CHOQUET Maurice, Antoine

Par Rémy Gaudillier

Né le 13 mars 1927 à Saint-Léger-sous-Beuvray (Saône-et-Loire), mort le 6 juillet 2001 à Poligny (Jura) ; instituteur ; résistant, déporté ; militant de la FNDIRP ; militant syndicaliste du SNI et communiste du Jura ; adjoint au maire de Poligny.

Né d’un père issu de l’Assistance Publique de Paris, élevé par une famille paysanne sans enfant, et d’une mère, fille d’un cordonnier décédé en 1928 des suites de la Grande Guerre, devenus chauffeur et cuisinière chez un banquier parisien, Maurice Choquet fut élevé dès l’âge de quatre ans dans un cadre religieux strict par sa grand-mère maternelle. Son père mobilisé fut fait prisonnier en 1940. Après l’arrivée des Allemands, il s’installa en décembre 1941 à Orgelet (Jura) chez son oncle, gendarme. Il resta marqué par la présence allemande, lors de la visite qu’il fit, pendant les vacances 1942, chez sa mère restée à Paris.

Agent de liaison de son oncle, affilié au mouvement Combat, qui fut arrêté, déporté le 15 avril 1944 à Buchenwald où il mourut brûlé dans la grange de Gardelegen, Maurice Choquet fut arrêté le 11 juillet 1944 avec d’autres résistants, dont l’abbé Louis Besançon. Interné à la caserne Brouet à Bourg-en-Bresse (Ain), puis au camp de Compiègne (Oise), il fut déporté le 31 juillet 1944 à Neuengamme où, grâce à Marcel Prenant*, il échappa aux travaux de terrassement pour travailler en usine. Fin avril 1945, ces déportés partirent à pied pour Hambourg puis Lübeck, où les SS les entassèrent dans les cales de trois bateaux, bombardés par la RAF le 3 mai 1945. Rescapé du Thielbeck, il fut rapatrié le 21 mai 1945.

En octobre 1945, Maurice Choquet intégra l’École normale d’instituteurs de Lons-le-Saunier où il avait été admis le 6 juin 1944. Sorti instituteur en juillet 1948, après six mois de service militaire à Coblence (Allemagne) comme caporal-chef, il occupa plusieurs postes dans le département : Foncine-le-Haut (1948-1949), Lons-le-Saunier, école Marcel Berger (1949-1950), Savigna-Chatonnay, Cramans (1952-1960) et Poligny (1960-1968). À partir de 1966, il travailla avec le centre de télé-enseignement de Lyon pour raisons de santé. Il pratiquait les méthodes de l’École moderne (Freinet), anima à Cramans, à partir de l’école, un journal, le sport, la coopérative, le ciné-club (UFOLEIS) et un théâtre. Il rédigea un numéro de Bibliothèque du travail sur la déportation.

Maurice Choquet avait épousé le 16 novembre 1950 à Lons-le-Saunier Thérèse Vieille, institutrice, puis professeur d’enseignement général des collèges, résistante, intégrée dans la 1re armée française avec le grade de sous-lieutenant.

En déportation, il découvrit l’idéal communiste. Adhérant au Parti communiste en 1947, il fut secrétaire de la cellule de Cramans. Trésorier, puis secrétaire de la section communiste de Mouchard, il fut, du début des années 1950 jusqu’à 1957, membre du comité de la fédération communiste. Selon Les Allobroges des 8-9 juillet 1950, il venait de faire signer l’Appel de Stockholm par 250 habitants de Cramans sur 400, dont le maire et le curé.

Dès 1956, Maurice Choquet prit quelques distances vis-à-vis du PCF, jugeant que ses pratiques trahissaient sa doctrine ; il finit par le quitter définitivement en 1970. Mais il anima un comité antifasciste à Mouchard en 1960 et se présenta comme communiste aux élections cantonales de Poligny en 1964. Il faisait partie, au milieu des années 1960, du comité de la section communiste de Poligny.

