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L’Orphelinat national du chemin de fer (ONCF)

En 1891, la Compagnie du Paris-Orléans créa l’Orphelinat des chemins de fer français. À son tour, le Syndicat national créé en 1895 se préoccupa des conséquences d’un métier dangereux, notamment à propos du devenir des orphelins. Il fallut une réponse adaptée. La loi de 1901 sur les associations aida à trouver la solution. Créé en 1903, l’Orphelinat national des chemins de fer fut agréé au Journal officiel des 15 et 16 juillet 1904. Le Syndicat national, lui-même parmi les premiers syndicats adhérant à la CGT en tant que tel, fut en 1917 l’épine dorsale de la nouvelle Fédération CGT des cheminots. Les deux structures étant liées, les responsables de l’ONCF faisaient partie des organismes de direction de la Fédération. Le syndiqué, adhérent ou non à l’ONCF, acquittait un timbre obligatoire, dédié à l’ONCF.

L’ONCF ne se contenta pas d’un soutien financier à ses pupilles, il considérait qu’il devait jouer un rôle éducatif. Il acheta en 1911 une propriété à Avernes (Seine-et-Oise, aujourd’hui Val-d’Oise) offrant l’hébergement et une instruction primaire aux orphelins, tout en tirant parti des produits de la ferme attenante (verger, potager et 32 hectares de terrains agricoles). En 1931, une autre acquisition fut faite au Vésinet (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines) pour l’apprentissage des jeunes garçons et des jeunes filles. Pour ces dernières, une maison fut ouverte au Pecq (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines) en 1948, les garçons restant au Vésinet. En 1951, une nouvelle structure éducative fut ouverte en Algérie, puis mise à la disposition du syndicat des cheminots algériens au moment de l’indépendance ; elle fonctionne encore aujourd’hui à Bouzareah.

En revanche, l’évolution sociale modifiant le statut de l’orphelin amena l’abandon progressif, par l’ONCF, de ce volet de son activité ; les structures éducatives fermèrent, Le Pecq en 1980, Le Vésinet en 1981. La maison d’Avernes, qui accueillait de plus en plus de jeunes placés par les organismes sociaux, connut le même sort en 1985. Alors que les réponses aux problèmes sociaux étaient dorénavant plus diversifiées, des structures se consacrant uniquement aux orphelins semblaient inadaptées.

Dans la vie mouvementée du syndicalisme, l’ONCF avait résisté à l’épreuve de la scission de 1921, les deux organisations, CGT et CGTU, considérant l’orphelinat comme une œuvre comune et coexistant au sein du conseil d’administration de l’ONCF. En 1926, l’ONCF comptait 7 200 membres sur un total d’environ 150 000 cheminots syndiqués à l’une des deux Fédérations nationales, confédérée ou unitaire. Cette même année, 87 orphelins de père et de mère furent secourus, 766 orphelins de père et 394 orphelins de mère. Au moment de la création de Force ouvrière, la situation était différente. L’application stricte des statuts — qui considérait l’ONCF comme une émanation de la CGT, notamment au travers de la cotisation syndicale personnelle de l’adhérent CGT —, conduisit ses dirigeants à réclamer non seulement le paiement de l’adhésion à l’ONCF mais aussi le paiement du timbre obligatoire prévu dans la cotisation syndicale CGT.

Lors d’une assemblée générale de l’ONCF, le 11 juin 1960, le lien organique entre CGT et ONCF fut remis en cause. Le congrès fédéral de 1963 modifia les statuts de la Fédération et suivit la demande de l’ONCF. La présence dans les organismes de direction de la Fédération des responsables de l’ONCF fut supprimé et les syndiqués n’acquitteront plus de cotisation au titre de l’ONCF. Néanmoins, la Fédération continua de considérer l’ONCF comme une œuvre à laquelle elle tenait tout particulièrement ; elle lui versait une subvention dont le niveau était fixé par la direction fédérale. Ce système perdure dans les statuts, avec des formes diverses, compte tenu de l’évolution de la politique financière de la CGT et aussi du fait que l’ONCF, après la création du comité central d’entreprise (CCE-SNCF), a un statut financier différent et plus favorable.

En 2000, l’ONCF recensait 32 440 adhérents en augmentation de 15 % d’un congrès à l’autre, répartis en 263 groupes locaux et 25 comités régionaux. Il avait en charge 722 pupilles (51 orphelins de père et mère, 530 orphelins de père et 191 orphelins de mère). Le construction et l’ouverture, en 1995 à Montreuil, d’une maison d’hébergement, facilite la venue à Paris et dans la région parisienne, des pupilles. Un partenariat avec le chalet Pierre Semard à Montroc-le-Planet ouvre des possibilités d’accès moins onéreuses aux plaisirs de la montagne. Les groupes locaux sont très présents sur le plan culturel et festif dans les localités, les initiatives prises sont souvent parmi les plus importantes dans les localités concernées, bien au-delà de la population cheminote.

Par Pierre Vincent

L'Orphelinat national du chemin de fer (ONCF)
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