THOREZ Pierre

Par Jacques Defortescu

Né le 5 novembre 1946 à Puteaux (Seine/Hauts-de-Seine) ; professeur du second degré puis des universités au Havre ; militant syndical du SNES puis du SNESup, militant communiste.

Pierre THOREZ en 2013

Pierre Thorez était de dernier fils de Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français de 1930 à 1964, et de Julie, Marie Vermeersch, dite Jeannette, dirigeante de l’UJFF avant la guerre, membre du comité central, puis du bureau politique du PCF jusqu’en 1968. Il était le demi-frère de Maurice Thorez fils, et le frère de Jean Thorez et de Paul Thorez. On comprend ainsi son attachement au Parti communiste français, dont son père et sa mère furent des dirigeants de premier plan pendant de nombreuses années.

De la fin 1950 à l’été 1952, Pierre Thorez se trouvait en URSS avec son père qui y était soigné. Il y apprit le russe sur le tas. Il alla tout d’abord à l’école primaire Noblet de Choisy-le-Roi (Seine), puis à l’école de garçons du Cannet (Alpes-Maritimes), celle de Bazainville (Seine-et-Oise), avant d’être élève au lycée Lakanal à Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine) entre 1956 et 1959, puis au lycée Henri IV à Paris de 1959 à 1964. Il se préparait à épouser la marine marchande, en entrant au lycée Lavoisier à Paris (1964-1965). Entre 1964 et 1969, il effectua des périodes de navigation en tant que matelot et graisseur à bord des navires soviétiques MS Litva et MS Taras Shevchenko, de la compagnie de la mer Noire.

Pierre Thorez adhéra au PCF en 1965 à Ivry-sur-Seine où il habitait alors, dans le cadre de la promotion Maurice Thorez. Auparavant, il avait fait un bout de chemin avec le Cercle de la Jeunesse communiste, sans en être adhérent pour autant, tout comme à l’Union des étudiants communistes (UEC) à laquelle il ne fut pas plus adhérent. Ayant participé à toutes les manifestations parisiennes contre la guerre d’Algérie dès les années 1959-1960, il prit part à celle du 8 février 1962 où, au métro Charonne on dénombra 9 victimes. Avant même d’être adhérent au PCF, Pierre Thorez se souvient avoir vendu l’Humanité dès 7 heures du matin au métro Mairie d’Ivry.

Pierre Thorez fit des études de géographie (1966-1971) à l’Institut de géographie de l’Université de Paris, où il prépara l’agrégation à laquelle il réussit en 1971. Il milita activement pendant les événements de 1968. Adhérent de l’UNEF, il participa à l’occupation de l’Institut de Géographie, dont il fut élu membre du Comité paritaire de grève (plus de 700 étudiants ont voté sur quelques 1100). À cet institut, il rencontra Jean Dresch (militant communiste, directeur de l’Institut de géographie de 1960 à 1970) qui fut son premier directeur de thèse en 1979. Le jury de sa thèse de 3e cycle fut présidé par Pierre George.

Son intérêt pour l’Union soviétique l’amena à approfondir sa connaissance du russe, afin de rendre compte pour la Bibliographie géographique internationale des articles publiés dans ce pays. Il publia un ouvrage de géographie de l’Union soviétique, le premier livre important en langue française sur le sujet.

En 1972, Pierre Thorez fut nommé professeur agrégé au lycée Claude Monet au Havre, où il resta jusqu’en 1990. Durant cette période, il adhéra au Syndicat national des enseignements de second degré (SNES). Puis il fut maître de conférence de géographie à l’Université du Havre, de 1990 à 1997.

Sur le plan politique, il témoignait : "Au PCF j’ai été un militant de base. Si je fus élu au comité de section de la section Havre Sud-Ouest, je demandai à ne pas être renouvelé lors de la préparation du congrès qui retira des statuts la dictature du prolétariat et après que Marchais fit volte face sur la force de frappe. Cela évitait mon éviction ou mon silence car je ne pouvais contribuer à mettre en œuvre une politique que je désapprouvais. Eh oui, je suis partisan du centralisme démocratique !
Pendant des années j’ai plus milité à France-URSS et au syndicat. Je soutenais ce qui me paraissait juste au parti et faisait du moins en public silence sur mes désaccords. Je me suis remis à militer plus activement à la fin des années 1990 et fut de nouveau au comité de section du Havre en 2015." (Courriel du 9 février 2018).

