CHOMBART DE LAUWE Marie-José [née WILBORTS Yvette, Marie-José, épouse CHOMBART DE LAUWE, dite « Marie-Jo », « Marijo »]

Par André Caudron

Née le 31 mai 1923 à Paris (XVIe arr.) ; étudiante en médecine, psychosociologue, directrice de recherches au CNRS ; résistante (1940-1942), déportée (1943-1945) ; co-présidente de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) et de l’Amicale de Ravensbrück, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation depuis 1997 ; domiciliée après 1945 à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).

L’enfance d’Yvette Wilborts, fille d’un médecin établi à Rennes (Ille-et-Vilaine), se déroula sur l’île bretonne de Bréhat. Elle était en classe de première en juin 1940 : « Le discours de Pétain, dit-elle, a semblé intolérable, aussi bien aux professeurs qu’aux élèves. La directrice passait dans les classes et je me rappelle que beaucoup pleuraient. » À l’âge de dix-sept ans, sous son deuxième prénom de Marie-José qui n’allait plus la quitter, elle entra dans la Résistance avec ses parents et un groupe d’amis de Bréhat, au sein d’un petit réseau d’évasion et de renseignements, appelé « Georges France-31 ». Agent de liaison, elle facilita des départs vers l’Angleterre et transmit des indications sur les défenses côtières. Devenue étudiante en médecine, elle fut arrêtée sur dénonciation le 22 mai 1942, en même temps que treize autres membres du réseau. Elle connut, en compagnie de sa mère, les prisons de Rennes, d’Angers, de la Santé et de Fresnes, puis fut condamnée à mort après plusieurs interrogatoires. Sa peine étant commuée en déportation « Nuit et Brouillard » (à disparaître sans laisser de trace), elle arriva en juillet 1943 au bloc 32 du camp de concentration de Ravenbrück, où elle parvint à survivre, bien que malade. Affectée au revier du camp, elle s’occupa des nouveau-nés, dont l’espérance de vie était à peu près nulle, à partir de septembre 1944.

« Elle vivait au milieu de nous, silencieuse et souriante, à l’ombre de la personnalité expansive de sa mère. Et nous ne savions pas qu’en travaillant au "bloc des enfants", Marijo connaissait une des pires épreuves du camp : impuissante, elle voyait comment les bébés qui naissaient au camp étaient sauvagement assassinés, tandis que les enfants plus âgés étaient condamnés à une mort plus lente par un manque de nourriture et de soins savamment calculés. » (Témoignage d’une déportée, Voix et Visages, 1990). Ces agissements, Marie-José Wilborts les qualifiera plus tard de crime contre l’humanité.

Transférée au camp de Mauthausen le 2 mars 1945, elle fut libérée le 21 avril et évacuée vers la Suisse par la Croix-Rouge internationale. Elle y retrouva sa mère qui lui apprit la mort du docteur Wilborts au camp de Buchenwald. De retour fin avril, la jeune fille entreprit courageusement, quelque temps après, des études longues et difficiles, non plus en médecine, mais en sociologie, sciences sociales et philosophie, à Paris. Elle y rencontra celui qui devint son mari en 1947 et dont elle eut quatre enfants, le sociologue Paul-Henri Chombart de Lauwe, alors attaché de recherches au CNRS depuis deux ans. Entrée elle-même au CNRS en 1954, spécialisée dans la psychopathologie sociale des enfants, Marie-José Chombart de Lauwe y fut directrice de recherches et publia de nombreuses études sur l’enfance et l’adolescence. Sa thèse de doctorat ès-sciences, Psychopathologie sociale de l’enfant inadapté, soutenue en Sorbonne en 1960, abordait le problème de l’hérédité sociale sur le plan scientifique, à partir d’une enquête menée dans trente-trois consultations de psychiatrie infantile de la région parisienne et d’une enquête complémentaire à Bordeaux. Elle animait alors une équipe du Groupe d’ethnologie sociale, fondé par son mari. Ils habitaient alors à Ivry-sur-Seine.

Marie-José Chombart de Lauwe, qui avait dirigé en 1965 un volume sur Les Françaises à Ravensbrück, publia bien plus tard, en 1998, Toute une vie de résistance, dont la première partie décrivait le fonctionnement du camp de Ravensbrück, d’après les notes qu’elle avait rédigées dès 1945. Dans la seconde partie de l’ouvrage, l’auteur livrait sa réflexion sur les thèmes qui marquèrent ses nombreux combats de militante : la déportation, le nazisme, le négationnisme et l’extrême droite. Pendant la guerre d’Algérie, elle s’éleva contre l’usage de la torture. Siégeant au comité central de la Ligue des droits de l’Homme, elle en dirigea la commission pour les droits de l’enfant. À ce titre, elle fut, à partir de 1978, de ceux qui participèrent à l’élaboration de la Convention internationale des droits de l’enfant, adoptée en 1989.

Déjà membre de la présidence de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP), coprésidente de l’Amicale des anciennes déportées du camp de concentration de Ravensbrück et membre de l’Association des déportées et internées de la Résistance (ADIR), elle fut appelée, en janvier 1997, à remplacer Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui fut sa compagne de geôle, à la tête de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Elle y fit preuve d’un grand dynamisme, en particulier au moyen d’innombrables conférences dans les collèges et lycées. Elle fit partie du collectif de la revue Psychologie française (1965), ainsi que du Conseil économique et social, section des affaires sociales, de 1999 à 2001.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19941, notice CHOMBART DE LAUWE Marie-José [née WILBORTS Yvette, Marie-José, épouse CHOMBART DE LAUWE, dite « Marie-Jo », « Marijo »] par André Caudron, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 janvier 2010.

Par André Caudron

ŒUVRE : Famille et habitation, t. 1 : Sciences humaines et conception de l’habitation, avec Paul-Henry Chombart de Lauwe, Louis Couvreur, Geneviève Dubois-Taine..., 1960. — Les Françaises à Ravensbrück (direction), Gallimard, 1965. — La Femme dans la société, son image dans différents milieux sociaux, travaux du Groupe d’ethnologie sociale, avec Paul-Henry Chombart de Lauwe, Michèle Huguet, Élia Perroy, Noëlle Bisseret..., CNRS, 1967. — Psychopathologie sociale de l’enfant inadapté, essai de sélection des variables du milieu et de l’hérédité dans l’étude des troubles du comportement, CNRS, 1973. — Un monde autre : l’enfance de ses représentations à son mythe, Payot, 1971. — Les Enfants de l’image, Payot, 1979. — L’Ordre nazi : les enfants aussi, introduction, Amicale des déportées de Ravensbrück, 1979. — Complots contre la démocratie, les multiples visages du fascisme, FNDIRP, 1981. — Espaces d’enfants, Cousset (Suisse), Delval, 1987. — « La représentation sociale dans le domaine de l’enfance » avec Nelly Feuerhann, in Denise Rondelet, Représentation sociale : un domaine en expansion, PUF, 1989. — « Vers un nouveau statut social », Autrement, n° 23, septembre 1991. — Toute une vie de résistance, Éd. Graphein, 1998. — « Réhabilitation du nazisme : des voies multiples depuis 60 ans », Le Patriote résistant, janvier et février 2006.

SOURCES : 1945, libération des camps. Des rescapés témoignent, DVD, ministère de la Défense, direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, 2005. — Voix et visages, bulletin de l’Association des déportées et internées de la Résistance, ADIR, 1960. — Paul-Henry Chombart de Lauwe, Un anthropologue dans le siècle, Descartes & Cie, 1996. — Sylvie Chaperon, « Une génération d’intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir », Clio, n° 13, 2001.

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