NIEL Didier, Lucien, Gaston

Par Jacques Defortescu

Né le 19 septembre 1947 à Rouen (Seine-Maritime/Seine- Inférieure) ; ajusteur-fraiseur ; militant CGT aux « Fermetures Éclair » à Petit-Quevilly, en Seine-Inférieure de 1964 à 1980 ; président fédéral de la JOC à Rouen, de 1968 à 1970, secrétaire général de l’ACO de 1983 à 1988 ; membre de la commission exécutive de la CGT de 1989 à 2004, secrétaire confédéral de la CGT de 1992 à 1999 ; secrétaire général de l’Union départementale CGT. de Paris de 2000 à 2007, militant associatif et notamment président du conseil d’administration des Éditions de l’Atelier de 2000 à 2006.

Didier Niel en 2012

Né à Rouen (Seine-Maritime/Seine- Inférieure), Didier Niel était fils unique de Lucien Niel et Odette Niel née Étienne, mariés en 1938.
Son père, prisonnier dès le début de la Seconde Guerre mondiale, resta 5 ans en Autriche. Au retour de captivité, après un temps à la Mairie de Rouen, il fut embauché au Port Autonome de Rouen. Il y resta jusqu’à sa retraite en 1974, où il termina sa carrière comme cadre, responsable du parc automobile.
Syndiqué à la CGT, il participait aux mouvements de grève. À sa retraite, Lucien devint trésorier du syndicat des retraités CGT du Port Autonome de Rouen. Adhérent à l’association des Anciens Prisonniers de Guerre, il participait à ce titre aux différentes initiatives de l’association.
Sa mère était vendeuse au « Sans Pareil » un grand magasin de Rouen, à l’angle de la rue du « Gros Horloge » et de la place de la cathédrale de Rouen, puis à la Loterie Nationale, « Au Petit Bonheur » rue des Carmes jusqu’à la naissance de Didier. Elle fit aussi du remaillage de bas à domicile, pour « arrondir les fins de mois » de la famille.
Pendant la guerre, la mère de Didier habitait rue de la Vicomté à Rouen, puis sinistrée par les bombardements alliés du printemps 1944, elle se réfugia chez ses parents. Au retour de son mari, ils habitèrent un logement insalubre rue d’Amiens. C’est là que Didier vit le jour, neuf ans après leur mariage, sous un parapluie, le toit n’étant pas très étanche !
Votant régulièrement communiste, les parents de Didier Niel vivaient leur engagement au quotidien, notamment dans l’accompagnement et l’aide aux autres. La famille, les amis ou les voisins pouvaient compter sur eux. Ils soutenaient aussi financièrement de nombreuses associations de solidarité et de recherches médicales.
Didier alla à l’école primaire Géricault à Rouen jusqu’en 1961. Puis au collège technique de Deville les Rouen ou il passa son CAP d’ajusteur en 1964. Il fut ensuite embauché aux « Fermetures Éclair » à Petit-Quevilly (Seine - Maritime).
En 1962, il fit l’expérience des vertus de l’action collective lors d’une grève avec ses camarades du collège technique à l’initiative de militants de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Grace à cette lutte ils obtinrent, bien avant 1968, l’élection de délégués de classe pour les représenter. Cette victoire renforça sa foi en l’homme et sa conviction que celui-ci ne peut grandir seul, mais bien en union et confrontation avec d’autres. Il décida alors d’adhérer à la JOC.
De 1962 à 1970, au sein de la JOC, il participa et organisa des sessions de formation, d’appropriation de la démarche « voir, juger, agir » par la pratique de la « révision de vie » (mise en rapport de la vie, la foi et la Bible), ainsi que de l’intuition fondatrice de la JOC : « un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde ». Il participa également aux Conseils Nationaux de la JOC et devint en 1968 Président de la Fédération de Rouen.
En mars 1967, Didier Niel parti au service militaire dans le Génie à Grenoble (pendant 2 mois). Il y fut 2ème classe, électro-mécanicien, démineur, monteur et démonteur de ponts, d’abord à Oran en Algérie (8 mois) et à Strasbourg (6 mois).
Au printemps 1968, participant à une compétition de navigation, entre régiments du Génie, d’Angers à Rouen par les fleuves et les canaux, Didier Niel arriva à Rouen la veille du démarrage des grèves des postiers et des cheminots après avoir traversé Paris en pleine ébullition étudiante. Il profita d’une permission de quelques jours pour rester à Rouen, son colonel devant lui envoyer cette dernière par la poste. Elle n’arriva jamais à destination et de toute façon il n’y avait plus de train pour repartir à Strasbourg. Il resta trois semaines dans la quasi illégalité, préparant dans la journée, entre deux manifestations, un meeting de la JOC, prévu pour mi-juin à Yvetot et participant la nuit à l’occupation, avec ses camarades, de son usine des Fermetures Éclair.
À son retour à la caserne, après le redémarrage des trains, heureux et fier de ce qu’il avait vécu, mais conscient que sa situation n’était pas des plus nette, il pensait ne pas échapper à de nouvelles sanctions pouvant retarder sa libération. Coup de chance, Le général De Gaulle venant de dissoudre l’Assemblée Nationale, libéra plus tôt sa classe dans l’espoir que les soldats du contingent, bien remontés par un mois d’enfermement en caserne, soient sensibles aux candidats gaullistes. Fini le supplément d’armée. Il fut même libéré deux semaines avant la fin officielle de son service militaire, mais n’ayant pas encore 21 ans ne put même pas voter.
De 1964 jusqu’en 1980, hors service militaire, Didier Niel fut fraiseur aux Fermetures Éclair. Dès son embauche il adhéra à la CGT et assura progressivement différentes responsabilités et mandats électifs. Il fut élu secrétaire général de son syndicat CGT en 1976.
Parallèlement de 1972 à 1980 Didier fut élu à la commission exécutive et au bureau de l’Union départementale CGT de Seine-Maritime et chargé, avec Albert Perrot, de la formation syndicale. Il dirigea alors de nombreux stages dans la région normande, pour le compte du CREO -CGT (Comité Régional d’Éducation Ouvrière- CGT), mais aussi dans les Unions locales CGT de Neufchâtel, Blangy/Bresle, Le Trait, Quevilly/Couronnes en Seine-Maritime ainsi que chez les dockers de Rouen.
En 1977, il participa à Lyon à la Rencontre nationale de l’Action Catholique Ouvrière (ACO) et devint Secrétaire national de ce mouvement en 1980 à la Rencontre Nationale de Bordeaux. Il quitta alors son entreprise de Petit-Quevilly et la Normandie pour habiter en région parisienne avec sa famille. À la Rencontre nationale de Marseille, en 1983, après des débats assez animés sur les rapports entre la vie et la foi, il fut élu secrétaire général de l’ACO jusqu’en 1988.

