ZULIANI Amerigo

Par Alain Prigent, Serge Tilly, Antoine Zuliani

Né le 22 septembre 1924 à Angomont (Meurthe-et-Moselle) ; tué au combat le 9 juillet 1944 à Coat-Nevenez en Pommerit-Jaudy (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) ; FTP.

Fils de François Zuliani, maçon et d’Adelina Bresin, sans profession, le couple eut 3 enfants, Amerigo, Antoine et Gino.
La famille Zuliani était originaire de la ville de Pordenone, province Frioul - Vénitie, non loin de Venise.
C’est la grave crise économique des années 1920 - 1930 en Italie avec son chômage massif qui poussa la famille Zuliani à s’exiler en France, elle arriva en Lorraine à Angomont au début des années 1920, c’est dans cette ville que naquit Amerigo.
Dans les années 1930 une diaspora italienne était installée à Lorient (Morbihan), elle regroupait des travailleurs italiens travaillant dans le bâtiment, dont des membres de la famille Zuliani, Amerigo Zuliani et sa famille s’y installèrent.
Amerigo célibataire, habitait chez ses parents à Lorient, il travaillait comme cimentier avec son père.
En 1942, Amerigo Zuliani entra en contact à Lorient avec la Résistance par l’intermédiaire d’un camarade de travail originaire de La Clarté en Perros-Guirec (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor), il rejoignit cette commune s’y installa et travailla comme maçon.
En 1944, Amerigo Zuliani intégra la compagnie Roger Barbé sous le commandement de Corentin André, le capitaine Maurice.
Début juillet 1944, 120 maquisards s’installèrent sur les hauteurs boisées dominant la rivière du Jaudy à proximité de la ferme-manoir de Coat-Névenez en Pommerit-Jaudy (Côtes-du-nord ; Côtes d’Armor) tenue par Madame Lestic qui vivait seule avec ses 4 enfants, son mari étant prisonnier de guerre en Allemagne. Ce maquis FTP fut placé sous le commandement de Corentin André, le Capitaine Maurice. Parmi ces maquisards il y avait un déserteur autrichien, Franz Petrei.
Le dimanche 9 juillet 1944, le maquis fut attaqué par des militaires de l’armée d’occupation allemande. Grâce au sang-froid de deux habitants du secteur, Joseph Guillou et Henri Mansec qui eurent le temps de prévenir le maquis de l’arrivée imminente des Allemands, au risque de leur vie, le maquis put s’organiser. Madame Lestic eut juste le temps de fuir pour se mettre en lieu sûr avec ses enfants.
Sur ordre de la Feldkommandantur de Tréguier (Côtes-du-nord ; Côtes d’Armor), les militaires allemands venus de Runan (Côtes-du-nord ; Côtes d’Armor), Plouaret (Côtes-du-nord ; Côtes d’Armor) et Tréguier arrivèrent en grand nombre en véhicules blindés, équipés de mortiers de 37 mm. Les maquisards disposaient de 5 fusils mitrailleurs, de mitraillettes, de fusils, trente hommes n’ayant que des grenades.
De 17h à 21h, les militaires allemands se lancèrent à l’assaut des positions tenues par les maquisards. L’assaillant subit des pertes très importantes, 133 tués et de nombreux blessés, selon un rapport de la Croix-Rouge. Plusieurs raisons expliquèrent ces lourdes pertes : la présence de l’Autrichien pouvant déjouer les ordres des chefs allemands ; les méprises des assaillants se tirant mutuellement dessus ; l’arrivée dans un chemin raviné d’un camion plein d’Allemands, surplombé par des maquisards qui déversèrent des grenades sur le véhicule.
En fin d’après-midi, devant l’arrivée de renforts allemands, le repli des maquisards fut décidé. Il s’effectua, en ordre, par vagues successives, la percée du dispositif d’encerclement fut rompue à la grenade. Quatre maquisards furent tués au combat : Pierre Leclerc, Octave Desliles, François Richard et Amerigo Zuliani. Un maquisard fut tué lors du décrochage : Laurent Goavec. Deux maquisards blessés et intransportables furent assassinés sur place après avoir été martyrisés : Alphonse Le Bris, André Lintanf. Un maquisard fut assassiné sur place après avoir été martyrisé : Gabriel Ollivier.
