MALLET Jean, Germain, Émile, Eugène alias « Toubib », « Martignac » dans la Résistance

Par André Balent

Né le 20 juin 1916 à Bourges (Cher), mort le 12 avril 1944 à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) des suites d’une blessure reçue le 30 mars 1944 en action de combat ; docteur en médecine à Toulouse (Haute-Garonne) ; résistant de la Haute-Garonne, de l’Hérault, de l’Ardèche et du Gard ; fondateur puis dirigeant (1943-1944) du maquis Bir Hakeim [du Languedoc] de l’Armée secrète (AS)

Jean Mallet était le fils de François, Joseph, médecin et d’Eugénie, Léonie L’Herminier, âgés respectivement de quarante et trente-et-un ans en 1916. Si leur fils naquit à Bourges, le couple était domicilié 21 avenue d’Orléans à Paris (14e arrondissement).

Il fit ses études de médecine à la faculté de Médecine et de Pharmacie de Toulouse (Haute-Garonne). Après avoir été reçu docteur, il s’établit à Toulouse où il résidait en 1943 au n° 12 des actuelles allées François-Verdier.

Jean Mallet s’est marié le15 novembre 1939 à Tours (Indre-et-Loire) avec Alice, Jeanne Laporte originaire des Cévennes gardoises où Jean Mallet noua des contacts qui furent utiles lorsque le maquis Bir Hakeim dont il était l’un des cadres fut actif et présent dans cette région.

Jean Mallet fit partie du noyau toulousain des proches amis de de Jean Capel, résistant du mouvement Combat qui, dès la fin de 1942, entreprit de mettre en place le maquis Bir Hakeim : sa femme Suzy Darrénougué*, son beau-frère Albert Darrénougué, un ami d’enfance l’instituteur montpelliérain Georges Couci*, Marcel de Roquemaurel* élève de l’École navale et son frère Christian de Roquemaurel alias « RM » maréchal des logis d’un régiment de cavalerie de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Ils rassemblèrent des réfractaires toulousains du STO, en particulier des étudiants dont certains, catholiques, étaient soutenus par des prêtres.

Mallet a pu rester à Toulouse où Bir Hakeim avait constitué un corps franc urbain placé sous l’autorité d’Albert Darrénougué, le beau-frère de Capel alias « commandant Barot ». Mais il a fait partie, assez rapidement, de l’état-major installé dans le château d’Auriac-sur-Vendinelle (Haute-Garonne), dans le Lauragais, que le maire de la commune avait mis à la disposition de Bir Hakeim.

Au début du mois de novembre 1943, alors que le groupe maquis principal, dispersé après le combat de Douch, dans l’Hérault (Voir Rosis, Hameau de Douch (10 septembre 1943)) s’était déplacé en octobre dans les Basses-Pyrénées à Benou, près d’Eaux-Bonnes, dans la vallée d’Ossau, l’état-major de Bir-Hakeim (Capel, Georges Couci et Jean Mallet) déménagea 14 rue Mareschal à Montpellier (Hérault), ville que Georges Couci qui y résidait connaissait très bien. Bir Hakeim qui dépendait jusque-là de l’AS de la R 4 passa sous l’autorité de l’AS de la R 3 (Montpellier) et de son chef, André Pavelet. Bir Hakeim conservait cependant le groupe franc de Toulouse et un point d’appui à Auriac (Haute-Garonne). Bir Hakeim absorba alors plusieurs formations de l’AS héraultaise : groupes de l’AS autour de Clermont-l’Hérault animés par le capitaine Paul Demarne qui devint bientôt l’un des principaux lieutenants de Capel ; groupe franc montpelliérain d’Eugène Donati ; maquis AS de la Vacquerie (au-dessus de Lodève, sur le Larzac méridional) commandé par Maurice Allion.

Jean Mallet prit la direction d’un nouveau corps franc urbain de Bir Hakeim à Montpellier qui absorba bientôt celui, préexistant, de l’AS dirigé par Eugène Donati et un de ses adjoints, Albert Uziel, né le 22 janvier 1923 à Paris dans une famille juive d’origine ottomane.

