CHAGNEAU Marguerite née Sarrazin [Pseudonyme : Clarisse]

Par Daniel Grason

Née le 26 janvier 1900 à Tauriac arrondissement de Blaye (Gironde), morte le 15 juillet 1994 à Libourne (Gironde) ; sténodactylo et vendeuse ; militante du Comité féminin en faveur des emprisonnés politiques du XXe arrondissement de Paris ; résistante ; déportée.

Fille de Jean Sarrazin, carrier, et de Jeanne Gaignerot, sans profession, Marguerite Sarrazin obtint à l’issue de l’école primaire de CEP. Elle épousa le 24 août 1922 Jean, Raphaël Chagneau, instituteur, originaire de Tauriac. Le couple eut deux garçons, tous les deux nés à Tauriac Christian en 1923 et Jean en 1929. La famille demeurait depuis 1935 au 8 rue Louis-Ganne à Paris (XXe arr.).
Marguerite Chagneau exerçait la profession de sténodactylographe à la maison Girouy au 95 rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris (IVe arr.). Le 15 janvier 1942 vers 19 heures, elle quittait son travail, prenait le métro et se rendait place Gambetta (XXe arr.) où elle rencontra Victoria Barra qui vivait 33 rue Ramus dans le même arrondissement. « Ensemble » notèrent des inspecteurs des renseignements généraux « elles ont descendu la rue Belgrand jusqu’à la porte de Bagnolet, après une conversation de dix minutes environ, elles se sont séparées, puis sont rentrées à leur domicile respectif. »
Le 14 février, elle fut repérée alors qu’elle rencontrait vers 12 heures 45 deux femmes qui l’attendaient à la sortie du métro place Gambetta. Toutes trois devisèrent une dizaine de minutes, puis se séparèrent. Marguerite Chagneau empruntait l’avenue Gambetta en direction du cimetière du Père Lachaise. Trois inspecteurs des renseignements généraux l’interpellèrent le 28 février 1942. Son pseudonyme « Clarisse » figurait sur le carnet de Lucienne Lejeune où étaient notés deux rendez-vous avec elle les 10 et 31 janvier 1942, ainsi que le numéro de téléphone Dorian 68-07 de la boutique où elle travaillait.
Les policiers l’accompagnèrent à son logement vers 16 heures pour le perquisitionner, elle demanda aussitôt d’aller aux W-C, ils refusèrent. Marguerite Chagneau tenta de faire disparaître un carnet de souscription en faveur du comité féminin de l’arrondissement qui était dans son sac à main… sans succès. La perquisition de son domicile s’avéra infructueuse.
Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle fut interrogée. Elle affirma ne pas s’expliquer l’inscription du prénom de Clarisse sur le carnet de Lucienne Lejeune qu’elle ne connaissait pas.
Une lettre signée de Clarisse avait été saisie chez Cécile Josselovitz, le numéro de téléphone de l’employeur de Marguerite Chagneau y figurait. Elle reconnut l’avoir écrite et portée à Madeleine, elle affirma ignorer qu’il s’agissait de Josselovitz dont elle avait fait connaissance en faisant la queue chez des commerçants.
Les policiers lui rappelèrent que le 15 janvier elle rencontra Victoria Barra, femme de ménage qui demeurait 35 rue Ramus. Elle déclara la connaître que de vue, elle précisa « je ne connais aucune personne répondant au nom de Barra. » Le 14 février elle avait été vue vers 12 heures 45 place Gambetta en compagnie de deux femmes dont Henriette Kerman. Du tac au tac elle rétorqua « Je n’ai aucun souvenir de cette rencontre. De plus, je ne connais personne répondant au nom de Kermann. »
Le 5 mars une confrontation eut lieu entre Henriette Kermann et Marguerite Chagneau sur leur rencontre le 14 février Place Gambetta. La première déclara « Je ne peux pas dire exactement s’il s’agit de madame Chagneau ici présente. » La seconde répondit « Il est possible que j’ai serré la main à deux dames, au jour, à l’heure et au lieu que vous indiquez, mais je ne connais nullement la personne ici présente. »
