FRIESS Charles

Par Jean-François Lassagne

Né le 31 juillet 1902 à Bouxwiller (Bas-Rhin en Alsace annexée)., mort le 24 novembre 1979 ; sidérurgiste à l’usine de Rombas (Moselle), militant syndical, communiste, résistant, passeur, membre du groupe Mario, interné au Fort de Queuleu (Metz), déporté au camp de Natzweiler-Struthof puis à Dachau, adjoint au maire de Vitry-sur-Orne (Moselle).

Charles Friess. Archive familiale.

Charles Friess était le fils de Sébastien Friess et de Salomé Walter.
Il fut placé à 12 ans chez des paysans en Alsace puis travailla comme grutier. Il effectua son service militaire du 19 novembre 1922 au 10 mai 1924 en Algérie à Hussein Dey. Au retour du service, il s’installa à Vitry-sur-Orne (Moselle), et travailla comme ouvrier à l’usine sidérurgique de Rombas (SLAR). Il épousa le 20 février 1925, Lydia Catherine Wimmenau, originaire de Weiterswiller (Bas-Rhin). Militant de la CGT, il fut élu délégué du personnel, et participa à l’occupation de l’usine en 1936. A cette occasion, il adhéra au Parti communiste.

Lorsque l’Alsace-Moselle fut annexée par le Reich allemand en 1940, sa famille fit partie des gens considérés comme germanisables (Volksdeutsche).
Charles Friess entra dans la résistance et devint membre du Groupe Mario fondé par l’instituteur communiste Jean Burger. Distribution de tracts, cache de la ronéo, collectes pour aider les familles des camarades pris par la Gestapo : ces actes de résistance en Moselle annexée étaient très dangereux, les résistants arrêtés étaient considérés comme traîtres à la patrie. Employé au chemin de fer de l’usine de Rombas (transport du charbon entre Valenciennes et l’usine de Rombas), il se chargea du passage de la frontière vers Joeuf (Meurthe-et-Moselle) de 52 jeunes réfractaires qui refusaient l’enrôlement dans la Wehrmacht. C’est ainsi qu’il permit à l’un de ses fils de rejoindre les maquis en zone libre. Dans la foulée de la vague d’arrestations et de tortures qui décima le groupe Mario entre octobre 43 et février 44, il fut dénoncé et fut arrêté sur son lieu de travail, à l’usine de Rombas, le 20 janvier 1944, en même temps que de nombreux camarades.
Il fut enfermé tout d’abord au SS-Sonderlager du fort de Queuleu (Metz) ; ce camp, dirigé par Georg Hempen, fut créé en 1943 spécialement pour détenir et torturer les résistants notamment ceux du groupe Mario. Charles Friess vit mourir des suites d’une séance de torture un de ses camarades Henri Weber de Rosselange. Il fut ensuite déporté au camp de concentration du Struthof (commune de Natzwiller dans le Bas-Rhin) puis à Dachau.

Il fut libéré le 6 mai 1945 par les Alliés, et rentra chez lui très affaibli. Après une courte convalescence, il recommença à travailler à l’usine de Rombas jusqu’à sa retraite.
Avec d’autres anciens détenus, il témoigna contre Georg Hempen en 1969 à Sarrebruck, décrivant les sévices que celui-ci faisait subir aux résistants internés. Hempen fut acquitté par le tribunal allemand. La famille de Charles Friess fut représentative de ce que vécurent nombre de familles alsaciennes-lorraines sous l’occupation nazie, car, pendant qu’il était déporté, sa fille aînée Alice était à l’Arbeitsdienst (Service du travail) à Ulm (Allemagne), son fils aîné, Charles, réfractaire à la Wehrmacht, dans un maquis en France, et son fils cadet, Alfred, enrôlé de force dans la Wehrmacht, sa femme Lydia restant seule avec leur dernière fille.
Élu communiste au conseil municipal de Vitry-sur-Orne aux élections de 1945, il demeura conseiller puis adjoint au maire durant 32 ans.
Il mourut le 24 novembre 1979.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201192, notice FRIESS Charles par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 3 avril 2018, dernière modification le 3 avril 2018.

Par Jean-François Lassagne

Charles Friess. Archive familiale.

SOURCES : Entretien avec madame Friess le 23 avril 2013. — Arch. familiales.— Républicain Lorrain du 30 avril 1978. — Dernières Nouvelles d’Alsace du 19 mai 1985. Témoignages de sa fille cadette et de ses deux petites filles. Abbé François GOLDSCHMITT Alsaciens et Lorrains à Dachau. Fascicule n°5, 1947. Charles Friess Meine Erlebnisse in K.Z,1946.

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