Élu seul candidat de gauche au conseil municipal de Poligny en 1971, réélu en 1977, il accepta le poste d’adjoint d’opposition offert par le maire de droite. Il proposa la création de l’Association des familles avec une bourse aux vêtements. Réélu en 1995 dans la municipalité dirigée par le maire communiste Jean-Claude Collin, il devint adjoint chargé des travaux jusqu’en mars 2001.

Parallèlement, il fut membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs de 1952 à 1968, responsable de la trésorerie pendant deux mandats. Il était aussi membre du conseil d’administration de la Fédération des œuvres laïques de 1956 à 1960, tout en animant, à Poligny, un patronage laïque affilié aux Francs et franches camarades, et une association de parents d’élèves.

Maurice Choquet consacra la plus grande part de son activité militante à la FNDIRP. Avec cinq autres militants, en 1956, il donna vie à la section départementale dont il fut le secrétaire général puis le président à partir d’octobre 1967. Les effectifs passèrent de 300 adhérents en 1959 à 400 en 1963. Il créa et assuma la responsabilité de la revue trimestrielle du mouvement, Le Déporté jurassien, à partir de 1969. Dans son éditorial, en décembre 1987, il annonçait la prochaine parution de l’ouvrage Les Jurassiens dans les camps de concentration : « Nous aurons tenu la promesse faite à ceux que nous avons aimés, estimés et que nous avons laissés en terre allemande : "Nous ne vous oublierons jamais ! Nous ferons tout pour que cela ne se reproduise jamais !"... ». Il était toujours disponible pour répondre aux invitations des professeurs de lycées et collèges qui le sollicitaient régulièrement, notamment à l’occasion du concours annuel de la Résistance et de la déportation, à partir de 1960, reconnu officiellement en 1977. Lors de son intervention au lycée Paul-Émile-Victor de Champagnole au printemps 1999, il craignait, sa santé étant chancelante, que sa disparition ne fut une deuxième mort pour ses camarades disparus en baie de Lübeck : « Qui désormais en ferait revivre le souvenir ? », proclamait-il. Il fut aussi particulièrement attentif à la formation des futurs enseignants du département. Membre du conseil d’administration de la FNDIRP et de son comité national, il participa aux travaux de sa commission historique. Il fonda, avec l’abbé Besançon, L’Amicale de Neuengamme en 1962. Il fut aussi membre, puis vice-président de l’ANACR. Il participa dès sa création au conseil d’administration du musée de la Résistance et de la déportation de Besançon et lui fit don d’une partie de ses archives personnelles.

Maurice Choquet reçut la médaille de la Jeunesse et des Sports, les Palmes académiques (chevalier, officier, puis commandeur en 1997), la Croix du Combattant Volontaire de la Résistance, la Croix de guerre avec palmes, la Médaille militaire, la Légion d’honneur (chevalier en 1983, officier en 2000).

Lors de ses obsèques, le 10 juillet 2001 à la Collégiale Saint-Hippolyte-de-Poligny, en présence d’une nombreuse assistance, deux personnalités politiques adverses lui rendirent hommage : Jean-Claude Collin, l’ancien maire communiste, et Yves-Marie Lehman, maire RPR. Une plaque fut apposée sur le mur de sa classe dans son école.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19959, notice CHOQUET Maurice, Antoine par Rémy Gaudillier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 août 2021.

Par Rémy Gaudillier

SOURCES : Arch. comité national du PCF (dépouillées par J. Girault). — Le Progrès, 20 juillet 2000 et 12 juillet 2001. — Voix du Jura, 9 juillet 2001. — Les Allobroges, 8-9 juillet 1950 — Le Déporté jurassien. — Hommages rendus à Maurice Choquet lors de ses obsèques. — Renseignements fournis par la famille de l’intéressé. — Témoignage écrit « Mémoire vivante de la Déportation », Poligny, 3-5 mai 1999.

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