CHOURY Maurice. Pseudonyme : LECHAUD ou LECHAUX

Par Antoine Olivesi, Gérard Leidet

Né le 9 janvier 1912 à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 7 novembre 1969 à Paris ; militant communiste ; rédacteur en chef de l’Avant-Garde  ; résistant ; rédacteur en chef de l’Humanité dimanche ; historien.

Maurice Choury, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation
Maurice Choury, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation

Issu d’une famille ouvrière, militant des Jeunesses communistes, Maurice Choury entra à la direction du mouvement lors du congrès extraordinaire d’Ivry-sur-Seine en février 1934. Autodidacte, il fut pendant six ans rédacteur en chef de l’Avant-Garde où il signa parfois de son pseudonyme, Léchaud, tout en collaborant à l’Humanité. Choury fit partie de la délégation française au IIe congrès mondial de la Jeunesse réuni en août 1938 à Vassar College (près de New York).
Mobilisé en 1939, il fut envoyé sur le front en Alsace et en Lorraine où il fut fait prisonnier. Libéré au titre du corps sanitaire, il devint, selon le témoignage de sa fille Isaline Amalric Choury, militant communiste clandestin à Paris en 1940, puis résistant à Marseille en 1941.
À la fin de l’année 1942, afin de rejoindre sa belle-famille, Maurice Choury regagna la Corse devenue sa terre d’adoption depuis son mariage avec Emma Perini, (voir Emma Choury - dont la sœur Vincentella, qui se faisait appeler Danielle, avait pris le nom de Danielle Casanova depuis son mariage avec Laurent Casanova en 1933.

Il dirigeait le secteur d’Ajaccio du Parti communiste quand, en avril 1943, Henri Maillot (pseudo Lorraine) lui demanda de prendre en main la réorganisation du Comité d’arrondissement du Front National qui compta 21 terrains de parachutage et 1881 combattants instruits et armés. En effet, à la suite de la conférence clandestine du Front national tenue à Porri, au printemps 1943, il devint membre, en juin, du comité départemental de ce mouvement et responsable politique et militaire de la zone sud de la Corse (Ajaccio-Sartène). Maurice Choury contribua à déplacer l’axe de lutte du Front National, jusqu’alors tourné contre les Italiens, vers les hitlériens, et à œuvrer au ralliement des soldats antifascistes italiens, qui allaient constituer un renfort appréciable lors des combats de la Libération. Dans le même temps, il organisa la propagande, la diffusion de tracts et essaya d’amener des soldats italiens à se dresser contre le fascisme.
Mais, après la mort d’un cheminot résistant Louis Frédiani, abattu par une sentinelle italienne à Ajaccio le 29 mai 1943, il organisa le jour des obsèques un défilé de deux mille personnes. Choury rédigea les arrêtés préfectoraux consacrant l’insurrection qui seront, le jour venu, contresignés par le préfet Pelletier, ainsi que l’ordre d’insurrection dans la Corse du sud, en septembre 1943.
Le 24 août 1943, il développa dans une longue lettre à ses camarades du Comité départemental une analyse lucide de la situation politique et militaire. Il y faisait le procès de l’attentisme et développa l’idée que la libération de la Corse devait être l’œuvre des Corses eux-mêmes. Il proposa la création d’une Assemblée départementale élue au suffrage direct et la constitution du Comité départemental du Front national en Conseil de préfecture. Le Comité départemental, réuni à sa demande, le 26 août à Ajaccio, décidait que l’insurrection serait déclenchée en cas de capitulation italienne et le chargea de rédiger les instructions relatives à la prise de pouvoir et à la mobilisation avec Pierre Pagès, époux de Renée Perini, sœur de Danielle Casanova et D’Emma Choury. Renée Perini (épouse) Pagès, dirigeante des comités populaires de femmes dans la clandestinité, qui fut ensuite, le 9 septembre la première femme dans l’histoire de la République à être élue au Conseil municipal d’Ajaccio.
Le 8 septembre, à l’annonce de la capitulation italienne, Maurice Choury réunit le Comité d’arrondissement et le Comité cantonal d’Ajaccio afin d’organiser l’insurrection. Dans la nuit, il rédigea l’ordre d’insurrection qui fut acheminé aux cantons et les arrêtés préfectoraux proclamant le rattachement de la Corse à la France Libre, qu’il fit signer le lendemain au préfet Pelletier à la tête d’une « irrésistible marée humaine ».
Le 9 septembre 1943, il participa à la libération d’Ajaccio et prononça un discours à l’Hôtel de Ville appelant à l’insurrection générale contre les Allemands ; une journée longuement évoquée plus tard dans son livre Tous bandits d’honneur ! : « À 10h, nous entrons à Ajaccio au milieu des acclamations. Des drapeaux surgissent de chaque portail. Le cortège se transforme en une irrésistible marée humaine » Avant d’entrer à la préfecture pour procéder à la destitution du préfet de Vichy, au nom du Comité départemental du Front National, Maurice Choury, juché sur le toit d’une ambulance, proclama le ralliement de la Corse à la France libre et lança l’ordre d’attaque contre les Allemands : « Patriotes de Corses, aux armes contre Hitler ! Soldats italiens, avec nous contre l’ennemi de l’Europe ! », puis il conclut son intervention : « Fiers d’être le premier département français libéré, nous marcherons vers la libération totale de la patrie et alors je vous le dis, l’Aigle volera à nouveau de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame ». Lancé à Ajaccio, cet ordre d’insurrection fut simultanément transmis aux comités d’arrondissement de Sartène, de Corte et de Bastia ainsi qu’aux comités cantonaux de l’arrondissement d’Ajaccio. Les délégués du Front national pénétrèrent alors dans la préfecture. Ils en ressortirent un quart d’heure après, l’insurrection avait triomphé. Le Comité départemental du Front National fut institué en Conseil de préfecture, et Maurice Choury rédigea les arrêtés consacrant l’insurrection qui furent contresignés par le préfet Pelletier.

