BLANCHON Émile, Aimable

Par Daniel Grason

Né et mort dans le Ve arrondissement de Paris : 11 septembre 1898 - 18 novembre 1947 ; membre de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) ; manutentionnaire ; communiste ; interné ; déporté à Sachsenhausen (Allemagne).

Émile Blanchon
Émile Blanchon

Fils de Camille, Victor, Aimable, quarante-ans, peintre en bâtiment et de Marie, née Lacombe, trente-quatre ans, Émile Blanchon obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Il s’engagea en 1917, participa aux combats de la Première Guerre mondiale.
Il épousa le 28 février 1920, Célina, Euphrasie Chassaing en mairie de Mahéru canton de Moulin-la-Marche (Orne). Le couple eut une fille, et habitait en 1935 au 51 rue Censier à Paris (Ve arr.). Membre de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) qui regroupait des ex. combattants de la Première guerre mondiale, il adhéra au Parti communiste dans l’enthousiasme du Front populaire.
Émile Blanchon travailla pendant onze ans aux usines Citroën. Après la déclaration de guerre en septembre 1939, il a été affecté spécial à la Société nationale de constructions aéronautiques du Centre (SNAC) au 45 rue de Silly à Boulogne (Seine, Hauts-de-Seine). Il travailla dès le 1er février 1940 au ministère de l’Éducation nationale affecté en tant que manutentionnaire au Secrétariat général à la jeunesse 47 bis rue des Vinaigriers à Paris (Xe arr.).
Le dimanche 31 mai 1942 jour de marché, des militants et militantes communistes se retrouvèrent vers 10 heures 30 rue de Buci dans le Ve arrondissement devant le magasin « Eco ». Ils voulaient ainsi protester contre le rationnement, des militantes s’emparèrent de boîtes de conserves et les distribuèrent aux ménagères, Madeleine Marzin prenait brièvement la parole. Des policiers en civils et en uniformes intervenaient immédiatement, des FTP qui assuraient la protection tirèrent, un brigadier des gardiens de la paix et un gardien de la paix furent tués.
Le 1er juin, Émile Blanchon était interpellé au moment où il se présentait 11 rue de la Clef (Ve arr.), il venait y garer sa bicyclette dans un garage dont il était sous-locataire avec Raymond Estrade et Emery Pluvinet. Henri Meunier possédait une clef du local. Tous les deux étaient impliqués dans l’action de la rue de Buci. Dans ce local les policiers venaient de saisir des tracts édités par le Parti communiste clandestin, et des stencils.
Lors de son interrogatoire dans les locaux des Brigades spéciales, des inspecteurs de la BS2 lui demandèrent son emploi du temps de la matinée du 31 mai. Il raconta qu’il s’était rendu à vélo au débit de tabac où il était inscrit au 35 rue de Rivoli (IVe arr.). Il présenta aux policiers sa carte qui portait le n° 1691. Avant d’aller au tabac, il s’arrêta au marché aux Oiseaux sur l’Ile de la Cité. Il y rencontra le fils de son chef d’équipe, échangea quelques mots poursuivit son chemin. À 9 heures 30, il demanda son tabac, refus.
Il fit demi-tour, emprunta le pont d’Arcole, le quai aux Fleurs, le pont de l’Archevêché, la rue des Bernardins, le boulevard Saint-Germain, il monta à pied la rue pentue du Cardinal-Lemoine, emprunta la rue Monge, puis rentra au garage de la rue de la Clef où il rangea son vélo, il était 9 heures 40.
Émile Blanchon rendit visite à sa nièce au 29 rue Mouffetard, resta une dizaine de minutes, demanda à son neveu Eugène s’il venait bien pour le repas du midi. Vers 10 heures 20, il partit vers la rue des Vinaigriers se rendit vers la brasserie Demory, rue Broca, sur le chemin il conversa quelques minutes avec un collègue de travail. Vers 10 heures 35, il s’attabla à la brasserie, y resta jusqu’à 11 heures 15.
Il se dirigea vers le domicile de sa belle-sœur au 45 rue Lacépède, arriva vers 11 heures 25 resta jusqu’à 11 heures 40, puis retourna chercher son petit-neveu rue Mouffetard. Tous deux arrivèrent pour le repas un peu avant midi.
La narration détaillée de sa matinée ne convainquit pas les trois inspecteurs de la BS2 qui l’interrogèrent. Frappé à plusieurs reprises il maintint « ne pas avoir été au courant d’une manifestation qui devait se dérouler rue de Buci. » Il concéda que « Meunier [avait] fait quelques allusions d’ailleurs très vagues à la nécessité d’une forme de gouvernement ouvrier-paysan. » Il affirma n’avoir « eu aucune relation suivie avec Meunier. » Il en était de même avec les colocataires du garage.
