LAMBERT Aimé, Thomas, Germain

Par Michel Thébault

Né le 15 septembre 1874 à Crottet (Ain), guillotiné après condamnation à mort le 3 décembre 1943 à Wolfenbüttel (Allemagne) ; moine bénédictin, bibliothécaire de l’abbaye de Ligugé (Vienne) ; résistant réseau Renard.

Aimé Lambert était né à la limite du département de l’Ain, en face de Mâcon, de l’autre côté de la Saône. Il était le fils d’Aimé Lambert, âgé de 43 ans à sa naissance, aubergiste traiteur et de Marie Dumont âgée de 34 ans, ménagère, tous deux domiciliés dans le quartier de la gare de Crottet. Il fit des études secondaires au petit séminaire de Meximieux (Ain), dépendant du diocèse de Belley puis entra au grand séminaire à Brou (Ain) pour ses études de philosophie et théologie. S’orientant vers la vie monastique, il choisit d’entrer dans la congrégation des Augustins de l’Assomption (Assomptionnistes) à Livry-en-l’Aunoy, aujourd’hui Livry-Gargan (Seine-et-Oise, aujourd’hui Seine-Saint-Denis) où il prit l’habit monastique en août 1895. Il fut envoyé à Rome poursuivre ses études de théologie à l’Angelicum (Université Angélique, c’est-à-dire l’université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin).

Revenu en France il choisit d’entrer en septembre 1897 à l’abbaye bénédictine de Ligugé (Vienne) à proximité de Poitiers, où il fit sa profession le 8 septembre 1899. Les années suivantes, pendant plus de trente ans furent marquées par des séjours plus ou moins longs dans plusieurs monastères européens, à Chevetogne près de Namur (Belgique), à Farnborough (Royaume-Uni) en 1901 pour aider la fondation récente dans ses travaux historiques. Il acquit pendant toutes ces années une formation approfondie en matière de critique historique. Son plus long séjour se déroula de 1906 à 1935 en Espagne à l’abbaye de Cogullada (abbaye liée à Ligugé). Fondateur d’une importante bibliothèque, auteur d’ouvrages sur l’histoire de l’imprimerie en Aragon, collaborateur de nombreuses revues historiques et d’encyclopédies, il fut aussi un protagoniste important de l’influence française en Espagne pendant la première guerre mondiale. Il rentra en France en novembre 1935, rejoignant l’abbaye de Ligugé dont il devint le bibliothécaire. Entretenant des liens étroits avec l’Université de Poitiers il réorganisa profondément la bibliothèque de Ligugé.

Pendant la seconde guerre mondiale, l’abbaye de Ligugé devint un foyer de Résistance, cachant dès l’été 1940 des matériels abandonnés de l’armée française (qui serviront à l’été 1944 à équiper les FFI). Les actions les plus importantes furent la participation à des filières d’évasion, le monastère cachant les personnes menacées avant de leur faire franchir à l’aide d’un réseau de curés de campagne la ligne de démarcation (l’exemple le plus célèbre est celui de Robert Schumann, caché du 3 au 13 août 1942, peu de temps avant l’arrestation d’Aimé Lambert). A l’été 1943, l’abbaye hébergea même jusqu’à 19 réfractaires au STO du secteur mis discrètement au travail dans les jardins et les vignes du monastère.

Aimé Lambert s’engagea personnellement dans la Résistance à Poitiers. Selon un témoignage (Charles Aubrun op. cit.) il considérait qu’ « être libre c’est, dans les rues de Poitiers occupé, saluer profondément toutes les étoiles de David sur fond jaune ». Il rejoignit le réseau fondé par Louis Renard, avoué à Poitiers, l’un des premiers groupes de Résistance dans la France occupée. Aimé Lambert fut arrêté à l’abbaye le 11 septembre 1942 lors du démantèlement de ce réseau, à la suite d’excès de zèle manifestes tant de l’administration des PTT que de la police française et du préfet, tous désireux au moment de la signature des accords Oberg/Bousquet de prouver leur pleine collaboration avec l’Allemagne. D’abord incarcéré à la prison de la Pierre Levée à Poitiers, il fut avec ses compagnons transféré à la prison de Fresnes le 12 février 1943.

