ICKOVICOVA Rifka dite Marianne [née ICHANOVIC], épouse GOLDNADEL

Par Daniel Grason

Née le 16 novembre 1911 à Teresva (Tchécoslovaquie, Ukraine), morte en novembre 1942 des suites de tortures à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) ; finisseuse mécanicienne ; agent de liaison du 1er détachement des FTP-MOI.

Rifka Ickovicova dite Marianne
Rifka Ickovicova dite Marianne

Fille de Bernat et de Malka née, née Katz, Rifka Ickovicova entra en France le 28 septembre 1936 au poste frontière de Strasbourg (Bas-Rhin). Elle était munie d’un passeport.
Elle exerça sa profession de finisseuse mécanicienne au Établissements Marquier 21 rue Michel-le-Comte dans le IIIe arrondissement de Paris. Après avoir habité de septembre 1936 à mai 1938 au 54 rue des Rosiers (IVe arr.), puis 15 rue Vieille-du-Temple (IVe arr.) du 12 mai 1938 au 24 juillet 1940. Quand le gouvernement de Vichy promulgua le statut des juifs le 3 octobre 1940, puis le 2 juin 1941 prescrivant notamment le recensement des juifs, Rifka Ickovicova alla à la préfecture de police se déclarer comme juive.
Dès la formation des FTP-MOI Rifka Ickovicova fit partie du 1er détachement constitué de combattants roumain. Elle en était l’agent de liaison, transportait les armes… Elle habitait dans un logement d’une pièce cuisine avec Joseph Copla (Nicolas Cristea) au 84 boulevard de Ménilmontant (XXe arr.). Celui-ci avait été arrêté le 19 octobre 1942 après avoir avec lancé des grenades sur des soldats allemands au stade Jean-Bouin.
Le 21 novembre 1942 des gardiens de la paix en civil du XIIe arrondissement de Paris contrôlaient des voyageurs dans les couloirs du métro de la station Bastille, ils palpaient les voyageurs. Rifka Ickovicova et sa compagne firent demi-tour mais Rifka a été rattrapée, il était 19 heures 35. Elle présenta une carte d’identité au nom de Renée Leblanc née le 16 novembre 1920 à Toulouse (Haute-Garonne).
Elle portait un filet contenant deux bombes de 30 centimètres de longueur et dix centimètres de diamètre, ainsi qu’une bouteille remplie d’un liquide inflammable. Une autre résistante qui était avec elle réussissait à prendre la fuite. Selon le rapport de la police, elle était « blonde, de petite taille, âgée de trente ans environ. Elle portait des lunettes, et était vêtue d’une jaquette de couleur voyante, elle portait du rouge dans ses effets. » Dans sa fuite elle jeta une clef. Rifka Ickovicova ameuta les voyageurs, en vain…
Lors de la perquisition par des inspecteurs de la BS2 chargés de l’enquête, étaient saisis : deux matraques métalliques fabriquées avec des ressorts à boudins recouverts de caoutchouc, à l’intérieur des tuyaux de plomb, une carte d’alimentation, deux récépissés de demandes de carte d’identité d’étranger, une carte d’alimentation au nom de Joseph Copla ainsi que sa photographie, deux brochures imprimées « La Défense passive », un questionnaire du gradé d’infanterie ayant appartenu à Magnin Armand Louis, un manuel militaire de la Jeunesse française, une brochure du Parti ouvrier et paysan intitulée « Deuxième lettre ouverte aux ouvriers communistes », deux tracts dont le « Bulletin d’Information » du 16 décembre 1942, etc. Sous le tapis de la table les policiers trouvèrent une carte d’identité au nom de Voytech Martak.
Après consultation du service des garnis par les policiers, il apparut que Rifka Ickovicova logea sous le nom de Renée Leblanc du 5 au 17 novembre 1942 au 37 rue de Lourmel (XVe arr.). Elle était inconnue de la Police judiciaire.
Lors de son interrogatoire elle déclara qu’elle avait rencontré « par hasard une femme que je ne connaissais pas », interpellée elle posa le filet qui contenait les deux bombes par terre. Elle soutint aux policiers que le filet ne lui appartenait pas « J’ignorais que des bombes et une bouteille incendiaire se trouvait dans ce filet » affirma-t-elle.
Si elle avait refusé de donner d’emblée son nom « C’est parce que je suis juive et que je craignais d’aller dans un camp. » Elle reconnue être l’amie de Joseph Copla (Nicolas Cristea), qu’elle n’avait pas vu assura-t-elle depuis plusieurs semaines. Il avait été arrêté le 19 octobre 1942, elle affirma « Je ne connaissais rien de son activité », elle ne savait rien non plus de la femme avec qui elle était dans les couloirs du métro. Des documents saisis sur Karel Stefka alias Matuch, commissaire des FTP-MOI arrêté le 4 décembre 1942 confirmèrent qu’il s’agissait bien de Rifka Ickovicova.
Rifka Ickovicova assurait également la liaison avec le groupe des FTP qui était dirigé par Marceline Gruwier. Elle fut battue à plusieurs reprises au cours de son interrogatoire dans les locaux de la BS2. Le 19 décembre 1942 dans une courte note les Renseignements généraux écrivait : « il a été possible d’établir que la femme chargée du transport du matériel entre le dépôt du détachement roumain-tchèque sous le prénom de « Marianne » ; n’était autre que la nommée : Ickovicova Rifka. » Parmi les scellés de l’affaire Gruwier, le scellé le numéro 99 où figurait : « une carte d’étrangère au nom de Ickovicova Rifka, un certificat du Consulat de Hongrie au même nom ; trois actes d’état civil au même nom ; un certificat de domicile au même nom. »
Dans l’ouvrage de Boris Holban, l’ancien chef des FTP-MOI la remerciait pour sa participation aux actions des FTP-MOI. Il écrivait qu’elle était rentrée de déportation, or elle ne figurait sur aucune liste de déportées. Rifka Ickovicova épouse Goldnadel née le 16 novembre 1921 a été homologuée Déportée internée résistante (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201104, notice ICKOVICOVA Rifka dite Marianne [née ICHANOVIC], épouse GOLDNADEL par Daniel Grason, version mise en ligne le 6 décembre 2018, dernière modification le 11 avril 2019.

Par Daniel Grason

Rifka Ickovicova dite Marianne
Rifka Ickovicova dite Marianne

SOURCES : Arch. PPo. GB 111, GB 112, KB 18. – Bureau Résistance GR 16 P 300811. – Boris Holban, Testament. Après 45 ans de silence, le chef militaire des FTP-MOI de Paris parle…, Calmann-Lévy, 1989. – Dominique Rémy, Les lois de Vichy, Éd. Romillat, 1992.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 181

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