MALEMPRÉ Jean.

Par Freddy Joris

Ensival (aujourd’hui commune de Verviers, pr. Liège, arr. Verviers), 24 septembre 1859 – Ensival, 9 février 1909. Ouvrier textile, militant de l’Association internationale des travailleurs, militant syndical socialiste, mutualiste, un des premiers députés socialistes élus en 1894, frère de Hubert et de Toussaint Malempré.

Le grand-père de Jean Malempré, ouvrier teinturier dans le textile, quitte Aywaille (pr. Liège, arr. de Verviers) pour Ensival dans la banlieue verviétoise vers 1820. Son fils Toussaint-Joseph (1801-1872) est tisserand et père de dix enfants nés entre 1843 et 1865.
Jean Malempré, frère cadet des militants internationalistes, Hubert et Toussaint, est orphelin de père lorsqu’il entre à l’usine comme noueur aux Établissements A. Sauvage à Ensival. Il devient par la suite tisserand. C’est un autodidacte poursuivant sa formation grâce à de nombreuses lectures.

Jean Malempré cotise à la section ensivaloise de l’Internationale dès l’âge de douze ans, alors que ses aînés figurent déjà parmi les meneurs de celle-ci. Tandis qu’eux choisissent la voie anarchiste, il collabore, avec Pierre Fluche, en 1877 à une tentative de reconstitution du syndicalisme textile sur le modèle de la Chambre syndicale créée deux ans plus tôt par Louis Bertrand à Bruxelles. En 1882, il devient membre de la Mutualité d’Ensival.

Dans les années 1880, Jean Malempré est un des fondateurs et animateurs du Parti ouvrier belge (POB) à Ensival, où il assume le secrétariat du Cercle populaire dès 1886 et jusqu’à sa mort, et fonde la chorale, L’Écho populaire, en 1892. Il cofonde également la Fédération des travailleurs du pays de Franchimont et la Fédération socialiste de l’arrondissement de Verviers.

Sur le plan politique, Jean Malempré devient en octobre 1887, avec Joseph Maigray, un des deux premiers conseillers communaux socialistes dans la région, sept ans avant les premiers scrutins au vote plural. Il sera réélu jusqu’à sa mort, siégeant comme échevin du 23 décembre 1895 au 30 octobre 1907, avec en charge, les finances et l’instruction publique. En 1890, il échoue de peu à l’élection provinciale. En 1893, il s’investit dans la campagne en faveur de l’obtention du suffrage universel.

Ayant conduit la liste socialiste aux élections législatives, Jean Malempré – un des vingt-huit députés socialistes et alliés (tous ne sont pas socialistes et membres du POB) à être élus pour la première fois – siège à la Chambre, avec Jean Dauvister, Adolphe Gierkens et Thomas Niézette, de 1894 à 1898, année durant laquelle les catholiques emportent les quatre sièges de députés grâce aux votes libéraux qui avaient profité aux socialistes quatre ans plus tôt. Nommé correspondant verviétois du Peuple en 1898, il est élu en 1899 au Conseil provincial de Liège représentant le canton de Spa. Il démissionne en 1900 alors qu’il retrouve son siège de député à la faveur de la représentation proportionnelle et ne le perdra plus.

Comme parlementaire, Jean Malempré obtient, dès son premier mandat, la mise en place d’une enquête sur les conditions de mesurage des pièces dans l’industrie textile, où des patrons malhonnêtes trompent leurs ouvriers payés à la pièce (mètres non conformes, compteur des duites trafiqués). Pierre Fluche avait déjà dénoncé ces abus dénoncés déjà quinze ans plus tôt devant la Commission d’enquête de 1886. Cette enquête aboutira à l’arrêté royal du 1er octobre 1903 imposant l’emploi obligatoire du compteur automatique dans l’industrie du tissage. Il intervient dans de nombreux débats parlementaires notamment lors de la discussion concernant le projet de loi sur les accidents de travail, de celle sur le budget de l’agriculture, etc. En décembre 1901, il prononce un discours, qui a marqué les esprits de l’époque, dénonçant les jeux de hasard : il veut la suppression des salles de jeux, notamment à Spa (pr. Liège, arr. Verviers), « tripots qui sont la honte de notre nation ».

Jean Malempré collabore à la presse socialiste puis syndicale régionale notamment à L’Organe ouvrier (1894-1895), Le Parti ouvrier (1895-1898), En Avant (1898-1899), La Voix du peuple (1899) et, à partir de 1901, au journal de la Fédération de la laine, Le Travail. À partir de janvier 1900, il contribue au journal lancé par Jean Roggeman et quelques tisserands, Le Tisserand : il y mène la campagne pour la réorganisation du syndicat des tisserands.

Jean Malempré meurt avant ses frères aînés le 9 février 1909. Lors de ses funérailles, de nombreux hommages lui sont rendus tant à Verviers qu’à la Chambre.
Le suppléant de Malempré, Jean Dauvister, achève son mandat à la Chambre. La famille de Jean Malempré lègue son impressionnante bibliothèque à la ville de Verviers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article202609, notice MALEMPRÉ Jean. par Freddy Joris, version mise en ligne le 16 juin 2020, dernière modification le 16 juin 2020.

Par Freddy Joris

SOURCES : Données généalogiques communiquées par M. François André (CGSP) en mai 2020 – JORIS F., Pierre Fluche et le mouvement ouvrier verviétois sous Léopold II, Bruxelles, 1997 – Travail de séminaire réalisé par Corinne Cerf, Section Journalisme et communication sociale de l’Université libre de Bruxelles, 2 mai 1985.

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