D’ANDURAIN Jacques dit "Pidouze", alias "René" dans la clandestinité en Haute-Garonne

Par André Balent, Claude Pennetier

Né le 26 novembre 1916 à Hastingues (Landes), mort le 3 mars 2016, à Saint-Doulchard (Cher) ; militant de l’UEC à Paris ; un des premiers résistants communistes à Paris puis en Seine-Inférieure ; militant de Libération-Sud à Lyon puis à Toulouse ; chef de maquis de l’AS (Armée secrète) dans le Tarn puis dans l’Ariège.

Fils du comte Pierre d’Andurain (1881-1936) et de Marguerite (Marga), Jacques d’Andurain avait des parents globe trotters qui laissèrent leur fils au grand-père maternel, Maxime Clérisse, magistrat à Bayonne. Il envoya l’enfant chez les Frères de Écoles chrétiennes. Lorsqu’il eut treize ans, ses parents firent venir Jacques à Palmyre (Syrie) où sa mère tenait un hôtel. Il fut scolarisé chez les Lazaristes de Damas puis à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Arrivé en France en octobre 1934, il poursuivit sa scolarité au lycée Michelet de Vanves. Il adhéra au Parti communiste et à partir de 1938, sympathisa avec Pierre Hervé et Jean-Pierre Vernant.

Léon Lavallée écrit dans un rapport postérieur à la guerre, à Paris, en novembre 1940, "le premier avec lequel j’entrais en relation fut un certain d’Andurain, plus ou moins marquis, énigmatique personnage dont l’assassinat de la mère il y a dix ou quinze ans à défrayé la chronique". Il s’agit en fait de l’assassinat de son père en 1936.

Après sa démobilisation, en 1940, Jacques d’Andurain retrouva, au Quartier latin, ses amis d’avant-guerre, ceux de l’Union des étudiants communistes et de l’Union fédérale des étudiants. Parmi ces derniers, Pierre Hervé, Francis Cohen, François Lescure. Avec eux, il participa à la manifestation du 11 novembre 1940. D’Andurain s’abstint d’y participer, "sur ordre", mais il en fit le bilan.

Après novembre 1940, d’Andurain dirigea l’Union des étudiants communistes. Il fut bientôt en contact avec Pierre Georges alias "colonel Fabien". Pendant la nuit du 7 au 8 juillet, il fut l’organisateur de l’évasion spectaculaire de Pierre Hervé et de vingt autres militants communistes emprisonnés au dépôt de la prison la Santé à Paris. Opération, dont il dirigea la réalisation pratique. Après la réussite de cette action, il reçut l’ordre de quitter le Quartier Latin et rentrer en contact avec Fabien. Avec ce dernier et avec Maurice Le Berre, il signa, selon son témoignage (Noguères, op. cit., 1969, p. 74), les premiers tracts manuscrits, Le bataillon de la Jeune France, L’organisation spéciale.

L’Organisation spéciale (OS) du PC était créée. En août 1941, tous trois décidèrent de passer à l’action. Leurs premières opérations furent des échecs. D’Andurain, de même que d’autres membres de l’OS ne purent se résoudre, au dernier moment, d’abattre un officier allemand. Finalement ce fut le 21 août 1941 que Fabien abattit au métro Barbès l’officier allemand Alphonse Moser... avec l’arme que d’Andurain lui avait procurée, à savoir le pistolet 6, 35 mm ayant appartenu à sa mère.

Jacques d’Andurain fut donc présent dans les premières opérations armées du Parti communiste et de son organisation spéciale à Paris. Le 23 août 1941 de retour à Goussainville pour saboter un poste de repérage. Jacques d’Andurain participa avec Roger Hanlet à huit actions entre le 12 août et le 1er octobre 1941 en compagnie d’autres militants, tels Robert Peltier, Tony Bloncourt, Christian Rizo, Acher Semahya, Gilbert Brustlein, Pierre Milan, , Fernand Zalkinov, Conrado Miret i Musté, Jules Dumont, ex-colonel des Brigades internationales, et Fabien, Gilbert Brustlein menait le groupe composé de Jacques d’Andurain,Pierre Milan, Roger Hanlet, Tony Bloncourt, Christian Rizo et Robert Peltier. Ce fut un nouvel échec.

