VOSGUERITCHIAN/VOSGUIRITCHIAN Diran (Alexander, Joseph)

Par Astrig Atamian

Né à Diyarbékir en 1914, mort en 1992 ; Arménien originaire de l’Empire ottoman, au Parti communiste égyptien en 1928, en URSS de 1931 à 1936, au Parti communiste français en 1936, FTP-MOI.

Émigré en Égypte avec sa famille après la Première Guerre mondiale, Diran Vosguéritchian fréquenta l’école arménienne du Caire. Il y fit la connaissance de Haïg Tebirian et adhéra au Parti communiste égyptien un an après lui, en 1928. Au Comité central du PC égyptien à partir de 1929, Diran Vosguéritchian fut envoyé suivre les cours de l’École Léniniste Internationale à Moscou en juillet 1931. En 1933, il retrouva sur place Haïg Tebirian venu étudier à l’Institut Narimanov des Langues Orientales après avoir séjourné en RSS d’Arménie. En 1936, Diran Vosguéritchian fut envoyé en France afin d’encadrer la section arabe des cadres. Son parcours croisa une nouvelle fois celui de Haïg Tebirian. Tous deux furent hébergés dans une famille de militants communistes arméniens, les Bédanian, à Bagneux où ils intégrèrent la cellule locale du Parti communiste français avant de prendre contact avec la sous-section arménienne et le HOK (Comité d’aide à l’Arménie). Tout comme Haïg Tebirian, de par sa position de militant international, Diran Vosguéritchian avait dans un premier temps suscité la méfiance de David Davidian le secrétaire de la sous-section arménienne du Parti communiste français.
Le 28 février 1938, avant même le retour des radicaux au gouvernement, Diran Vosguéritchian fut visé par un arrêté d’expulsion. Le 29 septembre 1939, deux jours après la perquisition ayant visé l’association prosoviétique Union populaire franco-arménienne dont il était l’un des animateurs, Diran Vosguéritchian fut arrêté et interné au camp de Roland-Garros. Le 12 octobre 1939, il fut envoyé au camp du Vernet, et assigné au quartier C avec entre autres le Dr Haïg Kaldjian, son ami et secrétaire de l’Union populaire franco-arménienne, qui parvint à le guérir de la dysenterie. À l’instar de quelques amis Arméniens et Russes, Diran Vosguéritchian, fit le choix au printemps 1941 de partir travailler en Allemagne en vertu d’une disposition autorisant le recrutement de main d’œuvre parmi les internés étrangers. Peu après son retour à Paris en octobre 1942, il fut recruté par Missak Manouchian chargé de sélectionner les FTP-MOI arméniens à Paris. Diran Vosguéritchian ne fut que très peu sollicité sur le terrain puisqu’il ne prit part qu’à deux actions armées. À la chute des FTP-MOI parisiens en novembre 1943, il parvint à se cacher dans des familles arméniennes de la région parisienne avant de rejoindre la province. Diran Vosguéritchian qui œuvrait déjà au sein du « secteur russe » du Travail allemand sous la direction de Boris Matline, encadra à son arrivée en zone Sud les actions visant à faire déserter les prisonniers soviétiques enrôlés par les Allemands. Après avoir été envoyé à Lyon en mars 1944, Diran Vosguéritchian se rendit en mai dans le Gard puis en Lozère où il mit en place des équipes chargées de mener au maquis FTP du Collet de Dèze, au cœur des Cévennes, les légionnaires soviétiques stationnés à Mende. De retour à Lyon début août 1944, Diran Vosguéritchian (Commandant Joseph) forma avec une cinquantaine de combattants arméniens le détachement Manouchian qui fut ensuite reversé dans les FTP-MOI Carmagnole. Avant de pouvoir regagner Paris, Diran Vosguéritchian passa deux mois en Normandie près de Granville chez des paysans. À la Libération, il devint l’un des animateurs du Front national arménien (FNA) qui avait servi de base arrière aux Arméniens de la MOI depuis le printemps 1943 et qui sortait de la clandestinité. Son épouse Jebdoun (née Tchoukhassezian), agent de liaison pendant la guerre, fut quant à elle nommée vice-présidente de la Jeunesse arménienne de France (JAF), une organisation prosoviétique également issue de la Résistance. Affilié au CADI, le FNA ambitionnait de représenter l’ensemble de la communauté arménienne et œuvrait de concert avec les autorités soviétiques pour le rapatriement des Arméniens de France vers l’Arménie soviétique. Le FNA fut interdit en 1948 après l’organisation du départ d’environ 7 000 Arméniens en 1947. Par la suite, Diran Vosguéritchian conserva des relations privilégiées avec les représentants soviétiques en France et séjourna à plusieurs reprises en Arménie soviétique. Il était membre de la branche arménienne de l’ANACR. En 1974, il publia à Beyrouth ses « mémoires d’un franc-tireur arménien ». Cet ouvrage qui s’ouvrait sur l’Affiche rouge puis sur un portrait du Maréchal soviétique Bagramian faisait également place aux parcours prisonniers soviétiques ayant pris part aux combats de la Libération.
Devenu un compagnon de route de l’organisation se réclamant du marxisme-léninisme Libération arménienne, Diran Vosguéritchian apporta en 1984 son soutien aux quatre preneurs d’otage de l’ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) jugés en Cour d’assises pour avoir, le 24 septembre 1981, occupé le consulat de Turquie à Paris, tué un garde et grièvement blessé le vice-consul.
Bien que membre de la Commission nationale arménienne (CNA) du PCF, Diran Vosguéritchian fut courtisé par le Parti socialiste au cours des années 1980, à l’instar de son amie Mélinée Manouchian qui, par ailleurs, avait également été appelée à la barre pour témoigner en faveur des accusés au procès susmentionné.
Diran Vosguéritchian reçut le 12 janvier 1989 l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur des mains de François Mitterrand dans les salons de l’Élysée. Il mourut le 2 mars 1992. Il vivait à Issy-les-Moulineaux dans la région parisienne.
Il était chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199733, notice VOSGUERITCHIAN/VOSGUIRITCHIAN Diran (Alexander, Joseph) par Astrig Atamian, version mise en ligne le 3 février 2018, dernière modification le 3 février 2018.

Par Astrig Atamian

ŒUVRE : Diran Vosguéritchian, Hay artsagazeneri me houchére (Les mémoires d’un franc-tireur arménien), Beyrouth, Doniguian, 1974. 

SOURCES : RGASPI, Moscou, 495 270 8076. – Archives de la Préfecture de police, Paris, BA 2146. – Archives du PCF, Bobigny, fonds de la CNA. – Hay Baykar (Lutte arménienne) n°68, 23 février 1984.

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