Le même jour, elle affirma qu’avant sa confrontation avec Henriette Kermann, elle ne l’avait « jamais vue. » Quant au carnet de tickets qu’elle tenta de faire disparaître, elle affirma « Je pensais que leur détention pouvait m’être reproché par la police. » Elle se refusa à donner le nom de celle à qui elle l’acheta. Cécile Josselovitz confirma les propos de Marguerite Chagneau, il en fut de même de Lucienne Lejeune.
Enfin, sur un papier saisi dans la chambre louée par Lucienne Lejeune au 69 rue de l’Agriculture à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine), il était écrit « Chagneau ; 8 rue Louis-Ganne Esc. 38 – 5e gauche. » Le 7 mars 1942, Marguerite Chagneau a été inculpée l’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939.
Marguerite Chagneau était interrogée par un juge d’instruction le 24 mars 1942. D’emblée, elle déclara : « Je n’ai jamais appartenu au parti communiste et j’affirme que, depuis la guerre, je ne me suis livrée à aucune activité clandestine en faveur de ce parti. » Elle rencontra Cécile Josselovitz alors qu’elle faisait la queue chez divers commerçants. Elle reconnaissait avoir sympathisé avec elle quand elle lui confia « qu’elle venait en aide à des familles nécessiteuses. » Elle lui donna à plusieurs reprises « de l’argent pour les malheureux », mais affirma : « J’ignorais totalement que cette femme assurait la liaison entre le Parti communiste et le Comité mondial des femmes. » Elle reconnut lui avoir adressé la lettre saisie à Colombes et avoir rencontré Lucienne Lejeune dont elle connaissait le nom depuis son arrestation. Elle fit la connaissance de Victoria Bara également en faisant la queue chez des commerçants.
Incarcérées, le 27 juillet 1942 les militantes impliquées dans la même affaire comparaissaient devant la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris. Marguerite Chagneau a été condamnée à cinq ans de travaux forcés. Transférée à la Centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine), Marguerite Chagneau fut livrée aux allemands le 5 avril 1944, internée au Fort de Romainville.
Elle était dans le convoi de 417 femmes qui partit le 18 avril 1944 de la gare de l’Est pour Ravensbrück (Allemagne). Le convoi arriva le 22 avril, elle fut affectée dans le Kommando de travail de Helmstedt-Beendorf qui dépendait du camp de Neuengamme. Les détenues travaillèrent dans deux usines souterraines installées dans les mines de Beendorf et de Bartensleben, travaillaient notamment pour Siemens. Les ateliers étaient installés dans les galeries d’une mine à plus de quatre cents mètres de profondeur. Des pièces pour l’aviation et les V1 et V2 étaient fabriquées par les détenues qui travaillaient douze heures par jour.
Le 10 avril 1945, les détenues étaient évacuées et transportées dans un train de marchandises, le convoi après bien des arrêts (des femmes mourront de soif) arrivera le 20 ou 21 avril à Hambourg. La majorité des femmes quittera la ville le 1er mai dans un train de la Croix-Rouge suédoise. Le commandant du camp de Helmstedt-Beendorf et son adjoint ont été arrêtés et jugés, condamnés par un tribunal militaire britannique, le premier à quinze ans de prison. Anton Brunken, son adjoint était condamné à mort en 1946 et exécuté le 23 janvier 1947.
Elle fut rapatriée à une date inconnue. Sarrazin épouse Chagneau Marguerite a été homologuée au titre de la Résistance intérieure française (RIF).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199691, notice CHAGNEAU Marguerite née Sarrazin [Pseudonyme : Clarisse] par Daniel Grason, version mise en ligne le 19 février 2018, dernière modification le 19 février 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/54. – Arch. PPo. GB 063, BA 2056. – Bureau Résistance GR 16 P 536143. – AD Ille-et-Vilaine (notes d’Yves Boivin). – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Sites internet KZ-Gedenkstätte Neuengamme, KZ-Gedenkstätte Beendorf. — État civil.

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