MARINI Jean (ou Giovanni)

Par Alain Prigent, Serge Tilly

Né le 17 novembre 1924 à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), exécuté sommairement le 12 juin 1944 à Senven-Léhart (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor) ; mécanicien ; résistant FTPF.

Jean Marini était le fils de Ricardo Marini, chauffeur, et de Lina Marini, tous les deux nés à Gualdo Tadino province de Pérouse (Italie) ; le couple demeurait alors 18 cité Saint-Félix en Villerupt.
En 1943, ils étaient domiciliés 36 rue Jules Guesde à Gagny (Seine, Seine-Saint-Denis) et Jean Marini, leur fils âgé de 19 ans, célibataire, exerçait le métier de mécanicien, domicilié à Livry-Gargan (Seine, Seine-Saint-Denis).

En mai 1944, il intégra un groupe d’une vingtaine de jeunes gens, composé à l’initiative d’étudiants rennais, mais non lié formellement à une des composantes de la Résistance armée, qui s’était constitué dans la commune de Senven-Léhart (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor). Le chef de ce maquis ainsi formé était Christian Savary FTP venu d’Ille-et-Vilaine qui participa à l’attaque de la prison de Vitré (Ille-et-Vilaine) le 29 avril 1944, il fut secondé par Jean Marion, étudiant, originaire de Paris. Vers le 6 juin 1944, le groupe s’installa dans le château de Goas-Hamon propriété de la famille Novello, cimentier à Guingamp, qui servait de centre de rassemblement pour les maquisards de Plésidy liés à l’AS (Armée secrète). Au bout de quelques jours personne à Senven-Léhart n’ignorait plus leur présence. Georges Le Cun, un des dirigeants de l’AS de Guingamp qui dirigeait le maquis de Plésidy leur rendit visite le 9 juin 1944. Informé de l’indiscipline du groupe, il leur demanda d’évacuer le château, mais il ne fut pas entendu. Le groupe disposait de très peu d’armes. Le 11 juin 1944, il s’était regroupé en vue d’un parachutage d’armes prévu dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 dans les environs de Plésidy (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor). Mais cette opération fut annulée.
Coupé de la population locale, le groupe fut repéré sans difficulté par les autorités d’occupation.
Le 12 juin 1944, à 6h30 du matin, une centaine de soldats allemands, épaulés par trois gendarmes français, encerclèrent la propriété. Les jeunes maquisards tentèrent de se défendre pendant environ une heure. Mais lorsque les Allemands attaquèrent le château à la grenade douze maquisards se rendirent. Si quelques combattants réussirent à se cacher et à s’échapper, sept d’entre eux périrent : deux furent tués au combat et cinq massacrés sur place : Jean Marion, Georges Le Saux, Jean Marini, Edmond Corbel, Jean Julienne, Ernest Le Flammec et Marcel Le Bihan. Leurs corps furent enterrés sommairement dans une fosse commune au cimetière de Senven-Léhart. Jean Marini avait 19 ans. Le château, incendié par les Allemands, fut complètement détruit. Il ne fut jamais reconstruit. Les corps des sept victimes furent inhumés directement dans une fosse commune du cimetière de Senven-Léhart, les autorités allemandes interdisant comme à leur habitude toute cérémonie à leur intention. Les corps furent exhumés le 1er septembre 1944 et le corps de Jean Marini réinhumé le jour-même sur place dans le cercueil n°1 (l’acte de décès fut dressé le même jour à Senven-Léhart).

L’opération militaire allemande qui fut l’une des opérations de répression les plus sanglantes menées dans le département (dix-neuf victimes), fut conduite sous la responsabilité de Rudolph Kiekaffer et de Wilhelm Funke du SD de Saint-Brieuc.
Les douze maquisards arrêtés, furent incarcérés à Guingamp où ils furent martyrisés. Le 16 juin 1944, ils furent condamnés à la peine de mort par le Tribunal du secteur postal 56 300 "pour activités de franc-tireur" et exécutés le jour même : Paul Herviou, Briac Blanchard, Albert Fouilhon, Joseph Le Bihan, Henri Le Gac, Alphonse Le Pape, Jean-Baptiste Le Tallec, Jean-Marie Lossouarn, Jean Péron, Albert Pinson, Paul Riou et Christian Savary, au camp d’aviation de Servel près de Lannion.
Leurs noms figurent sur Le monument du camp d‘aviation de Servel en Lannion où une importante cérémonie patriotique se déroule tous les ans le premier dimanche du mois d’août. Par contre les tragiques événements du 12 juin 1944 ne donnèrent lieu dans les années qui suivirent la Libération à aucune commémoration significative dans la commune de Senven-Léhart où aucun monument commémoratif n’a été érigé.

Jean Marini obtint la mention mort pour la France et son nom est inscrit sur le monument aux morts de Gagny et sur le monument aux martyrs de la résistance et de la déportation de Livry-Gargan.

Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord

Pia Carena Leonetti, dans son ouvrage Les Italiens du maquis (op. cit.) fait mention d’un Mazini Giovanni évoqué dans une notice très succincte. Tout laisse à penser qu’il s’agit de la même personne que ce Marini, Jean même si elle le fait, à tort, combattre et mourir dans le Finistère aux lieu des Côtes du Nord (devenues entre-temps Côtes d’Armor) : la date de naissance est, à un an près, la même tout comme son lieu de domicile dans la banlieue parisienne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201414, notice MARINI Jean (ou Giovanni) par Alain Prigent, Serge Tilly, version mise en ligne le 5 avril 2018, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Alain Prigent, Serge Tilly

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 2W236. — Archives de l’ANACR. — Alain Prigent et Serge Tilly, L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les Lieux de Mémoire, Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, n° 10 (2004) et n° 11 (2005). — Pia Carena Leonetti Les Italiens du maquis, Paris, Éd. Mondiales 1968 — Notes Antonio Bechelloni et Michel Thébault. — Mémorial genweb.

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