À la fin de son mandat de secrétaire national de l’ACO, Didier Niel, souhaitait reprendre des responsabilités dans le mouvement syndical. Les effectifs de l’usine Fermetures Éclair diminuant, il lui fut impossible d’y retourner. Sur proposition d’Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT, il fut élu à la commission exécutive, puis au bureau de l’Union départementale CGT de Paris de 1988 à 1992. Il y assura la responsabilité du secteur Droits et Libertés, coopéra avec les syndicats des banques et assurances ainsi qu’avec l’Union locale CGT du XIVe arrondissement. Il fut également responsable du personnel.

La CGT ayant la volonté de construire une direction confédérale diversifiée, Didier Niel fut élu à la Commission exécutive confédérale de la CGT, lors du 43e Congrès Confédérale en 1989, puis au Bureau Confédéral lors du 44e congrès de 1992, ceci jusqu’au 46e Congrès de 1999. Proche de Louis Viannet, secrétaire général de la CGT, Didier Niel, comme secrétaire confédéral, coordonna des secteurs importants.

Au CCEO (Centre Confédéral d’Éducation Ouvrière), il y organisa notamment la refonte des premiers et deuxièmes degrés de formation syndicale, du supérieur et le lancement de la réflexion sur la pédagogie, avec des universitaires, ce qui était nouveau. Il poursuivit la modernisation et le développement du centre de formation confédérale, Benoît Frachon de Courcelle-sur-Yvette (Essonne).
Dans le secteur LDAJ (Liberté Droit Action Juridique) de la CGT, il participa à l’organisation de la campagne électorale prud’homale de 1992. Coordonna le suivi des différentes « affaires et procès syndicaux », notamment dans l’organisation de la défense lors du procès en appel de Manufrance à Lyon en 1993.