Le 25 février, contacté depuis Privas, un des chefs de Bir Hakeim accompagné de trois hommes armés de mitraillettes se serait rendu dans cette ville afin de négocier, grâce à l’entremise de la Résistance locale, avec la Gendarmerie. Demontès indique dans son ouvrage publié deux ans après les faits que le chef de Bir Hakeim dépêché à Privas était "Le Docteur" ["le Toubib"]. Il ne peut s’agir que de Jean Mallet, le seul des cadres du maquis à porter ce pseudonyme. Mallet ne resta toutefois pas dans le cantonnement ardéchois de Bir Hakeim.

Dès le 26 février 1944, en effet, Mallet se trouvait à La Vacquerie (Hérault) et reçut l’ordre de se rendre au mas de Serret (commune de Labastide-de-Virac (Ardèche), sans doute pour renforcer les effectifs du maquis principal, avec quelques hommes du maquis secondaire de Bir Hakeim de La Vacquerie. Mallet partit le 29 avec Demarne, Marcel de Roquemaurel*, des maquisards et Nougaret, déserteur de Bir Hakeim que l’on ramenait au camp principal afin qu’il fût jugé. À Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard), leurs véhicules furent interceptés par les Allemands. Les maquisards forcèrent le passage, tuèrent un Allemand et en blessèrent deux autres. Trois maquisards furent tués, mais les autres purent se disperser. Toutefois, un « biraquin », Roger Rosse* fut tué et deux autres — Fortuné Donati, fils d’Eugène Donati, un des cadres de l’AS héraultaise passé à Bir Hakeim et Albert Lévêque — et blessés, puis exécutés par pendaison à Nîmes (Gard). Nougaret réussit à s’enfuir et après s’être mis au service des Allemands, permit le démantèlement du maquis de La Vacquerie.

Ayant retrouvé Demarne, et l’ayant informé de la trahison de Nougaret, ils partirent tous deux à La Vacquerie afin d’organiser rapidement l’évacuation des lieux. Ils purent récupérer le matériel et les jeunes réfractaires qui s’y trouvaient, mais ne purent empêcher l’arrestation de la femme de Maurice Allion, de sa bonne et de Segorb, un domestique, et du maire (Milhau). Les Allemands pillèrent le village. Maurice Allion qui avait pu s’échapper réussit à gagner Montpellier, où, reconnu, il fut arrêté le 4 mai et déporté à Buchenwald.

Après cet épisode, Jean Mallet, resta, à la différence de Demarne — appelé dans le Gard rhodanien puis dans les Cévennes lozériennes auprès du groupe maquis principal dont il devait assurer l’instruction — dans la région de Clermont-l’Hérault. Un petit maquis, toujours lié à Bir Hakeim, se reforma à La Vacquerie.