Lieutenant-Colonel FFI, il refusa en juillet 1944 un poste de préfet sur le continent et s’engagea dans l’armée. Appelé à siéger au conseil municipal d’Ajaccio après la Libération, il installa Le Patriote, journal clandestin, dans les locaux réquisitionnés de La Dépêche de la Corse. Maurice Choury était membre du conseil de préfecture et du Comité départemental de Libération mis en place en octobre par le Gouvernement d’Alger. Son ouvrage Tous bandits d’honneur, publié en 1956, retraça le combat des résistants corses. Il rendait ainsi hommage à ses camarades de combat en écrivant ce livre qui sera longtemps l’ouvrage de référence sur l’histoire de l’occupation et de la libération de la Corse, avant la parution du livre collectif dirigé par Hélène Chaubin.
Mais, dix ans plus tôt, il avait été averti par le secrétariat et critiqué sévèrement par André Marty pour la publication d’un texte sur la libération de la Corse. Dans une lettre envoyée à Maurice Thorez le 12 juillet 1946, l’ancien dirigeant du Parti communiste à Alger écrivait : « Je tiens à faire observer qu’il me paraît indispensable de maintenir l’uniformité des décisions pour tous les Ministères, afin d’éviter de créer des frictions. Or il est bien évident que si on relève Cliques par exemple, il faut également relever Choury. Car Choury, comme membre du Parti, a publiquement accompli un acte de falsification de la ligne du Parti par l’édition de son document illustré sur la Corse. Il connaissait cependant très nettement la ligne du Parti puisqu’elle a été imprimée dans Sept ans de lutte (rapport au 10e Congrès). Il est évident que le fascicule Choury-Giovoni est un document fractionnel qui visait uniquement à attaquer certains camarades. En toute justice communiste, il devrait être relevé avant Cliques et avant Nesk, qui sont incomparablement moins fautifs que lui. Propositions : maintenir Cliques et Nesk au cabinet Tillon, faire remplacer Nesk. Faire observer à Choury que l’avertissement décidé par le secrétariat sera le dernier. Il y a urgence à prendre une décision pour que le ministère intéressé fasse passer ces nominations à l’officiel. » (Arch. Thorez, carton 626AP/284, dossier « André »).