Au lendemain de la crise tchécoslovaque de l’été 1968, sa mère, Jeannette Thorez- Vermeersch démissionna de toutes ses responsabilités (octobre 1968), et cela, malgré l’intervention et la prise de position du PCF. Elle insistait sur les insuffisances de la direction Dubček du Parti communiste tchécoslovaque, alors que Waldeck Rochet soulignait les responsabilités de la "direction dogmatique" d’avant 1968 (Novotný). Elle critiquait tout particulièrement le "pluralisme" politique où s’engageait la Tchécoslovaquie : elle s’étonnait, par exemple, que l’on donne des secrets militaires à des hommes désormais membres du gouvernement et naguère dirigeants de partis « bourgeois et pro-occidentaux » (c’est-à-dire d’après elle, sociaux-démocrates), la Tchécoslovaquie selon elle, allait-elle unilatéralement briser la force et la cohésion du Pacte de Varsovie ? Allait-elle revenir au capitalisme ?
Jeannette Thorez- Vermeersch considérait que le chaos s’était installé dans le pays à la tête du parti communiste tchécoslovaque, elle déclarait que « c’est dans ces conditions que les partis frères, membres du Pacte de Varsovie, assumèrent leur devoir internationaliste « , justifiant ainsi l’entrée des troupes du Pacte de Varsovie à Prague le 21 août 1968. Elle adressa à Waldeck Rochet sa lettre de démission du Bureau politique et du Comité central du Parti communiste français au mois d’octobre 1968.

Pierre Thorez soutint sa thèse d’État en 1995 sur le Caucase : Production d’espace dans le Caucase : recherches sur les interactions entre la population, le peuplement et le développement, sous la direction d’Olivier Dollfus (Paris 7, 2 vol. dactylographiés (403 et 247 f.)).

Pierre Thorez devint professeur de géographie à l’Université du Havre de 1997 à 2011. Il rejoignit alors le SNESup dont il fut secrétaire de la section havraise, de 2002 à 2010. Membre du Conseil scientifique de son université de 1997 à 2002, il fut élu à son conseil d’administration de 2002 à 2011. Au sein du laboratoire UMR IDEES, il fut responsable de l’axe de recherche « Transports ». Il publia de nombreux articles scientifiques et communications, et ouvrages collectifs.

Sur proposition de Jean Lejeune, trésorier, Pierre Thorez adhéra à l’association d’amitié France-URSS en 1973, et en devint le secrétaire havrais de 1974 à 1992 alors que Jean Gustinianni en était le président. Il fut également, pendant cette période, membre du conseil départemental de France-URSS (1974-1992) et du conseil national de 1987 à 1992. Forte de ses 500 adhérents, l’association locale était alors une des plus importantes de France, et profitait de l’expérience de ce russophone accompli qu’était Pierre Thorez.

Après la chute du mur de Berlin, il participa à la création havraise de l’association des Amis du peuple de Russie en 1992, avec Michel Bussy et Jean Gustinianni.

En 1966, Pierre Thorez avait rencontré à l’Institut de Géographie, Catherine Burlaz également professeure d’histoire-géographie. Le 21 octobre 1971, ils se marièrent et eurent deux enfants, Julien, né le 29 janvier 1976 et Anne, le 22 juillet 1981.

Malgré l’éloignement (Le Havre pour Pierre, Marseille pour Jean et Sautou où Paul avait fini par s’installer et vécut ses dernières années), les frères se voyaient régulièrement, plusieurs fois par an de préférence. Ils se retrouvaient avec leur mère et leurs familles à Callian au nouvel an. Après une longue interruption liée, entre autre, au choix de Paul de travailler dans les établissements scolaires français à l’étranger (Algérie, Tunisie, Mexico et enfin Naples).

Membre du mouvement de la Paix et de France Palestine Solidarité, Pierre Thorez fut toujours un militant de la paix et de a solidarité entre les peuples. Il était également membre de l’association des « Amis de Jules Durand ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article200603, notice THOREZ Pierre par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 4 mars 2018, dernière modification le 11 janvier 2022.

Par Jacques Defortescu

Pierre THOREZ en 2013

SOURCE : Entretien avec Pierre Thorez.

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