SÉZILLE DE MAZANCOURT Émile, Pierre

Par Daniel Grason

Né le 22 juillet 1900 à Douai (Nord), mort à Douai le 2 janvier 1975 ; militant communiste ; résistant.

Émile Sézille de Mazancourt
Émile Sézille de Mazancourt

Fils d’André, Jean, Joseph, trente-huit ans, journalier et de Augustine, Joséphine née Cuvelier, trente-trois ans, repasseuse. Il alla à l’école primaire, obtint le CEP. Il épousa le 5 août 1924 Louise, Julienne Berthelet, le couple eut deux enfants Andrée et Claudine, et vivait 5 rue Auguste-Chabrières à Paris (XVe arr.).
Émile Sézille de Mazancourt travaillait aux usines Renault à Boulogne-Billancourt, membre du Parti communiste depuis 1937, il était organisé à la cellule Léon Piginnier, alors maire de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine). Après Daladier qui remettait en cause certains acquis du Front populaire, il cessa de payer ses cotisations.
Mobilisé au moment de la déclaration de guerre, démobilisé en août 1940, il ne chercha pas à entrer en contact avec l’organisation clandestine. En octobre ou novembre 1941 fit la connaissance de Marguerite Bronner qui recherchait du travail. Par la suite elle lui demanda s’il avait conservé des liens avec des anciens militants du Parti. Elle lui présenta « Eugène » qu’ Émile Sézille de Mazancourt connaissait de vue avant-guerre lors des fêtes organisées chez « Garcia » rue de la Croix-Nivert dans le XVe arrondissement. Sollicité par lui pour distribuer des tracts de l’organisation clandestine, il refusa, mais accepta d’assurer la liaison entre lui et Marguerite Bronner. « Eugène » se postait sur l’itinéraire qu’empruntait Sézille de Mazancourt lorsqu’il rentrait du travail, il porta quelques paquets de tracts à Marguerite, lui transmettait des rendez-vous. En réalité, il assurait la diffusion des tracts du Parti communiste clandestin avec Marguerite Bronner.
Le 30 mai à 18 heures 45, « Eugène » lui demanda de joindre Marguerite, le dimanche 31 mai à 8 heures 45 elle avait rendez-vous au métro La Motte-Piquet. Marguerite n’était pas chez elle, Sézille de Mazancourt lui glissa une feuille de papier sous sa porte avec l’information, il signa « Émile ».
Le dimanche 31 mai 1942 jour de marché, des militants se retrouvaient vers 10 heures 30 rue de Buci devant le magasin « Eco ». Ils voulaient ainsi protester contre le rationnement, des militantes s’emparèrent de boîtes de conserves et les distribuèrent aux ménagères. Des policiers en civils et en uniformes intervenaient immédiatement, des FTP qui assuraient la protection tirèrent, un brigadier des gardiens de la paix et un gardien de la paix furent tués.
Le 1er juin 1942 vers midi deux inspecteurs de la BS2 arrêtèrent Émile Sézille de Mazancourt à son poste de travail. Emmené dans les locaux des BS à la Préfecture de police, les policiers étaient convaincus qu’il était à l’initiative de la rue de Buci. Il répondit qu’il avait fait ses commissions sur le marché de la Convention. Un inspecteur lui présenta un papier saisi à son domicile « sorti de chez lui 9 h ½ » et en conclusion « mon copain prit avec un drapeau », il expliqua que ces notes concernaient un camarade d’atelier Georges Tessier arrêté et interné à Clairvaux.
Des brochures de chants révolutionnaires et des livres dissimulées sous un tas de charbon avaient été saisies dans sa cave. Parmi ce qui avait été découvert par les policiers : Fils du peuple de Maurice Thorez, Les trusts contre la France, Cinq ans de dictature hitlérienne, un numéro de Regards du 6 mai 1937. Toutes les publications avaient été éditées avant l’interdiction du Parti communiste.
Il déclara avoir été sollicité pour reprendre de l’activité militante au sein de l’organisation communiste clandestine, mais il refusa. Il reconnut avoir accepté d’assurer la liaison entre une militante et « Eugène ».
Il comparut le 25 juin 1942 avec vingt autres prévenus devant le Tribunal d’État qui prononça cinq condamnations à mort dont celle de Pierre Benoit par contumace. Émile Sézille de Mazancourt a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Incarcéré dans les prisons de Fresnes et de la Santé, puis à la centrale de Melun en Seine-et-Marne, il fut libéré le 25 août 1944 par les FFI du département. Il reprit son travail chez Renault, devint chef d’équipe. Émile Sézille de Mazancourt a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) et Interné résistant.
Après la Libération, il témoigna devant la Commission d’épuration de la police, sur photographie, il reconnut l’un des deux inspecteurs qui l’arrêta. Il déclara : « Á la Préfecture de police, j’ai été giflé par les deux inspecteurs qui m’avaient arrêtés, puis j’ai été conduit dans le bureau d’un et laissé seul avec lui. Ce fonctionnaire s’est armé d’un nerf de bœuf en me disant “ Tu connais ça ? ” »
« Au cours de l’après-midi, j’ai été conduit de nouveau devant ce même secrétaire qui a ordonné à un inspecteur que je reconnais comme étant D… de me frapper à coups de poings. Cet inspecteur a exécuté l’ordre reçu avec mollesse et une répugnance manifeste. Ce que voyant le secrétaire a fait appel à deux autres inspecteurs […] le me souvient seulement de B… qui a pris le nerf de bœuf et qui m’en a violemment frappé. J’avais les mains attachées derrière le dos avec des menottes très serrées. Deux fois les inspecteurs m’ont laissé évanouir sur le sol. Je ne reconnais malheureusement pas le secrétaire qui a ordonné ces sévices. »
Il releva que lors de la perquisition de son domicile, des policiers s’étaient accaparés de vêtements, d’un stylomine et un briquet en argent, un kilo de tabac, ainsi qu’une quinzaine de bouteilles de vin, d’alcools et de liqueurs qui se trouvaient dans la cave. Quatre inspecteurs se relayèrent pendant quatre jours tendant une souricière, Madeleine Marzin a été arrêté par l’un d’eux.
Il mourut le 2 janvier 1975 dans sa ville natale de Douai.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199521, notice SÉZILLE DE MAZANCOURT Émile, Pierre par Daniel Grason, version mise en ligne le 22 février 2018, dernière modification le 14 mars 2019.

Par Daniel Grason

Émile Sézille de Mazancourt
Émile Sézille de Mazancourt

SOURCES : Arch. PPo. PCF carton 13 rapport hebdomadaire du 15 juin 1942 des Renseignements généraux, BA 2056, 1W 739, GB 188 (photo). – Bureau Résistance GR 16 P 547146. – État civil AD du Nord numérisés 1 Mi EC 178 R 028, acte n° 462.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 188 cliché du 2 juin 1942

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