Démobilisé, revenu sur le continent à la Libération de la France, Maurice Choury redevint journaliste. Il dirigea La Victoire à Bordeaux, puis, à Paris, l’Union française d’information qui travaillait pour la presse communiste, et, enfin, participa à la création de l’Humanité dimanche.
Homme de culture et d’engagements, Maurice Choury consacra plusieurs livres à la Commune de Paris, aux grognards, à Courbet, à Rimbaud… Il participa, notamment, (avec Pierre Angrand, Jean Bouvier, Henri Dubief, Jeanne Gaillard et Claude Perrot) à la deuxième édition, revue et complétée, de l’ouvrage dirigé par Jean Bruhat, Jean Dautry, et Emile Tersen, La Commune de 1871 (Éditions sociales, 1970) sans pouvoir assister cependant à la parution de l’ouvrage, prévue pour les commémorations du centenaire de la Commune. Il fut le second membre de l’équipe d’historiens (peu après Jean Dautry décédé en 1968) qui disparaissait à la veille de l’édition du livre. Maurice Choury succomba en effet à une crise cardiaque le 7 novembre 1969 au cours d’une conférence qu’il donnait à la Maison des Jeunes d’Ivry, avant de pouvoir réaliser son rêve de revenir s’installer à Ajaccio, dans cette Corse qu’il avait si passionnément aimée.
En juillet 1970, Jean Bruhat, dans l’avant-propos de l’ouvrage rendit hommage à son travail d’historien, et salua sa mémoire : "Après Jean Dautry qui avait été l’un des maîtres d’œuvre de cette entreprise, le destin a frappé Maurice Choury qui s’imposait de plus en plus comme un des historiens les plus avertis des hommes et des choses de la Commune. Il avait eu la gentillesse de revoir notre texte et l’on a retrouvé sur son bureau de très utiles remarques dont il devait s’entretenir avec moi. C’est un devoir pour nous que d’ajouter son nom à la liste des collaborateurs de cette Commune de Paris".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19974, notice CHOURY Maurice. Pseudonyme : LECHAUD ou LECHAUX par Antoine Olivesi, Gérard Leidet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 février 2021.

Par Antoine Olivesi, Gérard Leidet

Maurice Choury, photographie de sa fiche de police sous l'Occupation
Maurice Choury, photographie de sa fiche de police sous l’Occupation

ŒUVRE : Parallèlement à sa carrière journalistique, il fit œuvre d’historien en publiant
Vendetta, Editions France D’abord, 1950, [rééd. Alain Piazzola, 2013]. – Tous bandits d’honneurs ! Résistance et libération de la Corse (juin 1940-octobre 1943), préface d’Arthur Giovoni, Editions sociales, 1958, [rééd. Alain Piazzola, 2011]. – Les Origines de la Commune, Paris livré, Éditions sociales, 1960 – La Commune au quartier Latin, Amis du livre progressiste, 1961 – Eugène Pottier, auteur de l’Internationale, Amis de la Commune, 1966. – La Commune au cœur de Paris, Éditions sociales, 196. – Les Grognards et Napoléon, Librairie académique Perrin, 1968. – 1871, les damnés de la terre, Tchou, 1969. – Bonjour, monsieur Courbet, Éditions sociales, 1969. – Les Poètes de la Commune, Éditions Seghers, 1970. – Les Cheminots dans la bataille du rail, Librairie académique Perrin, 1970 – Le Paris communard, Librairie académique Perrin,1970. – Participation à la deuxième édition de l’ouvrage collectif La Commune de 1871, Jean Bruhat, Jean Dautry, Emile Tersen, Éditions sociales, 1970.
Fonds Maurice Choury
à découvrir sur www.bdic.fr/pdf/Fonds_Maurice_Choury.pdf
Issu du don que fit la famille de Maurice Choury à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, ce fonds constitue un ensemble de près de 400 monographies et périodiques.

SOURCES : Arch. Thorez. — Le Monde, 9-10 novembre 1969. — J. Varin, Jeunes comme JC, op. cit. Le Mémorial des Corses, op. cit., t. 4, p. 449, 463, 469, 474, 475 et 505. — L’Humanité-Dimanche 9 novembre 1969. — L’Humanité, 8 novembre 1969. — Renseignements fournis par son épouse, Emma Choury. — RGASPI, Moscou, archives biographiques du Komintern, 495 270 8461. — Jean Bruhat, Jean Dautry, et Émile Tersen (dir.), La Commune de 1871, deuxième édition revue et complétée, Editions sociales, 1970. — Témoignage de sa fille Isaline Amalric Choury (« Portrait intime ») http://www.tousbanditsdhonneur.fr/maurice-choury-biographie.html

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