HERNOT Gilbert

Par Pierre Vandevoorde

Né 2 août 1919 à Landerneau (Finistère), mort le 1996 à Louviers (Eure) ; ouvrier de la métallurgie ; syndicaliste CGT, militant PCF à Juvisy (Seine-et-Oise) et dans l’Eure, puis de la Ligue communiste, puis du PS, puis de nouveau sympathisant de la LCR et formateur des jeunes militants.

Aîné des deux fils du militant communiste Albert Hernot, Gilbert Hernot entra aux Jeunesses communistes de Juvisy (Seine-et-Oise) en 1933 alors qu’il était apprenti. Son père était secrétaire de la cellule de la gare. Il sauta le mur d’une caserne pour y déposer des tracts.
Mobilisé en Algérie, il fut condamné à la prison militaire pour avoir constitué une cellule du PCF interdit, s’évada avec ses camarades au bout de quelques mois et s’engagea dans les troupes du général Leclerc. Alors que son père ne revint pas de Dachau, il devint un agitateur de la CGT, chargé d’aller d’entreprise en entreprise pour créer des syndicats. Il sert aussi de doublure aux dirigeants syndicaux annoncés en tête d’affiche de meetings, mais « empêchés ».
Secrétaire du syndicat Citroën-Grenelle en 1947, il fut secrétaire du syndicat des métaux de Juvisy pendant les années 1950. L’état de santé de sa femme nécessita de partir en province. Il finit par trouver un emploi dans une entreprise de la métallurgie de la vallée de l’Andelle dans le nord de l’Eure. Il devint secrétaire de l’Union locale, entra au bureau de l’Union départementale comme secrétaire à la propagande. Il fut nommé parallèlement par la confédération délégué régional à la diffusion de La Vie ouvrière.
Dans l’Andelle, il impulsa un militantisme de lutte où chaque conflit provoquait ou minimum des débrayages de solidarité dans les autres entreprises. En mai 1968, il considéra que la CGT et du PCF avaient refusé de mettre en cause le pouvoir économique de la bourgeoisie et en tira les conséquences.
En octobre 1970, le refus par l’UD CGT de soutenir trois de ses militants de Vernon poursuivis pour antimilitarisme suscita l’annonce de son passage du PCF à la Ligue Communiste. Il fut aussitôt « démissionné » du bureau de l’UD par un simple communiqué dans Paris Normandie.

La LC l’impliqua alors dans une tournée nationale de meetings. Il devait être le bélier qui détachera du PCF les « pans entiers » qui ont compris la trahison de leur parti en 1968. Pour Gilbert Hernot la désillusion était grande. Il se retrouva bientôt sans revenus et sans perspectives, sa femme mourut. Il mit plusieurs années à sortir de la démoralisation et à refaire sa vie. Embauché à Louviers, il s’investit à fond à la CFDT et revint à la LCR en 76. L’apport de son expérience fut réel mais ses déformations autoritaires et ses habitudes d’homme d’appareil suscitèrent aussi des frictions. Traumatisé, il ne supportait plus l’affrontement. Par crainte d’être éliminé, il lâcha le regroupement oppositionnel et se rapprocha de la diection de la CFDT. Il passa ensuite à la section de Louviers du PS. À partir d’une association antialcoolique, il y construisit une « commission ouvrière ». « Mon espoir d’un nouveau juin 36 s’est trouvé confronté à la politique de trahison et de collaboration de classe du gouvernement Mauroy et des ministres communistes. Les ouvriers et les chômeurs que j’avais regroupés ont été les premiers à le comprendre et à quitter le PS » (G. Hernot, « mon parcours politique »). Il se rapprocha de nouveau de la LCR. À partir de 1989, il contribua en particulier à donner de la chair à la formation des jeunes du cercle JCR (parmi lesquels Olivier Besancenot). Malade, il se retira de toute activité en 1994.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201256, notice HERNOT Gilbert par Pierre Vandevoorde, version mise en ligne le 2 avril 2018, dernière modification le 22 avril 2018.

Par Pierre Vandevoorde

SOURCES : Brochure « le syndicat est l’arme de tous les travailleurs » http://www.association-radar.org/IMG/pdf/10-008-00020.pdf — G.Hernot, « Mon parcours politique », quatre pages manuscrites remises à l’auteur 18-12-1989. —. Pierre Vandevoorde, « 1950 et après : Trois décennies d’activités trotskystes à Vernon (Eure) et au Laboratoire de Recherches Balistiques et Aérodynamiques (LRBA) » 2015 http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39874~–

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