CLAUX Antoinette, Anna

Par André Balent

Née le 13 décembre 1921 à Castelnaudary (Aude), morte le 11 mars 2014 à Montpellier (Hérault) ; professeur certifié de lettres classiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; militante de l’Union de la gauche socialiste, puis du Parti socialiste unifié ; militante du Syndicat national de l’enseignement secondaire.

Profession de foi d’Antoinette Claux, candidate du PSU auxélections législatives de jun 1968 dans la circonscription de Perpignan-Céret. Suppléant : Robert Savelli*
Profession de foi d’Antoinette Claux, candidate du PSU auxélections législatives de jun 1968 dans la circonscription de Perpignan-Céret. Suppléant : Robert Savelli*
Arch. dép. Pyrénées-Orientales, série J, fonds de la fédération départementale du PSU. Photographie et retouches : André Balent

Issue d’une famille catholique, fille d’un professeur de collège, Antoinette Claux conserva la foi transmise dans son enfance. Très tôt, sensibilisée par les problèmes sociaux, elle s’engagea nettement à gauche, devint une militante discrète mais tenace, marqua de son empreinte la vie de la gauche et de l’extrême gauche perpignanaise pendant plus de quarante ans.

Antoinette Claux, restée célibataire, titulaire du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public de second degré (1950), fut nommée en octobre 1951 professeur de lettres classiques au collège de jeunes filles de Perpignan devenu lycée de filles Jean Lurçat en 1966 et lycée mixte en 1972.

D’abord proche du Mouvement de libération du peuple, Antoinette Claux participa à la fondation de l’UGS des Pyrénées-Orientales qui rassembla un groupe de Perpignan et des environs et un petit noyau en Cerdagne. Cette réunion précéda son congrès constitutif en décembre 1957. La majorité de ses membres dans le département étaient issus de milieux catholiques très marqués à gauche, certains comme André Cazals, Marcel Llati ou Roger Grau venant du MLP. Elle participa, au printemps de 1960, à la fondation du PSU dans les Pyrénées-Orientales qui regroupa les organisations locales de l’UGS et du Parti socialiste autonome. Elle fut de toutes les manifestations pour l’indépendance de l’Algérie et contre les dirigeants de la Ve République. En 1963, membre de la commission exécutive fédérale du PSU et responsable de la section féminine de ce parti, elle rédigea, pour le congrès fédéral d’Ille-sur-Têt (23 octobre 1963), un « Appel aux femmes ». En 1964, alors que la crise fédérale était en train de se développer du fait du mécontentement local de beaucoup d’anciens membres du PSA qui s’ajoutait aux luttes de tendances qui faisaient rage au plan national (voir René Chauvet*), elle entretint une correspondance politique avec Cyprien Lloansi*, futur dirigeant local de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste. En 1965, elle faisait partie des 22 adhérents, la plupart issus de l’UGS, qui demeuraient au PSU dans les Pyrénées-Orientales. Après la démission du secrétaire fédéral, R. Chauvet, à la suite de la réunion du café des Sportsmen (Perpignan) du 24 octobre 1964, elle devint la secrétaire provisoire de la fédération du PSU. Titulaire de ce poste en 1965 jusqu’en 1971, elle fut remplacée par Jean-Claude Gillet permanent du parti à Paris, rédacteur de Tribune Socialiste. Jusqu’en 1967, la fédération qu’elle dirigeait se redressa quelque peu, profitant de l’élan de la candidature unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1965. Mais le maintien de l’autonomie du PSU, décidé en 1967, provoqua de nouveaux départs et le parti, qu’elle maintenait en vie, était à nouveau exsangue. En avril 1968, la fédération des Pyrénées-Orientales, qui comptait 33 adhérents, participa aux actions de mai-juin 1968, ce qui provoqua certains départs et des adhésions de militants. Candidate du PSU dans la première circonscription de Perpignan aux législatives de juin 1968, elle obtint 2 239 voix sur 89 060 inscrits. Comme le candidat communiste, au second tour, elle se désista, du bout des lèvres, pour le député sortant FGDS Paul Alduy, en difficulté, mais réélu face à Jacques Godfrain (UDR). Dans sa campagne électorale, elle se présentait comme le porte-parole du « mouvement » de mai (Voir aussi Savelli Robert).

Antoinette Claux demeura fidèle à son parti jusqu’à son autodissolution. Elle déposa une partie des archives fédérales du PSU aux archives départementales des Pyrénées-Orientales. Féministe, militante anticolonialiste, elle fut, dans les années 1960 et 1970, des manifestations locales contre la guerre du Vietnam.

