CROPPI Louis, Célestin, dit P’tit Louis

Par François Ménétrier

Né le 2 décembre 1925 à Lyon (3e arr.) et mort à Lyon (5e arr.) le 8 novembre 2014 ; déporté à dix-sept ans à Mauthausen, puis à Dachau ; responsable local de la FNDIRP ; adhérent de la JOC ; militant de la CFTC puis de la CFDT du Rhône ; militant du PSU Rhône.

Portrait de Louis Croppi à 40 ans (Collection familiale).

Lundi 1er mars 1943, une rafle a lieu au petit matin à Villeurbanne (Rhône) dans le quartier populaire de la place Jules Grandclément. Elle se terminera à 17h. Tout le quartier est bouclé et des contrôles sont effectuées dans les rues, les immeubles, les appartements, les entreprises. Près de trois cents personnes sont rassemblées par des soldats allemands, des miliciens et la Gestapo dans la salle du café Jacob, où elles sont interrogées et triées après un contrôle d’identité. Cent cinquante d’entre elles environ – pour la plupart de jeunes hommes de 20 à 30 ans-, officiellement « réquisitionnées », seront parquées dans la cour du pensionnat de l’Immaculée Conception. Parmi ces personnes raflées de simples passants, des Villeurbannais, des gens venus d’ailleurs en car, des employés et des ouvriers, dont Louis Croppi, 17 ans qui attendait à l’arrêt du tramway ce matin- là à 6h15 afin de rejoindre l’entreprise Bonnassieu (Lyon 5ième) dans laquelle il est apprenti plombier.
En fin de journée, tous sont emmenés à la gare de Villeurbanne et envoyées au camp de transit de Compiègne, dans des wagons à bestiaux. Certains y décèdent dans ce camp, comme Jules Kummer le 15 mars 1943. La majorité des raflés de Villeurbanne sera déportée au camp de Mauthausen. Les prisonniers identifiés comme juifs étant séparés de leurs compagnons d’infortune et « mutés au camp français de Drancy » puis dans les camps de la mort.
Louis Croppi fut déporté vers les camps de la mort nazis, à Mauthausen le 18 avril 1943, numéro de matricule 26744, puis à Dachau le 3 novembre 1943, matricule 57518 où il croisa Edmond Michelet. À Dachau, il allait être transféré au Kommando de Kempten de novembre 1944 à début avril 1945.
Libéré par les Américains le 29 avril 1945, il fut rapatrié en France par Mulhouse le 28 mai 1945 et arrivera à Lyon gare des Brotteaux le 30 mai 1945.
Sur les 150 personnes arrêtées ce 1er mars 1943, seuls 73 survivants revinrent des camps.
Louis est Issu d’une famille italienne profondément catholique, son père Auguste est artisan et sa mère Louise Armetta, mère au foyer, sont nés à Bognanco (Italie -Piémont).
Auguste est arrivé enfant en France en suivant ses frères aînés qui venaient travailler à Lyon.
Poêlier-étameur de métier, il allait monter quelques années plus tard, avec l’un de ses frères, une boutique de poêlerie-étamage au 124, route de Genas (Lyon 3ème). Louis grandit dans l’appartement au-dessus de la boutique et c’est son frère aîné, Joseph qui allait reprendre la petite entreprise familiale.
Louis suivit une scolarité dans l’enseignement catholique et passa son certificat d’étude primaire à l’école de La Salle à Lyon 1er. Il entra en apprentissage de menuiserie en 1942/1943, puis de retour de déportation il poursuivit un apprentissage de plomberie en 1946.
Proche de la JOC, il a participé avant sa déportation au patronage et aux soirées de loisirs organisées par ce mouvement confessionnel d’éducation populaire.
Dès l’été 1945, Louis Croppi s’engagea plus activement à la JOC : « une promesse qu’il s’était faite dans les camps ». Il devint rapidement un responsable dans le Rhône et ce jusqu’en 1960. « J’aidai les jeunes à défendre leurs conditions de travail d’apprentis ».

