CHOCHOY Bernard

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

Né le 14 août 1908 à Nielles-les-Bléquin (Pas-de-Calais), mort le 23 avril 1981 à Versailles (Yvelines) ; instituteur ; secrétaire national des Jeunesses socialistes, membre de la commission administrative permanente de la SFIO (1938-1940) ; maire (1947-1981) et conseiller général (1937-1940, 1945-1979) de Lumbres (Pas-de-Calais), président du conseil général (1966-1978) ; sénateur du Pas-de-Calais (1946-1967) ; député (1967-1968) ; secrétaire d’État du Front républicain (1956-1957).

Bernard Chochoy
Bernard Chochoy
Assemblée nationale

Fils d’un ouvrier meunier (ou d’un ouvrier agricole selon les sources), domicilié à Wavrans-sur-l’Aa (Pas-de-Calais) pendant son enfance, membre des Jeunesses socialistes à partir de 1926, Bernard Chochoy accepta des responsabilités locales au sein de cette organisation alors qu’il était jeune instituteur dans le Bassin minier du Pas-de-Calais, à Sallaumines. Il appartenait au nouveau noyau de militants qui, sous la conduite d’André Pantigny*, devait régénérer la Fédération socialiste du Pas-de-Calais au début des années 1930. Choisi en 1933 comme secrétaire de la Fédération départementale des JS - qui regroupait alors 30 sections et environ 1 000 membres -, B. Chochoy devint secrétaire à la propagande du comité national mixte des JS, puis fut désigné l’année suivante pour occuper le poste de secrétaire national des Jeunesses socialistes, le 18 août 1935.

Ce poste le conduisit à participer intensément à la fermentation d’idées et d’actions qui précéda le Front populaire. Après le triomphe électoral de mai 1936, il fut appelé par Léon Blum* pour occuper des fonctions de chef adjoint de cabinet ministériel et de chargé de mission, et fut ensuite chef de cabinet de Paul Faure*, ministre d’État en février 1937 et 1938. Chochoy, qui fit de nombreuses conférences publiques et écrivait régulièrement dans Le Cri des Jeunes et dans Le Populaire, adopta les positions pacifistes et munichoises de Paul Faure et devint rédacteur à l’organe de sa tendance, Le Pays socialiste, par la paix et la liberté. Il s’apprêtait semble-t-il à embrasser une carrière nationale et fut, en 1938, nommé à l’École communale de garçons de la rue Danrémont, à Paris (XVIIIe arr.), où il devait passer les cinq années suivantes avec son épouse, Apoline Poulain, et sa fille.

Mais ce fut surtout à l’échelon régional que Bernard Chochoy imprégna fortement le mouvement socialiste : élu, en octobre 1937, conseiller général de Lumbres, petite ville industrielle de la vallée de l’Aa (Pas-de-Calais), il en fit un véritable fief personnel pendant quarante et un ans, jusqu’à sa démission en 1979.

Mobilisé et affecté dans une unité combattante en 1939, il reprit après sa démobilisation ses fonctions d’instituteurs et « n’a plus attiré l’attention », selon une note de police. Il fut néanmoins convoqué à la Kommandantur de l’État-major de Paris, et fut interrogé sur son action politique passée. Son attitude pendant l’Occupation, qualifiée par euphémisme de « très effacée », valut à Bernard Chochoy d’être exclu du Parti SFIO à la Libération. Une motion de la commission exécutive fédérale du Pas-de-Calais qui le chassait de son sein précisait : « Il n’y a pas de place chez nous pour les arrivistes et les attentistes. » (L’Espoir, 24 décembre 1944).

Le bannissement fut toutefois de courte durée, Bernard Chochoy jouissant d’une très grande popularité dans une région où l’implantation socialiste restait très faible et le Parti SFIO ne pouvant se passer longtemps de cet habile tribun « si familièrement convaincant » qui avait été réélu conseiller général comme « socialiste indépendant » en 1945. Aussi fut-il rapidement réintégré. Maire de Lumbres en 1947, membre du bureau de l’Association des maires de France à cette date, désigné pour faire partie du Conseil de la République et élu sénateur en novembre 1946, Bernard Chochoy mena une vie parlementaire très active et fut pendant dix ans président de la commission de la Reconstruction et des dommages de guerre au Sénat. Il était par ailleurs membre de la commission exécutive du groupe du Conseil de la République en janvier 1949, membre de la commission exécutive de la SFIO du Pas-de-Calais de 1948 à 1963 (avec une interruption en 1956-1958). S’appuyant sur le mémoire de maîtrise de J. Ténèbre, F. Sawicki note qu’il assura sa position locale en se faisant un farouche défenseur de l’agriculture, en développant précocement les installations scolaires et le logement social dans sa ville, en jouant sur ses différents mandats, ses amitiés parlementaires et ministérielles et en instaurant des liens privilégiés avec le patronat local.

Sa place dans la fédération du Pas-de-Calais l’amena tout naturellement à entrer au sein du gouvernement de son ami Guy Mollet* en février 1956 comme secrétaire d’État à la Reconstruction et au Logement ; il occupa l’année suivante le poste de secrétaire d’État à l’Industrie et au Commerce dans le cabinet Bourgès-Maunoury.

Conseiller général et maire de Lumbres de 1947 à 1981, sénateur du Pas-de-Calais de 1946 à 1981 - avec une brève interruption en 1967-1968 lorsqu’il siégea à la Chambre des députés -, président durant treize ans de l’OPHLM du Pas-de-Calais (il démissionna le 27 mai 1964), président du conseil général du Pas-de-Calais de 1966 à 1978, premier vice-président du conseil régional de 1974 à 1977, B. Chochoy dut ralentir ses activités à partir de 1978 en raison d’une grave maladie.

Les obsèques de ce notable typique de la SFIO furent suivies par une foule considérable, mue par un curieux mélange de clientélisme et d’affection, plus que par affinité idéologique...

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19919, notice CHOCHOY Bernard par Yves Le Maner, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 27 novembre 2008.

Par Yves Le Maner, Gilles Morin

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Sénat

SOURCES : Arch. Nat. F7/13039 ; F/1a/3320 et 3322 ; F1cII/249, 322, 452, 671 ; F/1cIV/154 ; CAC, 19830172, article 72 et 20010216/94/2723/146. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 5221. — PS-SFIO, Rapports du XXXIIe congrès national, Libairie populaire, 1938. — L’Espoir, 24 décembre 1944 et 21 avril 1963. — L’Indépendant du Pas-de-Calais, 2 mai 1981. — Rapports des congrès de la fédération SFIO du Pas-de-Calais, 1945-1967. — J. Derville, La Fédération socialiste SFIO du Pas-de-Calais, 1944-1969, thèse d’études politiques, Paris, FNSP, 1970. — Marc Wolf, article cité, in Revue du Nord, n° 227, 1975. — J. Ténèbre, Bernard Chochoy. Un notable SFIO, mémoire de maîtrise, Lille III, 1987. — Frédéric Sawicki, La structuration du Parti socialiste : milieux politiques et production d’identité, thèse de doctorat en sciences politiques, Paris I, 1993. — Noëlline Castagnez, Socialistes en République. Les parlementaires SFIO de la IVe République, Rennes, PUR, 2004. — Renseignements fournis par la mairie de Lumbres.

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