la CFTC en CFDT.

En mai 1968, l’usine de Gennevilliers se mit en grève le vendredi 10, celle d’Asnières lui emboita le pas le lundi 13. Devenu responsable de la CFDT, André Duchemin organisa l’occupation avec Henri Chassepot le responsable CGT et prit une part importante dans l’organisation de la grève et l’animation de sa section. Il assura lui-même la permanence une nuit sur deux. La direction tenta de mobiliser ses cadres mais n’eut pas grand succès. Ce fut au stade Maurice-Guy de Gennevilliers que, le 13 juin, les syndicats de Chausson rendirent compte des propositions de la direction : augmentation immédiate des salaires de 6 % et de 3 % au 1er octobre avec pour rattraper les bas salaires une augmentation complémentaire de 0,18 francs pour tous jusqu’au P1, de 0,12 francs pour les P2 et de 0,06 francs pour les P3 ; pérennisation de la prime semestrielle avec une majoration de 250 francs ; réduction du temps de travail de 30 minutes sans perte de salaire ; une demi-heure d’information mensuelle sur le temps de travail ; la reconnaissance du droit au collectage des cotisations syndicales et à la diffusion de la presse dans l’entreprise ; pas d’incidence du temps de grève sur l’assiduité ; subvention au Comité d’établissement portée à 1 % de la masse salariale ; mise en place d’une commission pour étudier les conditions de travail.

En 1974, le service d’André Duchemin fut muté à la Tour d’Asnières, avenue Laurent Cély, où furent regroupés divers services généraux de la société (achats, facturation, commercial…). Sans mandat syndical, dans un établissement éloigné des lieux de fabrication ce déplacement fut pour lui un changement difficile. Le 15 mai 1975 les usines d’Asnières et de Gennevilliers entrèrent en grève. Les revendications portaient sur la parité avec Renault, 250 francs pour tous, l’amélioration des conditions de travail, la diminution des cadences, la dissolution, dans l’entreprise, de l’Association des travailleurs et commerçants marocains (ATCM) contrôlée par l’ambassade du Maroc et la direction. La grève dura huit semaines, jusqu’au 10 juillet. Bien que n’ayant plus de mandat de délégué, André Duchemin tentât de mobiliser son service. Sur la centaine de salariés de la Tour d’Asnières, une petite dizaine, seulement, répondit. Cela ne l’empêcha pas d’organiser des collectes auprès des non-grévistes, qu’il apporta au comité de grève.

Il termina sa carrière comme cadre et partit à la retraite en 1983.

Parallèlement à son engagement syndical, André Duchemin s’engagea politiquement à partir du début des années soixante-dix. Après avoir emménagé à Domont (Val-d’Oise) en 1969, il participa dans cette ville à un groupe de réflexion politique qui préparait le congrès d’Épinay (1971) du Parti socialiste auquel il adhéra en 1974. Il se présenta en 1977 aux élections municipales de Domont, sur la liste du PS qui obtient 60 % des voix dès le premier tour. Élu adjoint au maire, il assura la responsabilité des finances, charge qu’il laissa à mi-parcours de son deuxième mandat pour prendre l’action sociale. Au terme de ce deuxième mandat, il fut élu conseiller général du canton de Domont. En 1994, ayant atteint soixante-dix ans, et malgré la pression de ses amis, il refusa de se présenter pour un nouveau mandat. Il ne resta pas inactif pour autant et prit sa part de responsabilité dans l’Amicale du troisième âge de Domont.

André Duchemin s’était marié le 2 juillet 1949 avec Janine Senaux, militante à la JOCF, employée dans une halle de quartier à Clichy où elle vendait des légumes. Leur mariage avait été célébré à Clichy par Auguste Le Toulec. Dès l’année 1950, le couple participa au démarrage de l’Action catholique ouvrière (ACO) sur la région parisienne avec le père Frossard, les abbés Delors et Auguste Le Toulec. Il contribua à la journée d’étude du 5 mars 1950 et à la première rencontre nationale de l’ACO en octobre 1951. Responsable avec son épouse de leur secteur ACO, il participa avec elle aux rencontres diocésaines de la Seine où ils retrouvèrent André Téqui et Guy Guingant de l’UPSM. Le couple eut quatre enfants : Geneviève née en 1950, Jean-Pierre en 1951, Paul en 1956 et Michel en 1964. Il vécut successivement, à partir de 1949 à Asnières chez la grand-mère d’André Duchemin, puis, à partir de 1960, à Soisy-sous-Montmorency (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) avant de s’installer définitivement, en 1969, à Domont.

Après le décès de sa femme, et sa santé ne lui permettant plus de rester seul, André Duchemin entra en 2015 dans un EHPAD à Domont.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198766, notice DUCHEMIN André, Victor, Médéric par Bernard Massera, version mise en ligne le 4 janvier 2018, dernière modification le 5 janvier 2021.

Par Bernard Massera

SOURCES : Archives UPSM-CFDT. — Joseph Debès, Naissance de l’Action catholique ouvrière, Les Éditions Ouvrières, 1982. — Bernard Massera et Daniel Grason, Chausson : une dignité ouvrière, Éditions Syllepse, 2004, notamment page 64. — Entretiens avec Bernard Massera le 6 juin 2013, le 16 mai 2014, le 11 mars et 17 septembre 2015 et le 13 mai 2016.

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