CHRISTOPHE Roger, Maurice, Edmond

Par Jean-Michel Brabant

Né le 1er février 1897 à Capdenac-Gare (Aveyron), mort le 17 novembre 1969 à Chevilly-Larue (Val-de-Marne) ; ingénieur des Arts et métiers ; militant du Comité de la IIIe Internationale, militant communiste puis trotskiste.

Roger Christophe naquit dans un milieu modeste : son père, Léon Christophe, fut chauffeur et ajusteur-chaudronnier au dépôt de locomotives de Capdenac-Gare (Aveyron) et sa mère, Justine, Victoria Naud, travaillait dans l’épicerie pour combler les manques à gagner du ménage. Encore adolescent, Roger Christophe entendit avec passion Jaurès venu parler dans sa région.

Après avoir cherché à s’engager à la déclaration de guerre, Roger Christophe fut admis à l’École nationale des Arts et métiers de Cluny (Saône-et-Loire). Lors de la fermeture de cette école, il dut s’embaucher en 1915 et 1916 chez Farman puis chez Voisin dans la banlieue parisienne. Incorporé finalement dans les détachements en usine, il prit bientôt position pour les Zimmervaldiens et les Kienthaliens. Il adhéra dès sa création au groupement des étudiants révolutionnaires.

Il se maria le 25 août 1919 avec Augusta, Germaine, Émilie Caminade (voir Germaine Christophe) à Sénouillac (Tarn).

Démobilisé en septembre 1919, il rejoignit de nouveau, grâce à une Bourse, l’école de Cluny. Il adhéra alors à la section locale du Parti SFIO. Lors des grèves de 1920, il dut, alors qu’il était en contact avec le syndicat des cheminots du nœud ferroviaire de Chauny (Saône-et-Loire), lutter activement à l’école pour enrayer le mouvement des jaunes qui se dessinait chez les élèves. Les grèves valurent au beau-père de Roger Christophe sa révocation, tandis que son père partait à la retraite. À cette époque, Roger Christophe militait au Comité de la IIIe Internationale et soutint la création de la section française de l’Internationale communiste.

Devenu ingénieur, il fut embauché aux usines du Saut-du-Tarn à Saint-Juéry près d’Albi (Tarn) en 1922. Il démissionna avant d’être congédié pour son action militante et se chargea alors de la direction de la « Guilde du Bâtiment et des Travaux publics de la XVIIe région » (Touraine) avant que celle-ci ne fût déclarée en faillite en 1924. _ Embauché à la Thomson-Houston à Neuilly-Plaisance (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), Roger Christophe continua à militer pour le Parti communiste. Devenu responsable du sous-rayon de Nogent-le-Perreux, il côtoyait beaucoup d’immigrés italiens, nombreux dans la région. En 1926, il tomba gravement malade au point d’être remplacé par sa femme à la direction du sous-rayon. En avril 1928, Christophe s’installa à Villejuif et devint, à la demande du PC, agent-voyer à la municipalité, renonçant ainsi à s’embaucher chez Panhard.

Son désaccord avec le PC commença alors à s’affirmer nettement lors de l’application de la tactique « classe contre classe ». Se rapprochant de plus en plus des thèses développées par Trotsky, il déclara au moment de son exclusion être d’accord avec Trotsky depuis 1926. En avril 1933, la conférence du 4e rayon l’exclut et Maurice Thorez participa en personne à la procédure. Les réactions furent vives : lors du vote plusieurs délégués s’opposèrent à l’exclusion de Christophe et de ses camarades alors que d’autres s’abstenaient. De nombreux militants du PC furent exclus ou démissionnèrent à cette occasion. Roger Christophe quitta alors son travail à la mairie.

Adhérant à la Ligue communiste, il envisagea un court moment de servir de secrétaire à Trotsky qui résidait alors en Turquie. Roger Christophe retomba à ce moment gravement malade et, après trois mois de fièvre et d’hémoptysies graves, il entra dans un sanatorium des Alpes. Il y continua son travail militant et La Vérité publia en mars 1934 une résolution rédigée par lui, signée par les malades et le personnel du sanatorium et réclamant l’unité ouvrière antifasciste. Il fut rejoint en 1935 par Claude Naville qui l’aida dans son travail politique. Lorsque la Ligue communiste adhéra au Parti SFIO en septembre 1934, Christophe aurait désapprouvé cette décision.

De retour à Paris en juillet 1936, il ne semble pas que Roger Christophe - bien que demeurant sympathisant - ait repris une place active dans les rangs de l’organisation trotskiste, déchirée par les luttes de tendances internes. Cependant un Christophe et une Germaine figuraient au comité central du Parti ouvrier internationaliste (POI) unifié en juin 1936. S’agit-il de Roger et Germaine Christophe ? Redevenu correcteur en 1937, membre du syndicat CGT de la corporation, il fut, dans les dernières années de l’avant-guerre, en contact avec les milieux de La Révolution Prolétarienne. Travaillant sous l’Occupation dans des centres d’apprentissage et devenu enseignant, il adhéra après la Libération au syndicat autonome de l’Enseignement technique dont il resta membre jusqu’à sa retraite.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article19998, notice CHRISTOPHE Roger, Maurice, Edmond par Jean-Michel Brabant, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Jean-Michel Brabant

SOURCES : Arch. Nat., F7/13119, mars 1930. — La Vérité, 14 avril, 6 octobre 1933 ; 2 mars 1934. — L’Internationale, 1er août 1934. — S. Ketz, De la naissance du GBL à la crise de la section française de la LCI (1934-1936), mémoire de maîtrise, Paris I, 1974. — État civil de Capdenac-Gare, 1897, Naissances, Acte n°40 (mariage et décès mentionnés en marge) (Filae). — Témoignage de Germaine Christophe, 1970. — Notes de Renaud Poulain-Argiolas.

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