Ils furent déportés vers Trêves (Allemagne) le jeudi 18 février dans un transport NN parti de la gare de l’Est ; les déportés furent placés dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, accrochés au train Paris-Berlin. Sur les 39 hommes déportés dans ce transport, 29 appartenaient au réseau Renard. Après une journée de voyage, le transport parvint en gare de Trêves. Le lendemain ils prirent un autre train en direction de Reinsfeld, à 7 kilomètres du SS-Sonderlager Hinzert où ils durent se rendre à pied. Placé par un médecin déporté, le docteur Chabaud dans la « chambre chaude », un baraquement où étaient regroupés tous les malades ne pouvant être accueillis à l’infirmerie du camp, Aimé Lambert y joua un rôle considérable de soutien moral, intellectuel et spirituel aux déportés. Le 19 avril 1943, les rescapés du réseau Renard furent transférés à la « prison de prévention » de Wolfenbüttel (Basse-Saxe, Allemagne) pour être jugés. Fin mai, onze d’entre eux dont Aimé Lambert reçurent notification écrite d’une accusation portée contre eux pour complot contre l’Allemagne et devant conduire à un procès devant le tribunal du peuple (Volksgericht). Le tribunal du peuple était divisé en 6 sénats ou chambres. L’un d’entre eux vint siéger les 12 et 13 octobre 1943 à Wolfenbüttel. A l’issue d’une procédure uniquement à charge, les dix accusés restant après la mort de Georges Duret en prison furent condamnés à mort le 13 octobre 1943 et guillotinés le 3 décembre 1943 entre 18 heures 30 et 18 heures 40 dans un bâtiment de la prison. Aimé Lambert fut exécuté le sixième et selon le témoignage de l’aumônier allemand, répondit à ses prières, son bréviaire à la main, jusqu’au moment de son exécution. Son corps fut rapatrié à l’abbaye de Ligugé le 27 juillet 1947.

Il obtint la mention mort pour la France et mort en déportation. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Ligugé et sur le monument commémoratif du réseau Renard au cimetière de Chilvert à Poitiers qui comprend 11 plaques, celles des dix condamnés à mort et celle de Georges Duret.

« Wolfenbüttel, 3 décembre 1943
Mon révérendissime et bien-aimé père,
Je meurs le premier vendredi du mois, fidèle à l’esprit de ma vocation. Je demande les prières de tous et le pardon de tous ceux que j’ai pu offenser ou scandaliser. Je vous remercie de votre charité pour moi.
J’offre ma vie pour ma famille, mon monastère, la France et l’Eglise de France, l’Allemagne, la paix du monde et la justice sociale. Je pardonne à tous ceux qui sont cause de ma mort ou ont pu me peiner. Priez beaucoup pour moi. Écrivez à mon neveu Louis. Melle Odette sait son adresse. Adieu en ce monde. Je n’oublie aucun de mes frères.
FR. A. Lambert, O.S.B.
L’aumônier vous en dira plus long ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article200221, notice LAMBERT Aimé, Thomas, Germain par Michel Thébault, version mise en ligne le 19 février 2018, dernière modification le 28 décembre 2021.

Par Michel Thébault

SOURCES : Jean Henri Calmon La chute du réseau Renard Poitiers 1942. Le S.S., le préfet et le résistant, Geste éditions, 2015 — site internet VRID (Vienne, Résistance, Internement, Déportation) — Collectif Anthologie des écrivains morts à la guerre 1939 – 1945 Editions Albin Michel 1960 — Charles-V. Aubrun Le Révérend Père Aimé Lambert Bulletin hispanique Année 1946 48-1 pp. 81-84 — Jacques Merlet Ligugé à l’heure allemande 1940 – 1944 in Histoire de Ligugé, Maurice Girault Éditeur 1999 — Fondation pour la mémoire de la déportation, convoi I.79 — Mémorial genweb — État civil.

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