N’TCHORÉRÉ Charles

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 15 novembre 1896 à Libreville (Afrique Équatoriale française, aujourd’hui Gabon), exécuté par la Wehrmacht le 7 juin 1940 à Airaines (Somme) ; officier d’active.

Fils de notables gabonais de l’ethnie myéné, Charles N’Tchoréré commença sa scolarité à la Presbyterian Church de Baraka-station (mission protestante de Libreville) et la poursuivit de 1904 à 1912 à l’école Montfort tenue par les missionnaires catholiques de Saint-Gabriel. Le père de Charles N’Tchoréré était agent de commerce au Cameroun (alors colonie allemande). Il interrompit ses études pour travailler avec lui.
Après la déclaration de guerre en 1914, il retourna au Gabon et fut mobilisé en 1916 dans les tirailleurs sénégalais. Envoyé sur le front, il était sergent et secrétaire d’un colonel à la fin du conflit. Il décida de faire carrière. Il fut promu adjudant en 1919 et servit au Maroc. Envoyé à l’école d’officiers de Fréjus, il en sortit major de sa promotion en 1923 avec les épaulettes de sous-lieutenant « à titre indigène ». Il fut envoyé en Syrie où il fut grièvement blessé au combat dans les rangs de la 7ème compagnie du 17e régiment de tirailleurs coloniaux. La Croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs lui fut attribuée le 11 décembre 1925 avec la citation suivante : « officier de valeur, d’une bravoure remarquable. A été grièvement blessé à la mâchoire au cours du combat du 30 au 31 juillet ».

Revenu en Afrique en 1925, il fut affecté au Soudan français (actuel Mali). Le ministère de la guerre le gratifia le 17 novembre 1925 d’un témoignage de satisfaction  : « A fait preuve de qualités de travail et d’intelligence, ainsi que du désir de perfectionner son instruction générale en publiant sur le Gabon, dont il est originaire, un travail très intéressant paru dans la Revue des troupes coloniales en 1925. » Il fut nommé lieutenant à titre indigène en 1926 puis à titre français l’année suivante. Promu capitaine en 1933, il commanda l’école des enfants de troupe de Saint-Louis du Sénégal.
En 1939, à la déclaration de guerre, il se porta volontaire pour servir au front. En juin 1940, il commandait dans la Somme la 5e compagnie du 2e bataillon du 53ème régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (53e RICMS). Son unité était postée à Airaines, une petite ville située à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Amiens. Le 5 juin, elle repoussa un assaut de la 7ème Panzerdivision du général Rommel, et un autre le lendemain matin en dépit de violents bombardements de l’aviation et de l’artillerie allemandes. Le 7 juin, le capitaine N’Tchoréré se porta volontaire pour couvrir la retraite du gros du bataillon. Dans la soirée, la 5e compagnie ne comptait plus qu’une quinzaine d’hommes valides, privés de munitions. Ils furent contraints à la reddition.

Les militaires allemands du 25e régiment d’infanterie entreprirent de séparer les prisonniers européens de leurs camarades africains. Charles N’Tchoréré protesta de sa qualité d’officier français en invoquant la convention de Genève. Il fut abattu d’une balle dans la nuque. Les autres soldats noirs capturés avec lui furent massacrés quelques jours plus tard avec d’autres prisonniers d’origine africaine.

Charles N’Tchoréré venait d’obtenir la nationalité française. Son fils Jean-Baptiste, caporal au 2ème régiment d’infanterie coloniale, succomba à ses blessures le lendemain à Remiencourt (Somme).
En octobre 1940, le capitaine N’Tchoréré fut cité à titre posthume à l’ordre de la division puis en août 1954 à l’ordre du corps d’armée et décoré de la Croix de guerre avec étoile de vermeil.

Le prytanée militaire de Saint-Louis-du-Sénégal porte son nom. En 2014, la 198e session de l’Institut des Hautes études défense nationale (IHEDN) choisit de prendre son nom, comme l’avait fait la promotion 1957-1959 de l’Ecole de formation des officiers ressortissants des territoires d’outre-mer (EFORTOM de Fréjus). A Airaines, une rue porte son nom et un monument a été érigé en 1965 à sa mémoire et à celle de « tous les combattants d’Afrique noire qui ont versé leur sang pour la France.

Au Gabon, un timbre à son effigie a été édité en 1962 et une statue a été érigée à Libreville dans le quartier Rénovation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article201980, notice N'TCHORÉRÉ Charles par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 22 avril 2018, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Ravery

Avec ses deux fils.
Tombe à Remiencourt
Stèle à Airaines

SOURCES : Raphaël Scheck, Une saison noire : Les massacres de tirailleurs sénégalais. Mai-juin 1940, éd. Tallandier, 2007.— Jean-Pierre Richardot, 100 000 morts oubliés : La bataille de France, 10 mai-25 juin 1940, Le Cherche midi , 2009. — Jean-Patrick Mackossaud, Charles N’Tchoréré, un héros gabonais mort pour la France, Yvelinédition, 2010. — Louis Bigmann, Le Capitaine Charles N’Tchoréré, éd. NEA,‎ Abidjan,1983. — Patrick Ceillier, Charles N’Tchoréré, un même héros pour le Gabon et pour la France, Gabon Magazine, no 3,‎ septembre 2007. — Charles Eboulé, La France rend hommage au Capitaine Charles N’Tchoréré, Gabon Magazine, no 12,‎ octobre 2010. — site panafricain AYONG.fr . — Wikipedia.org. — Les Chemins de mémoire, ministère de la défense.

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