Des Russes incorporés dans l’armée allemande qui gardaient les morts avaient ordre de tirer sur tous ceux qui approchaient. Trois imprudents dont un jeune de 16 ans furent faits prisonniers. Après avoir été battus deux d’entre eux furent relâchés le lendemain, le plus jeune quelques jours plus tard après avoir été emmené à Plouaret.
Le cheptel fut volé, le bâtiment fut pillé et saccagé. Des scènes de beuveries eurent lieu au cours de la nuit. Le lundi, la ferme-manoir de Coat-Névénez et ses dépendances furent incendiées par les Allemands.
Le garçon de la ferme René Anthoine fut abattu dans la cour de la ferme d’une rafale de mitraillette puis jeté dans le bâtiment en flammes, son cadavre fut retrouvé calciné. L’un des blessés, enfermé au 1er étage du bâtiment en feu, bien qu’ayant les mains ligotées dans le dos, se précipita par la fenêtre. Il fut abattu d’une balle tirée dans la nuque. Les 9 victimes furent inhumées dans une fosse commune à proximité de la chapelle Saint-Pabu, à proximité de la stèle actuelle.
Les résistants ayant réussi à déjouer l’encerclement rejoignirent par la suite des camarades dans d’autres secteurs.
Le 17 juillet 1944, six cars bondés d’Allemands vinrent au bourg de Pommerit-Jaudy. Ils se dispersèrent autour de Coat-Névenez dans l’espoir présumé de retrouver d’autres résistants, se livrant au passage à des pillages.
Amerigo Zuliani fut tué au cours du combat. Se dressant sur un talus pour mieux distinguer l’ennemi, il fit feu jusqu’à ce qu’il fut atteint d’une balle en plein front, il fut inhumé au cimetière de Ploëmeur (Morbihan), une rue de Ploëmeur porte son nom.
Amerigo Zuliani avait 20 ans. Son nom figure sur La stèle de Coat-Névénez en Pommerit-Jaudy.
Cet événement par le nombre de militaires allemands, de Résistants engagés dans ce combat et part le nombre de victimes de part et d’autre en fit un des faits majeurs de cette période de l’occupation allemande dans le département.
Une cérémonie patriotique se tient tous les ans le dimanche le plus proche du 9 juillet, en fin de matinée.
Après la Libération, les parents d’Amerigo eurent toutes les difficultés à connaître la fin tragique de leur fils, en effet celui-ci n’avait laissé aucune adresse. Ce n’est que par un courrier bien plus tard qu’ils apprirent son décès et les circonstances dans lesquelles il eut lieu. C’est ce qui explique la mauvaise écriture de son nom sur le monument faisant figurer son prénom au lieu de son nom.
Amerigo Zuliani fut inhumé provisoirement à Coat-Névenez, ensuite au cimetière de Perros-Guirec, il y restera durant deux ans, puis la famille lui fit des obsèques en toute simplicité au cimetière de Ploemeur oú il fut inhumé.
La maison de la famille Zuliani à Lorient fut en partie détruite par les bombardements de l’aviation alliée, vivant sous cette menace la famille alla s’installer provisoirement à Quimperlé (Finistère).
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Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article202189, notice ZULIANI Amerigo par Alain Prigent, Serge Tilly, Antoine Zuliani, version mise en ligne le 8 juillet 2018, dernière modification le 26 janvier 2021.

Par Alain Prigent, Serge Tilly, Antoine Zuliani

Rue Amerigo Zuliani à Ploemeur.
Corentin André le capitaine Maurice, à la tête des maquisards FTP le 9 juillet 1944 à Coat-Névenez en Pommerit-Jaudy.
Carte éditée par l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance ANACR.

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 68J4 (fonds Roger Huguen). – Alain Prigent et Serge Tilly, L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les Lieux de Mémoire, Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, n° 10 (2004) et n° 11 (2005). Antoine Zuliani frère d’Amerigo Zuliani.

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