Il exerça le métier de plombier-chauffagiste jusqu’en 1977 et cofonda la coopérative ouvrière de production : « Sanicoop » (1960-1969 /Lyon 69006). Il participa ensuite à « Coopetpeinture » (1968-1971 / Lyon Croix-Rousse), puis à « Coop et bâtir » (1971 à 1973/ Lyon Saint-Clair). Cette dernière partageait le local d’une autre coopérative « Vivcouleur » fondée par Daniel Véricel.
Dans le même temps, il fut un militant puis un responsable départemental de la CFTC du bâtiment de 1947 à 1964, secrétaire général du syndicat du bâtiment du Rhône en 1952.
Côté loisirs, il participa –dans les années cinquante- à de nombreuses sorties en montagne avec « Arts et joie », le service loisirs de la CFTC.
Il milita pour l’évolution de la CFTC au sein de la Fédération de la construction conduite à cette époque par Albert Detraz.
Au sein de la petite équipe du syndicat départemental CFDT du bâtiment il faisait « autorité » selon plusieurs témoignages, par son ancienneté, son statut de déporté et ses analyses claires de la situation politique et sociale. Il fut responsable de la formation syndicale et il s’investit particulièrement dans le secteur de la formation professionnelle du bâtiment.
En tant que syndicaliste, il participa très activement aux événements de mai-juin 1968 à Lyon qui allaient permettre au syndicat construction-bois du Rhône de prendre un nouvel essor.
Elu au conseil départemental de l’UD CFDT du Rhône, il participera à des négociations avec la Chambre patronale du BTP sur les conditions de travail. En tant que responsable CFDT, il fut membre du Comité de défense des travailleurs immigrés du 3ème arrondissement de Lyon dans les années 1971/1972. Il anima différentes initiatives dans le cadre d’une semaine nationale d’information et d’action avec les travailleurs immigrés organisée par la CFDT et la CGT du 7 au 12 février 1972. Dans les années soixante -dix, il soutint dans le BTP toute une série de conflits du travail menés par des travailleurs immigrés très majoritaires dans les branches professionnelles du bâtiment.
A partir de 1977, il prit un emploi de gardien en maison de retraite et ce jusqu’en 1986.
Sur le plan politique, militant actif du PSU, il affronta des
Candidats sous l’étiquette PSU, il se présenta plusieurs fois aux élections cantonales, en particulier dans le 9ème canton du Rhône en 1967. Il fut également pendant quelques années secrétaire départemental du PSU.
Profondément marqué par sa déportation, il ne cessait de témoigner pour dénoncer l’univers concentrationnaire mais aussi insister sur la solidarité humaine et le progrès social. Il avait survécu, disait-il « grâce à l’entraide de ses camarades ». Alors qu’il risquait de mourir du typhus à Dachau, ses amis lui apportèrent à manger en cachette, alors qu’ils souffraient eux-mêmes de la faim, ce qui lui a permis de survivre quelques jours de plus jusqu’à la libération du camp par les Américains.
La vie en camp lui a appris l’action solidaire : « Mieux vaut être une pierre vivante pour la société, retrousser ses manches et agir pour le progrès plutôt que de se lamenter sans rien faire » disait-il.

« Me considérant comme une victime innocente du cruel système nazi, j’ai préféré m’occuper des plus faibles et cela en partie, grâce aux discussions menées avec mes copains de chambrée de Kempten Kottern, adhérents de la CGT et du parti communiste, qui m’avaient informé sur leurs actions syndicales et politiques ».
Adhérent puis responsable local de la FNDIRP, Fédération nationale des déportés et internés résistants, de 1945 à 2014, il témoignait dans les écoles, lors de manifestations du souvenir ou encore auprès du CHRD, Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, de Lyon.
Louis Croppi fut également membre actif de l’Amicale des d’anciens déportés de Dachau et de celle des anciens de Kempten Kottern.
Chaque année, il était l’un des principaux organisateurs de la commémoration de la rafle de Villeurbanne.
Un hommage à « P’tit Louis » lui a été rendu en mai 2017, devant l’ancienne gare de Villeurbanne, en présence de sa fille Isabelle, de sa sœur Adeline et d’une centaine d’écoliers.
Pour sa fille, « tous les gens qui ont connu mon père ont été marqués par son humanisme et sa foi inaltérable. Il était profondément bon et altruiste. Toujours tolérant et humble ».
D’un premier mariage en 1966 avec Jeanne, Marie Deveze, investie dans la Jeunesse agricole catholique (JAC) il a eu une fille, Isabelle, en 1968. Devenu veuf en 2004, il a épousé Solange, Thérèse, Marie Robert en 2006. Celle-ci est décédée en 2007.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201351, notice CROPPI Louis, Célestin, dit P'tit Louis par François Ménétrier, version mise en ligne le 4 avril 2018, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par François Ménétrier

Portrait de Louis Croppi à 40 ans (Collection familiale).

SOURCES : Témoignage oral de Louis Croppi sur le site de Villeurbanne : www.viva-interactif.com/croppi (2011). - Correspondance avec la fille de Louis Croppi, Isabelle Cosialls, mars-avril et octobre 2017. — Arch. Mun. Villeurbanne, 5H24 (rafle du 1 mars 1943) ; NC9. "Souvenirs de paroissiens, église de la Nativité de la Sainte Vierge" (2009) ; « Récit de la déportation à Mauthausen et à Dachau de Louis Croppi, rescapé de la rafle du 1er mars 1943 : entretien réalisé avec sa fille Isabelle Cosialls (janvier 2005) », Ville de Villeurbanne. – Arch. Dép. Rhône, Fonds CFDT 68J62. - Bulletin municipal, Villeurbanne, septembre-octobre 1943 et août 1945. - Viva Magazine, mars 2013 et 2015. - « Cinquantenaire de la rafle du 1er mars 1943 », OVIDE, Ville de Villeurbanne, février 1993. – Le Progrès, 2 mars 2015 et 6 mai 2017. - Le retraité du Rhône-Bulletin de la CFDT, janvier 2015. - Hubert Jannon, Villeurbanne, la rafle du 1 mars 1943, Éditions Bellier, 2015. --- Renée Mayoud-Visconti, Pour tout l’or du monde. Des jocistes sous l’occupation, Éditions Aux Arts, 1995. --- Témoignages de Jean Vessot (mars 2018), Daniel Véricel (février 2018), Robert Barlerin (février 2018), Robert Commerçon (octobre 2017) et André Marchetti (octobre 2017).

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