Jusqu’à sa retraite, au milieu des années 1980, Antoinette Claux milita assidûment au SNES, à la différence des enseignants de sa mouvance idéologique, affiliés au SGEN (CFTC puis CFDT). D’abord proche des « cégétistes » de la FEN, puis de la tendance « Unité et action », à la suite des événements de mai 1968, elle se rapprocha du courant de « Rénovation syndicale » dont elle fut l’une des animatrices départementales, puis de l’École Émancipée sans adhérer au groupe départemental de cette tendance. Elle participa à la vie de sa section syndicale (S1) la plus importante du département, une des plus combatives, dominée par les militants de la tendance Unité et Action qui étaient, dans leur majorité, sur des positions critiques par rapport aux directions des sections départementale (S2) et académique (S3). Les militants de sa tendance étaient sur des positions critiques. Toutefois l’influence de Rénovation Syndicale restait fort limitée (5 % des voix lors de l’élection de la CA nationale du SNES en 1969) et son lycée accordait 7 voix à la tendance RS, soit la moitié des voix recueillies dans le département. Elle siégea, à plusieurs reprises, dans les bureaux de S1 et du S2. Très active lors de la grève de mai-juin 1968, elle assista à de nombreuses réunions du S2 et aux assemblées générales de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale. Après 1968, le PSU demanda à ses membres de quitter la tendance Unité et Action et de rejoindre les tendances qualifiées alors de « révolutionnaires » Rénovation syndicale ou l’École Émancipée. Son camarade de parti, Pierre Antonini*, secrétaire du S3 de Montpellier, refusa et demeura, avec d’autres militants, au sein d’UA et continua de diriger la section académique. Comme membre du bureau de la fédération PSU des Pyrénées-Orientales, elle exprima son désaccord avec l’attitude d’Antonini et fut d’accord pour le menacer de le traduire devant la commission des conflits.

Pédagogue avertie, attentive au devenir de ses élèves, Antoinette Claux exerça, par son magistère, une grande influence sur plusieurs générations d’élèves, développant en eux la curiosité littéraire et l’esprit critique. Après sa retraite, toujours membre du SNES, elle participait aux grandes manifestations qui accompagnaient les mobilisations corporatives ou les luttes sociales (notamment celle du printemps 2006). La dernière réunion publique à laquelle elle assista fut celle de la section des retraités du SNES des Pyrénées-Orientales de mai 2012. Elle prit la parole à la suite d’une conférence que fit dans ce cadre Pierre Chevalier retraçant la trajectoire de Jean Rous*, Catalan et ancien adhérent du PSU.

Antoinette Claux passa les deux dernières années de sa vie chez sa soeur Jeanne Germa domiciliée près de Montpellier (Hérault). Quand elle mourut, elle était hébergée dans une résidence spécialsée de Montpellier. Son corps repose dans le caveau familial à Saint-Pierre-de-la-Fage (Hérault). La section des retraités du SNES des Pyrénées-Orientales lui a rendu hommage en publiant un faire-part de décès dans L’Indépendant du 15 mars 2014.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article20091, notice CLAUX Antoinette, Anna par André Balent, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 9 février 2018.

Par André Balent

Profession de foi d'Antoinette Claux, candidate du PSU auxélections législatives de jun 1968 dans la circonscription de Perpignan-Céret. Suppléant : Robert Savelli*
Profession de foi d’Antoinette Claux, candidate du PSU auxélections législatives de jun 1968 dans la circonscription de Perpignan-Céret. Suppléant : Robert Savelli*
Arch. dép. Pyrénées-Orientales, série J, fonds de la fédération départementale du PSU. Photographie et retouches : André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 110 J 7, 110 J 8, 159 J 1 (divers dépôts d’archives de la fédération du PSU, les deux premiers déposés par A. Claux), W non cotée, archives du lycée Jean Lurçat, Perpignan. — Témoignage d’André Hérault, militant du MLP puis de l’UGS et du PSU, recueilli par Pierre Grau (2005). — L’Indépendant, Perpignan, 14 mars 2014, avis mortuaire. — Témoignages de militantes du SNES (décembre 2006, février 2007) : Josette Salvayre, bibliothécaire-documentaliste au collège de jeunes filles, lycée Jean Lurçat (l960-1993) ; Jacqueline Martinez, professeur agrégée de lettres classiques à Jean Lurçat (1967-2001). — Souvenirs personnels : faits précis et nombreuses conversations informelles ou discussions politiques, à partir de 1968. — Notes d’Alain Dalançon.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément