ESTRADE Raymond, Jules

Par Daniel Grason

Né le 28 juin 1908 à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis), mort le 27 août 1973 à Ennery (Val-d’Oise) ; ajusteur-mécanicien, bûcheron ; militant communiste ; résistant.

Raymond Estrade.
Raymond Estrade.

Fils de Jules Estrade, employé de commerce, et d’Eugénie Holzinger, sans profession, Raymond s’était marié le 3 septembre 1935 à Paris (Ve arr.) avec Concetta Groppe, une fillette naquit de leur union. Il exerça sa profession d’ajusteur-mécanicien, fut membre du Parti communiste, le couple vivait rue Lacépède à Paris Ve arr.). En 1937, il adhéra au Parti communiste devint secrétaire de la cellule communiste. De la classe 1928 il fut à la déclaration de guerre affecté spécial à l’usine d’aviation Blériot à Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine).
Le dimanche 31 mai vers 10 heures 15 une action était organisée devant le magasin d’alimentation « Eco » à l’angle des rues de Buci et de Seine (Ve arr.). L’un des résistants, Henri Meunier qui assurait la protection était interpellé, frappé lors de son interrogatoire par des policiers de la BS2, il prononça le nom d’Estrade.
Quatre inspecteurs de la BS2 se présentèrent chez Raymond Estrade le même jour vers 22 heures 30 à Orgerus (Seine-et-Oise, Yvelines).
Il exerçait la profession de bûcheron, les policiers perquisitionnèrent son pavillon dans le domaine d’Orgerus sans succès. Emmené dans les locaux de la BS2 à la Préfecture de police, il reconnaissait qu’il était présent lors de l’action qui s’était déroulé devant le magasin « Eco » et avoir vu Henri Meunier s’enfuir.
Il nia avoir été membre du Parti communiste, or, en août 1938 Raymond Estrade avait envoyé une lettre à Maurice Thorez, il lui demandait de le faire remplacer dans sa fonction de secrétaire de cellule. Cette lettre avait été saisie lors de la perquisition d’un local du Parti communiste. Raymond Estrade déclara qu’il ne se souvenait pas avoir écrit au secrétaire général.
Il nia avoir participé à la manifestation devant le magasin « Eco » : « J’ai assisté à cette manifestation, mais j’affirme n’y avoir pas participé. » Il reconnaissait être venu d’Orgerus à Paris le samedi 30 mai en train, avoir rencontré Henri Meunier au café « Julot » rue Descartes (Ve arr.), avoir dîné avec lui et été hébergé par un ancien camarade du quartier Marcel Leclerc.
Le lendemain matin Raymond Estrade et Henri Meunier prenaient le café ensemble, allèrent se promener rue Saint-André-des-Arts. Sur la place du même nom, ils rencontrèrent deux hommes d’une trentaine d’année, tous se dirigèrent vers la rue de Seine. Nouvelle rencontre face à l’épicerie « Eco » d’une connaissance de Meunier, vêtu d’un ciré noir.
Selon les déclarations de Raymond Estrade il s’éloigna d’une dizaine de mètres pour observer le déroulement de la manifestation. « Je me suis rendu compte qu’une bagarre s’était déclenchée à l’intérieur de l’épicerie. J’ai vu un homme grand et fort qui jetait des boîtes de conserves à la volée. Des agents sont arrivés et ont emmené un autre homme. Des gens criaient et suivaient le groupe qui a disparu dans la rue Bourbon-le-Château. J’ai suivi la foule et presque aussitôt j’ai entendu des coups de feu, mais je n’ai pas vu les hommes qui tiraient. »
Il avait cependant « aperçu Meunier qui courait dans la rue de Seine en se dirigeant vers le boulevard Saint-Germain. » Il remarqua qu’il avait une arme à la main. Rapidité des évènements qui s’était déroulé sous ses yeux, il avait « vu un gardien qui s’affaissait » sans voir qui avait tiré.
Pressé de s’expliquer sur sa présence, frappé à six reprises, il déclara qu’il était locataire d’un garage au 11 rue de la Clef, en participation avec Meunier et Marcel Leclerc « nous y garions tous trois nos vélos. Quand j’ai quitté Paris en 1940, j’ai remis ma clé à la concierge de l’immeuble. Je ne suis jamais revenu dans le garage depuis cette époque et j’ignorais que du matériel de propagande communiste y était entreposé. » Il confirma qu’il avait « seulement assisté en spectateur » aux événements. Des photographies lui furent présentées, il ne reconnut que quatre « camarades du quartier » avec qui il milita. Il termina en affirmant « je n’ai plus fait aucune action depuis la dissolution du Parti communiste. »
Incarcéré, il comparut le 25 juin 1942 avec vingt autres prévenus devant le Tribunal d’État qui prononça cinq condamnations à mort. Raymond Estrade a été condamné aux travaux forcés à perpétuité. Tout comme Émile Sézille de Mazancourt impliqué dans l’action de la rue de Buci et condamné à la même peine, Raymond Estrade fut probablement incarcéré dans différentes prisons jusqu’à la Libération.
Habitant en dehors du ressort de la Préfecture de police de la Seine, il ne fut pas convoqué pour témoigner devant la commission d’épuration de la police. Raymond Estrade a été homologué Déporté interné résistant (DIR) et au titre des Forces françaises de l’intérieur (FFI).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article200332, notice ESTRADE Raymond, Jules par Daniel Grason, version mise en ligne le 20 mars 2018, dernière modification le 4 juin 2019.

Par Daniel Grason

Raymond Estrade.
Raymond Estrade.

SOURCES : Arch. PPo. GB 098, BA 2056, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juin 1942. – Bureau Résistance GR 16 P 212021. — État civil.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 177 cliché du 1er juin 1942.

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