Avec Maurice Le Berre et quelques éléments des Bataillons de jeunes, d’Andurain fut ensuite envoyé à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Le 19 octobre 1941, ils provoquèrent le déraillement d’un train sur la ligne de Paris au Havre, entre Malaunay et Puvilly. Jacques d’Andurain manqua un attentant contre un officier allemand à Rouen. Finalement, au début de 1942, il franchit la ligne de démarcation et s’installa en zone sud en février 1942.

Il y retrouva Pierre Hervé et sa femme. Ayant gagné Lyon, il rencontra Emmanuel d’Astier de la Vigerie ce qui le satisfit car il avait un jugement très négatif sur le mouvement Combat. À Libération Sud, il côtoya bientôt Jacques Brunschwig-Bordier et Yvon Morandat avec qui il "travailla" dans la clandestinité. Connaissant son expérience acquise dans l’OS du PC, d’Astier sollicita bientôt d’Andurain pour prendre en charge celle de Libération-Sud, les futurs "groupes francs". D’ailleurs, très à l’aise à Libération-Sud, d’Andurain demeurait communiste. Il retrouvait à Libération-sud, une militante communiste qu’il avait bien connue, Lucie Aubrac.

Jacques d’Andurain fut muté à Toulouse (Haute-Garonne) par Libération-Sud. Dans cette ville, le mouvement était relativement peu implanté (Voir Jean-Pierre Vernant, une ancienne connaissance de Jacques d’Andurain, devenu un des dirigeants de Libération-Sud à Toulouse), car Combat et Libérer et fédérer (un mouvement créé à Toulouse) dominaient. Il intégra les MUR de la Haute-Garonne dès leur création et il devint un des responsables départementaux de l’AS.

Au printemps de 1943, il prit le commandement du maquis implanté dans l’épaisse forêt d’Hautaniboul (Tarn) dans la Montagne Noire. Il organisa cette implantation avec Pierre Noël, beau-frère de Pierre Hervé. Ce maquis dépendant de l’AS fut aussi revendiqué par les FTPF dont un petit maquis fut aussi présent dans la partie haute-garonnaise de la Montagne Noire. Le maquis de l’AS dirigé par d’Andurain eut des rapports difficiles avec certaines des futures composantes du puissant Corps franc de la Montagne Noire, elles-mêmes dépendant de l’AS. Après y avoir été attaqué en juin 1943, le maquis se transporta dans l‘Ariège, à Montségur, près de l’ancienne forteresse défendue par les cathares au XIIIe siècle. Il établit son cantonnement sur les flancs de la montagne de la Frau (qui culmine à 1925 m) vers 1800 m. La grotte de Caunha [écrit aussi « Caougno » (prononciation phonétique de l’occitan)] en contre-bas, à 1700 m, abritait aussi les maquisards et leur matériel en cas d’intempéries. Ce maquis, piloté depuis Toulouse, était connu des autorités vichyssoises après que deux jeunes de Lavelanet (Ariège), membres du PPF (Parti populaire français, collaborationnistes) capturés puis relâchés par le maquis se furent empressés de prévenir les autorités et d’indiquer l’emplacement du maquis. Le préfet ignorait son affiliation à l’AS. Il pensait qu’il dépendant des FTPF tout comme celui de l’Ilhat-Péreille qui, le 18 septembre, avait eu l’audace de s’attaquer aux troupes d’occupation. Il avait aussi acquis la conviction que ces FTPF avaient trouvé refuge à la Caunha, ce qui ne correspondait pas à la réalité, même si quelques-uns l’ont fait et intégrèrent ainsi l’AS. Mais les dirigeants ariégeois de l’AS et des MUR, affiliés en majorité à Combat ignoraient la présence de maquis formé par des hommes venus de Toulouse et de Libération-Sud.