Il fut également responsable du secteur Immigration de la CGT et contribua au développement de ce secteur par l’organisation et la conduite du « Tour de France de la Fraternité ». Dans la CGT, il fit progresser l’idée que les « Sans Papiers » sont des salariés comme les autres et devaient être défendus au même titre que les autres travailleurs. Il organisa aussi la relation avec les différents collectifs de « Sans Papiers » lors de l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996 et des occupations qui suivirent. Le rôle initial et la réflexion de Didier Niel sur ce dossier furent prépondérant. Par la suite, la CGT gagna sa reconnaissance sur cette question notamment avec le développement des grèves de « Travailleurs Sans Papiers », faisant passer ces actions du statut de faits de société à celui de conflit social.
Suite au 46e congrès confédéral de la CGT, Didier Niel fut sollicité et élu Secrétaire général de l’Union départementale CGT de Paris en 2000.
Depuis quelques mois, l’activité de cette l’UD, était provisoirement coordonnée par Daniel Fargeas suite à la démission, pour raison de santé, de Philippe Gitton son secrétaire général. La commission exécutive de l’UD, divisée par de nombreux conflits internes procéda à un vote indicatif, en son sein, pour établir une liste de militantes ou militants à solliciter pour être le ou là candidat (te) à la responsabilité de secrétaire général au congrès de 2000.
Ayant l’avantage d’avoir été absent des conflits pendant son mandat au bureau confédéral, considéré comme parisien, malgré son origine normande, grâce à son premier mandat à l’UD, le nom de Didier Niel arriva en 2e position. Marie-Antoinette Omont, arrivée en tête mais consciente d’être trop partie prenante des conflits passés refusa le mandat. Pour autant, élue au secrétariat de l’UD elle contribua avec efficacité au retour d’une activité plus sereine. Louis Viannet et Bernard Thibault, nouveau secrétaire général de la CGT, encouragèrent Didier Niel à accepter ce défi. Il resta au secrétariat général de l’U.D. de Paris jusqu’à sa retraite en 2007.

Didier Niel adhéra dès 2008 aux sections de retraités de la métallurgie de Paris et du XXe arrondissement. Il fut élu au conseil national de l’Union Fédérale des Retraités de la Métallurgie en 2015.

De 2008 à 2015, devenu membre du conseil d’administration de l’UFM (Union Fraternelle des Métallurgistes) Il y développa diverses initiatives culturelles, notamment la mise en place d’un partenariat avec la Maison des Métallos dans le XIe arrondissement de Paris.

Didier Niel fut également engagé dans le mouvement associatif :
Outre parmi les parents d’élèves dont il fut délégué FCPE de 1975 à 2004, il devint aussi adhérent à la CNL dès 2000 et élu en 2008 au bureau de l’Amicale de locataires de la cité HLM où il habitait dans le XXe arrondissement de Paris.

Didier Niel, fut co-directeur de la collection « Tout Simplement » aux Éditions de l’Atelier de 1995 à 2000 et président du Conseil d’administration de cette maison d’édition de 2000 à 2006, Il fut élu au Conseil d’administration des Amis des Éditions de l’Atelier en 2006.

Membre d’honneur du Conseil d’administration du GOEES (Groupement des Organismes Employeurs de l’Économie Sociale) depuis 2010, il en fut un témoin du monde associatif.

Dès 2017, Didier Niel assura la présidence du Conseil d’administration d’ANTINEA (association du XXe arrondissement de Paris pour l’insertion par l’emploi et l’aide à la personne).

Didier Niel se maria le 31 octobre 1970 avec Michèle Patenère, cadre dans la fonction publique territoriale. Ils eurent quatre garçons : Cédric né le 5 février 1972, Pascal né le 30 avril 1975, Antoine le 29 avril 1980 et Florent le 13 mai 1986. Ils divorcèrent en 2000.
Didier Niel vécut à partir de 2010 avec Sabine Hernas, militante, membre du Comité National et directrice générale adjointe du Secours Populaire Français.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201971, notice NIEL Didier, Lucien, Gaston par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 22 avril 2018, dernière modification le 23 mai 2022.

Par Jacques Defortescu

Didier Niel en 2012

SOURCES : Témoignages de 2015 à 2018. — Collection du Peuple. — Le Fil Rouge, n° 33, hiver 2008/2009.

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