CHOUFFET Armand, Pierre

Par Maurice Moissonnier, Gilles Morin

Né le 4 mars 1895 à Hérimoncourt (Doubs), mort le 25 octobre 1958 à Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; avocat à la cour d’appel de Paris ; militant socialiste ; maire de Villefranche-sur-Saône (1925-1941, 1947-1958) ; député de la 1re circonscription de Villefranche (1928-1942).

Armand Chouffet
Armand Chouffet

Armand Chouffet fit la Première Guerre mondiale en tant que sous-officier au 407e Régiment d’infanterie. Fait prisonnier à Verdun le 23 juin 1916, il fut interné à Schneidemühl (province de Posen) et parvint à s’évader. Il laissa de cette aventure un récit vivant. En 1924 il s’établit à Villefranche-sur-Saône, 13 rue de la Gare, où il anima la section locale du Parti socialiste SFIO et, en 1925, il conduisit à la victoire une liste de son parti aux élections municipales. Devenu maire, il occupa ce poste sans discontinuer (sauf de 1940 à 1947). Sous sa direction, la ville se dota d’équipements sportifs et d’un marché couvert. De nombreux travaux d’urbanisme furent entrepris dans le centre. En 1928, aux élections législatives, il fut élu avec 9 768 voix au deuxième tour député de la 1re circonscription de Villefranche et il s’employa à faire classer les vignobles du Beaujolais dans la catégorie « appellation contrôlée ». En 1932, il fut réélu au second tour avec 10 442 voix (7 906 au premier) et, en 1936, candidat du Front populaire, il rassembla au deuxième tour 10 397 suffrages contre son adversaire, l’URD Bosse Platière. Le désistement communiste en sa faveur fut alors facilité par l’attitude qu’il avait prise l’année précédente : il fut l’un des dix-huit parlementaires socialistes qui participèrent aux journées d’amitié pour l’URSS organisées du 8 au 10 juin 1935 par les Amis de l’Union Soviétique (AUS). Par la suite, il fit un voyage en URSS, en 1938, et en revint en manifestant de forts sentiments antisoviétiques.
En août 1938, il fut un des quinze fondateurs du Comité de liaison contre la guerre, comprenant notamment Rives, Déat, Montigny et Tixier-Vignancourt. Lors des débats du congrès extraordinaire du Rhône, il intervint, sa position pouvant se résumer par la phrase « Tout mais pas la guerre », selon Le Populaire du 12 octobre. Toujours animé par ses sentiments pacifistes, le 26 septembre 1939 il demandait à Paul Faure d’envisager une démission collective du groupe parlementaire, ne voulant pas être associé aux responsabilités de la guerre. Manifestant un anti-blumisme virulent - « Je ne puis, en tout cas, plus admettre que Blum et ses fidèles soient dorénavant autorisés à parler en mon nom », écrivait-il -, il se disait prêt à démissionner personnellement et ajoutait : « Je ne suis ni un capitulard, ni un défaitiste, je suis simplement un homme qui a appris beaucoup pendant quatre années passées au front comme fantassin. »
Il assura, au cours de cette dernière législature la présidence de la commission des forces armées. Au moment de l’effondrement de la IIIe République, il vota les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Peu après, il participa aux débats pour la formation d’un parti unique autour de Déat, Paul Rives (dont il était très proche) et de Charles Spinasse. Le maréchal Pétain lui confia alors une mission d’enquête sur la situation économique du département du Rhône. Il écrivit dans le journal collaborationniste l’Effort, entre avril et octobre 1941, mais ses articles n’avaient pas de caractère politique direct et traitaient de questions économiques. Franc-maçon, il fut révoqué de ses fonctions de maire de Villefranche en 1941. À partir de ce moment, il se détacha nettement des milieux collaborationnistes. Le colonel Bressac, chef des réseaux Mithridate, et son adjoint le commandant Biche, témoignèrent qu’il avait appartenu à leurs services à partir de 1941, permettant d’organiser une résistance encore peu cohérente à ses débuts. En 1942, il participa à l’organisation d’un réseau de parachutage d’armes dans le Rhône et dans l’Ain.
Pourtant, à la Libération, le comité départemental et le comité local de Libération demandèrent qu’il reste inéligible, ne le connaissant pas comme résistant mais comme « propagandiste appointé » de Vichy. Le Jury d’honneur, présidé par René Cassin, le releva de l’inéligibilité le 19 septembre 1945, « Considérant qu’il est établi que l’intéressé a participé à cette lutte (contre l’ennemi ou l’usurpateur), ayant été intégré dès le début de 1942, à des services de résistance ; qu’il a participé à diverses missions de l’action secrète dans des conditions périlleuses ».
Chouffet fut candidat aux législatives de novembre 1946, où il dirigea une liste du « Regroupement socialiste et républicain, parti socialiste démocratique ». Il avait dirigé la Fédération du Rhône du Parti socialiste démocratique et souscrivit au journal de Paul Faure La République libre, de 1951 à 1958. Il fut réélu maire de Villeneuve en 1947 et 1953. Il gardait une grande influence dans le Beaujolais, mais ne pouvait se faire réélire député au scrutin départemental. Le congrès de la Fédération socialiste du Rhône, réuni le 30 janvier 1955 demanda, par 282 voix contre 32 et 99 abstentions, que son exclusion prononcée à la Libération soit relevée. La commission nationale des conflits affirma qu’il avait participé à la Résistance dès 1942 (réseau Mithridate) puis entretenu de bonnes relations avec les militants socialistes. Le conseil national du 15 décembre 1956 vota sa réintégration. Il avait été décoré de la Croix de guerre 1914-1918 avec Palmes et était titulaire de la Médaille militaire.
Villefranche-sur-Saône compte un stade et une école Armand Chouffet.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19967, notice CHOUFFET Armand, Pierre par Maurice Moissonnier, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 août 2015.

Par Maurice Moissonnier, Gilles Morin

Armand Chouffet
Armand Chouffet

ŒUVRE : Captivité et évasion, 1920. — Qui est-ce ?, 1934. — Les Parlementaires du Rhône à Vichy, 1944.

SOURCES : Arch. Nat., F/1a/3213. F/1cII/124. F/1cII/152. CAC, 19910564, art 11. CAC, 20010216/95, n° 2723/2. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 23, 31, 34, 87 (1946-1955). — Arch. OURS, dossiers Rhône et A9/45 mémoire de maîtrise ; 10-1-27. Arch. du Jury d’honneur. — Le Progrès, quotidien lyonnais, 29 octobre 1958. — Tout Lyon, revue lyonnaise, 30 octobre 1958. — Ph. Burin, La dérive fascite, Déat, Doriot, Bergery, 1933-1945, Seuil, 1986. — Noëlline Castagnez, Les Paul-Fauristes après la Libération, mémoire de maîtrise, Paris IV, 1987. — JO, 19 janvier 1946.

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