Une opération fut décidée à Foix afin d’anéantir le maquis de Montségur. Le préfet rassembla la Garde, des GMR (Groupes mobiles de réserve) de Foix, des gendarmes (mais l’adjudant Bailles, commandant la brigade de Bélesta a refusé de se joindre à l’attaque). S’y adjoignirent afin un groupe de policier s allemands de Toulouse. Louis Massa lieutenant de l’escadron de la Garde stationné à Foix mais par ailleurs un des dirigeants de l’AS ariégeoise devait y participer avec des éléments de son escadron basé à Foix.

L’AS fuxéenne demanda donc à l’un de ses membres, Louis Massa, bien placé à un poste stratégique, de prévenir les maquisards cantonnés à Montségur, dans la montagne de la Frau. Dans ce but, Massa se porta en éclaireur, bien au-devant de la colonne d’attaquants. Il serait parti à l’aube et dut, à partir des environs du village de Montségur, entamer une longue montée pédestre d’environ 700 m de dénivelé. Il progressait dans le brouillard et, selon un témoignage transcrit par Claude Delpla, il arriva à proximité de la Caunha vers 11 heures 45 mn. Il fut alors abattu par une sentinelle avancée du maquis. Les maquisards, alertés, purent se disperser sans dommages. Toutefois, le maquis ne se reconstitua pas ailleurs. Cependant, sept maquisards qui se trouvaient à l’intérieur de la grotte furent capturés.

Nous ignorons ensuite ce que devint Jacques d’Andurain. Sa fille cadette, Julie d’Andurain née en mai 1968, est devenue une historienne, spécialiste d’histoire coloniale et africaine.

Il fut présent à Montségur en septembre 1985 lors de l’érection de la stèle commémorant l’action du maquis de la Caunha. L’historien ariégeois de la Seconde Guerre mondiale Claude Delpla recueillit son témoignage sur l’action de ce maquis ariégeois et l’attaque subie lors de l’assaut des forces de Vichy.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article198943, notice D'ANDURAIN Jacques dit "Pidouze", alias "René" dans la clandestinité en Haute-Garonne par André Balent, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 avril 2018, dernière modification le 28 mai 2021.

Par André Balent, Claude Pennetier

OEUVRE : Drôle de mère, In Libro Veritas, 2007. — Commentaire après-guerre, In Libro Veritas, 2007.

SOURCES : Arch dép. Ariège, 64 J 120, fonds Claude Delpla, maquis de Montségur, fiches diverses, tapuscrites et manuscrites. — Julie d’Andurain, Marga d’Andurain, une occidentale d’avant-garde en Orient, Paris-I, mémoire de maîtrise sous la direction de Daniel Rivet, 1996. — Claude Delpla, La libération de l’Ariège, Toulouse, Le pas d’oiseau, 514 p. [p. 44, p. 428]. — Laurent Douzou, La désobéissance. Histoire d’un mouvement et d’un journal clandestins : Libération-Sud (1940-1944), Paris, Éditions Odile Jacob, 1995, 480 p. [p. 115, 215, 439]. — Michel Goubet, "Les Francs tireurs et partisans français" [en Haute-Garonne] ; "Les combattants FTPF" [en Haute-Garonne], in La résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure), 2009. — Louis Noguères, Marcel Degliame-Fouché, Jean-Louis Vigier, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, I, La première année juin 1940-juin 1941, Paris, Robert Laffont, 1967 (rééd. 1977),,512 p. [p. 173-174, 176, 179, 183, 204]. — Louis Noguères, Marcel Degliame-Fouché, Jean-Louis Vigier, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, II, L’armée de l’ombre juillet 1941-octobre 1942, Paris, Robert Laffont, 1969 (rééd. 1981) , 742 p. [p. 28-32, 66, 71, 74-78, 83, 108, 149, 160, 191, 344-345, 363, 522, 629, 674]. — Louis Noguères, Marcel Degliame-Fouché, Jean-Louis Vigier, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945, III, Et du Nord au Midi... Novembre 1942-septembre 1943, Paris, Robert Laffont, 1972, 717 p. [p. 296, 299]. — Notes de Jacques Girault et Daniel Grason. — Renseignements communiqués par Julie d’Andurain.

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