Lors des confrontations avec celles et ceux qui avaient été arrêtés, il n’en reconnut aucun. Des photographies lui furent présentées, il connaissait de vue [Maurice] Touati dont la mère vendait des fleurs rue Censier en face de son domicile.
Henri J… du Secrétariat général de la jeunesse écrivit le 25 novembre 1942 une lettre à l’avocat d’Émile Blanchon dans laquelle il faisait son éloge un « agent travailleur, sérieux et consciencieux » qui « n’a jamais tenu, au cours de son travail, des propos subversifs. »
Le 9 janvier 1943, une ordonnance de non-lieu fut prononcée, mais Émile Blanchon restait interné administrativement au dépôt. Le 30 janvier son épouse s’adressait au ministre, elle écrivait que son mari en désaccord avec ses amis de l’ARAC qui comptait « d’assez nombreux communistes » en démissionna plusieurs mois avant la déclaration de guerre, qu’il s’était engagé lors de la guerre 1914-1918 et qu’il avait été décoré. Elle attirait l’attention sur sa « santé très précaire » du fait « de lésions » aux poumons et au cœur. Elle soulignait que sa fille poursuivait des études primaires supérieures à l’École des Sœurs Sainte-Geneviève.
Enfin elle joignait plusieurs attestations dont celle d’Émile Nédélec, aveugle de guerre, décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre, quatre citations ex. Vice-Président de l’ARAC, présentement membre du Conseil national du Parti populaire français de Doriot, rédacteur au Cri du Peuple. Il écrivait : « Plusieurs mois avant la guerre il avait même donné sa démission de secrétaire de la 5e section de l’ARAC. » Il affirmait, que Blanchon « ne se livrait selon moi à aucune activité militante. » Il ajoutait en post-scriptum « Je me souviens avoir rencontré Blanchon à une assemblée locale de la 5e Section du Parti Populaire Français. »
Le 11 janvier 1943 Émile Blanchon était interné administrativement, et transféré au Centre des Tourelles le 25 février. Le cabinet du Préfet, dans une note du 23 mars affirmait : « En dépit de ses dénégations concernant sa participation à l’attentat de la rue de Buci, Blanchon ne pouvait ignorer l’activité révolutionnaire des militants communistes » impliqués « il connaissait certainement l’existence du dépôt de matériel de propagande clandestine. » En conclusion sa libération était jugée inopportune. La même mesure était prise à l’intention de Emery Pluvinet également salarié au Secrétariat général à la jeunesse.
Le 8 mai 1943 Émile Blanchon était dans le convoi de huit cent quatre-vingt-quatre hommes qui partit de Compiègne à destination de Sachsenhausen (Allemagne), les prisonniers arrivèrent le 10 mai au camp. Il fut affecté au Kommando de travail Heinkel. Une usine-camp entourée par des barbelés où alternaient les blocks des déportés et les halls de fabrication du constructeur d’avions Ernst Heinkel. Le camp comptait jusqu’à huit mille détenus en 1944. Il fut ramené à une date inconnue à Sachsenhausen.
Les 20 et 21 avril, trente-trois mille prisonniers durent quitter le camp à pied par groupes de quatre-cents. Des milliers d’entre eux ne survécurent pas à cette marche de la mort. Ceux qui ne pouvaient plus marcher étaient immédiatement abattus. Le 22 avril 1945 un détachement de l’armée Soviétique libéra le camp, il restait trois mille prisonniers dont mille quatre-cents femmes presque tous étaient mourants, malades…
Émile Blanchon matricule 66810 a été libéré le 5 mai 1945 à Parchim dans le Mecklembourg. Rapatrié, très affaibli par les épreuves Émile Blanchon ne survécut qu’une trentaine de mois, le 18 novembre 1947 il mourut à l’âge de 49 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199671, notice BLANCHON Émile, Aimable par Daniel Grason, version mise en ligne le 20 mars 2018, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Daniel Grason

Émile Blanchon
Émile Blanchon

SOURCES : Arch. PPo. GB 098, 1W 1330. – PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juin 1942. – Bureau Résistance GR 16 P 63758 (non homologué). – État civil numérisé V4E 8413 acte n° 2788.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 172

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