Mais, en mars, Jean Capel alias « Barot » qui se trouvait alors à la Picharlarié (commune de Moissac-Vallée-Française, Lozère) confia à Mallet une mission délicate : tuer le traitre Loubet, un ancien condisciple de Marcel de Roquemaurel* au lycée de Pau (Basses- Pyrénées). Ce dernier avait retrouvé de Roquemaurel* à Pont-Saint-Esprit alors que Bir Hakeim stationnait dans Gard rhodanien puis en Ardèche méridionale. Faisant semblant de sympathiser avec son ancien condisciple béarnais devenu maquisard, Loubet en profita pour pénétrer les milieux de la Résistance spiripontaine et recueillir des informations sur Bir Hakeim. Mais la radio de Londres informa que Loubet, déguisé en réfractaire avait trahi la résistance et l’organisation de Bir Hakeim. Étant démasqué, il quitta le Gard et alla se réfugier dans les Hautes-Pyrénées, en Bigorre. Ayant eu connaissance de son lieu de « planque », Capel prit la décision de « liquider » le traitre, soit en l’exécutant sur place, soit en le ramenant vivant à la Picharlarié afin qu’il y fût jugé. Il aurait promis d’envoyer à Pierre Marty, intendant régional de Police de Montpellier, la tête du traitre Loubet. À cet effet, il dépêcha quatre hommes — parmi lesquels Max Guillon et Roland Ferracci, de la Brigade Montaigne (AS) qui venait de s’agréger à Bir Hakeim à la Picharlarié. Ils furent libérés le 15 août 1944 par les FTPF de Bigorre et poursuivirent leur combat résistant dans leurs rangs — depuis la Picharlarié qui passèrent par La Vacquerie où Jean Mallet se joignit à eux. Ils gagnèrent sans encombre Bagnères-de-Bigorre où ils arrêtèrent Loubet et l’emmenèrent au restaurant manger avec eux. La police les surprit, Loubet s’enfuit. Mallet fut grièvement blessé, les autres furent faits prisonniers et transférés à la prison de Tarbes (1er avril 1944). Mallet fut délivré par des maquisards et amené dans une maison amie de Bagnères-de-Bigorre où il devait mourir des suites de ses blessures le 12 avril 1944 (état civil de Bagnères : Maruéjol et Vielzeuf op. cit. p. 99 et Brès op. cit.p. 171, écrivent que Mallet mourut le 23 avril). Dès qu’il apprit l’arrestation des quatre « biraquins » et la situation de son ami Jean Mallet, Capel, accompagné de Christian de Roquemaurel*, d’une quarantaine de maquisards, partit avec deux automobiles, deux camions et une ambulance afin de les « récupérer ». Lorsqu’ils arrivèrent à Toulouse, Capel fut informé de la capture des quatre et de l’impossibilité d’attaquer la prison de Tarbes. Rassuré, sur le sort de Mallet qu’il savait en de bonnes mains, Capel décida de revenir à la Picharlarié.

Jean Mallet fut homologué capitaine des Forces françaises libres. Le nom de Jean Mallet est inscrit sur les monuments suivants : le monument aux morts de Saint-Sébastien d’Aigrefeuille (Gard), la commune cévenole de son épouse ; sur le monument en mémoire des résistants morts de/à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) où sont gravés les mots suivants : « Aux soldats de la Résistance morts pour la Patrie - Leur vie fut humble leur mort héroïque » ; sur plaque commémorative de la faculté de Médecine et de Pharmacie de Toulouse ; sur le monument mémorial de Mourèze (Hérault) érigé à la mémoire des combattants de Bir Hakeim exécutés par les Allemands ou les vichystes et celle de ceux d’entre eux qui furent tués au combat entre septembre 1943 et août 1944. Sur ce monument, il figure avec les cadres de Bir Hakeim en tête de la liste des morts de ce maquis.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article199952, notice MALLET Jean, Germain, Émile, Eugène alias « Toubib », « Martignac » dans la Résistance par André Balent, version mise en ligne le 8 février 2018, dernière modification le 5 novembre 2019.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Bagnères-de-Bigorre, acte de décès de Jean Mallet (transcription d’un jugement du tribunal de Bagnères-de-Bigorre) et mentions marginales. — Arch. com. Bourges, 3 E 5947, état civil, acte de naissance de Jean Mallet et mention marginale. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [En particulier, p. 93]. — Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, Les Presses du Languedoc / Max Chaleil Éditeur, 1987, 350 p. [p. 171, p. 201 (note)]. — A. Demontès, L’Ardèche martyre : crimes commis par les Allemands ou leurs serviteurs en violation du droit international, public, les années sanglantes de 1942 à 1945, préface du docteur Charles Grand, Largentière, Imprimerie Mazel, 1946, 255 p. [« Le massacre des Crottes », pp. 43-50]. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972, 251 p. (cf. notamment : p. 9, p. 29-30 sq., pp. 34-35, p. 59, pp. 67-69, p. 71, pp. 80-81 pp. 98-99]. — Site MemorialGenWeb consulté le 5 février 2018.

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