BRONNER Marguerite, Célestine, Françoise [née BONNIER]

Par Daniel Grason

Née le 20 juillet 1902 à Saint-Vincent des Landes arrondissement de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; vendeuse, mécanographe ; militante communiste ; résistante ; déportée à Ravensbrück (Allemagne).

Fille de Jean Baptiste Bonnier, cordonnier, et de Jeanne Marie Guisnel, ménagère, Marguerite Bonnier s’était mariée le 25 juillet 1925 à Paris (IXe arr.) avec Lucien Bronner. Après avoir été bonne à tout faire dans un salon de thé au 10 rue Blanche dans le IXe arrondissement de Paris, en 1936, elle travaillait à la librairie Hachette, adhéra au Syndicat des employés CGT. Elle exerça la profession de mécanographe aux usines Caudron-Renault 52 rue Guynemer à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Depuis décembre 1938, elle vivait 163 rue de la Convention à Paris (XVe arr.).
Après l’échec de la grève du 30 novembre 1938 contre le décret-loi Daladier Reynaud qui mettait en cause des acquis du Front populaire, elle adhéra au Parti communiste. Elle reprit contact avec un militant communiste après juin 1940. En instance de divorce avec Lucien son mari, sa mère Jeanne gardait son fils âgé de quinze ans et demi.
Le samedi 30 mai, elle trouva un mot signé « Émile » glissé sous sa porte par Émile Sézille de Mazancourt, un rendez-vous était fixé le dimanche 31 mai à 8 heures 45 à la station de métro La Motte-Picquet. Au rendez-vous se trouvaient plusieurs groupes de deux à trois militants, tous se dirigèrent par le métro jusqu’à la station Odéon. Madeleine Marzin informa les militantes et militants que le signal de l’action serait donné, par une militante qui chanterait La Marseillaise. Il s’agissait de s’emparer de boîtes de conserves de l’épicerie « Eco et de les distribuer aux ménagères qui attendaient l’ouverture.
La militante devant chanter La Marseillaise n’était pas là. Madeleine Marzin entra dans la boutique (ce qui n’était pas prévu) s’empara de conserves, Marguerite Bronner tenta de faire de même ainsi que d’autres militantes. Des employés du magasin intervinrent aussitôt avec des gardiens de la paix en tenues et en civils. Hasard ? Organisation habituelle le dimanche matin en raison de l’affluence ? Aux abords du magasin seize policiers étaient là dont deux hors service qui faisaient leurs courses, ainsi que deux membres du PPF de Doriot dont une permanence était dans le quartier.
Dans la bousculade… elle sortit avec difficulté, perdit son sac à main. S’en étant rendu compte, elle se rendit au commissariat de police de la rue Léon-Séché à une dizaine de stations de métro de la station Odéon. Elle déclara vers 11 heures avoir perdu son sac à main alors qu’elle effectuait ses courses sur le marché de la rue de la Convention (XVe arr.).
Elle fut interpellée le jour même à son domicile de la rue de la Convention vers 17 heures par un inspecteur du Service des garnis accompagné par deux gardiens de la paix en civil. Rien ne fut saisi à son domicile se rapportant à son activité clandestine, une seule lettre saisie émanait d’un prisonnier à la Santé Maurice Olivier, ancien délégué du personnel CGT chez Hachette. Elle affirma ignorer la raison de son emprisonnement. Des policiers restèrent dans son logement, au cours de la soirée du 31 mai Jeanne Bonnier, femme de ménage se présenta au domicile de sa fille Marguerite pour lui remettre une lettre. Un policier ouvrit la porte, la missive signée Madeleine fut saisie. Jeanne Bonnier a été relaxée.
Lors de confrontations, elle déclara ne connaître aucun de ceux mis en sa présence. Elle affirma ne connaître que Madeleine Marzin et le couple Émile et Raymonde Sézille de Mazancourt et Raymonde Vanden Branden, qui disait-elle ne participèrent pas à l’action.
Un employé du magasin « Eco » reconnut sans certitude Marguerite Bronner : « Il me semble que ce soit celle que j’ai tenté de maintenir au moment où elle projetait dans la foule des clients les boîtes de conserves qui se trouvaient à sa portée. » Un autre employé déclara : « Je ne pense pas que la personne ici présente soit celle que j’ai tenté de maîtriser dans le magasin au moment où, ce matin, elle s’emparait d’un certain nombre de boîtes de conserves et les projetait dans la foule des clients. […] Elle était plus jeune vêtue d’un trench-coat beige. »
Marguerite Bronner resta sur la même position, elle avait fait ses commissions au marché de la Convention, puis « je me suis rendue chez ma mère, 281 rue de Vaugirard, et je suis retournée chez un [commerçant] primeur. Au cours d’une légère bousculade, j’ai perdu ou on m’a subtilisé mon sac à main qui se trouvait à l’intérieur de mon sac à provisions. » Mais elle ne put maintenir sa position, lors de la déclaration de perte au commissariat Saint-Lambert. Or, l’inspecteur qui enregistra sa déposition était en matinée rue de Buci, il la reconnut

Incarcérée à la Roquette elle déclara aux autres femmes emprisonnée qui étaient rue de Buci que les policiers la menacèrent d’arrêter sa mère et d’interner son fils âgé de seize ans dans une maison de correction. Elle parla, elle aurait donné selon Madeleine Marzin « plus de trente noms », et « fut mise à l’écart en prison par les camarades, elle ne cessait de baver sur le parti d’assassins où elle s’était fourvoyée, se convertit au catholicisme, se confessa et écrivit au juge qu’elle ferait tout pour éclairer la justice, que la police avait raison de venger ses morts. »
Elle comparut en compagnie d’une vingtaine d’autres inculpés devant le Tribunal d’État le 25 juin 1942 et fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Transférée à la centrale de Rennes (Ille-et-Vilaine), elle y resta jusqu’en avril 1944. Transportée avec d’autres détenues au Fort de Romainville, Marguerite Bronner était le 18 avril 1944 dans le convoi de 417 femmes qui partit de la gare de l’Est à destination de Ravensbrück (Allemagne). Matricule 35115 son parcours de déportée et sa destinée demeurèrent inconnues.
Le divorce entre Marguerite et Lucien Bronner fut prononcé le 3 mai 1943 par la Cour d’Appel de Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article200361, notice BRONNER Marguerite, Célestine, Françoise [née BONNIER] par Daniel Grason, version mise en ligne le 28 février 2018, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 1W 741, BA 2056, GB 038, GB 039, GB 098, PCF carton 13 rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 12 juin 1942. – AD Ille-et-Vilaine (notes d’Yves Boivin). – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. — État civil en ligne de Saint-Vincent-des-Landes - (aucun) - 1902 - N - 3E193/33, vue 6.

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