FOUR Claudius, Florentin [alias Florentin, Berrier Florentin, Florent Berthier, Duc, Kim 3]

Par Frédéric Stévenot

Né le 21 novembre 1895 à Saint-Maurice-de-Beynost (Ain), tué au cours de la nuit du 10 au 11 décembre 1943 à La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert (Aisne) ; marié ; instituteur ; capitaine, BCRA, Armée secrète, FFC ; compagnon de la Libération.

Fils de François Four, instituteur à Saint-Maurice, né à Tramoyes (Ain) le 16 décembre 1864, et de Marie Claire Bérier, née à Ouroux (Saône-et-Loire) le 5 juin 1866. Claudius Four se maria à Laiz (Ain) le 21 juillet 1923, avec Henriette Félicie Brizon.

Au moment de son incorporation, il était instituteur à Tramoyes (canton de Trévoux, Ain), où vivaient alors ses parents. Il bénéficiait d’un sursis, au titre de ses études. Il fut néanmoins incorporé le 16 décembre 1914 au 42e régiment d’infanterie. Nommé aspirant à titre temporaire le 16 avril 1915, il passa au 44e régiment d’infanterie le 21 suivant, puis au 372e régiment d’infanterie le 31 octobre 1916. Le 4 décembre, il fut promu sous-lieutenant à titre temporaire, et fut versé le lendemain au 175e régiment d’infanterie ; il fut alors envoyé en Orient le 7 décembre. Ce jour-là, il fut blessé au menton par un éclat d’obus, alors qu’il se trouvait sur le Mont de Monastir (cote 1248). Il fit l’objet d’une citation à l’ordre de la brigade (ordre n° 32, 29 novembre 1916) : « chef de section plein d’entrain et de courage, a porté sa section en assaut le 20 novembre 1916 pour arrêter une contre-attaque ennemie. [A réussi] à maintenir ses hommes en place malgré un violent bombardement et jusqu’à ce que l’assaillant ait évacué le point qu’il occupait ».

Le 30 novembre 1918, il fut nommé lieutenant à titre temporaire. Il reçut une deuxième citation le 11 décembre 1918, à l’ordre du régiment (ordre n° 99) : « Au front pendant plus de trois ans, s’est toujours fait remarquer par sa bravoure , son entrain, son allant. S’est particulièrement bien comporté pendant l’offensive de septembre contre l’armée bulgare ».

Revenu en France le 18 mars 1919, il fut démobilisé le 20 septembre 1919 et déclara se retirer à Tramoyes. Il fut affecté pour la mobilisation au 1er régiment de zouaves à Casablanca, le 24 décembre 1920 ; il était alors en effet instituteur dans cette ville, détaché à l’école du Camp d’aviation. Le 5 mai 1927, il résidait à Taroudant (Maroc) puis le 26 novembre 1939, à Mazagan (Maroc).

Claudius Four reçut la Légion d’honneur par décret du 5 juillet 1925 (JO du 8 juillet), et fut promu capitaine par décret du 16 juin 1935 (JO du 25 juin).
Rappelé à l’activité la 1er septembre 1939, il fut affecté au centre mobilisateur de l’infanterie d’Afrique. Il fut affecté au 21e régiment de zouaves, à Meknès (Maroc) le 25 février 1940, puis démobilisé le 9 août.

Claudius Four était par ailleurs franc-maçon à la loge de L’Atlantide, à Agadir (Maroc) et à celle de L’Amitié fraternelle, à l’Orient de Bourg-en-Bresse. Il refusa sa mutation d’office le 1er janvier 1941 et prit une retraite anticipée ; il était considéré comme un « esprit dangereux » par les services de la Résidence qui collaboraient avec le régime de Vichy. Il fut révoqué de son grade le 24 juin 1941, avant d’être arrêté et interné à Bou Denib dans le sud-marocain en août 1941. Libéré en juillet 1942, il fut expulsé.

Agent du BCRA du 1er novembre 1942 au 11 décembre 1943, recruté sur place au titre des Forces françaises combattantes Réseau (action P), Claudius Four quitta la France le 16 août 1943 pour rejoindre l’Angleterre, et arriva à Londres le 21 septembre.

Volontaire pour accomplir une mission en France, il fut détache en stage d’instruction et d’entraînement du 4 octobre au 8 novembre 1943, au terme de quoi il fut envoyé en France (opération aérienne Fareman) dans la nuit du 10 au 11 décembre 1943, en qualité de chargé de mission de 1ère classe (assimilé capitaine), pour prendre le commandement des opérations aériennes de la région P. Le Lysander qui le transportait fut touché près de Berry-au-Bac (Aisne), et s’écrasa La Ville-aux-Bois-lès-Pontavert. Claudius Four mourut carbonisé dans l’appareil.

Le site de l’ordre de la Libération indique ce qui suit à son sujet : « Après la défaite de juin 1940 en métropole, il est démobilisé en août et occupe les fonctions de directeur de l’école musulmane d’apprentissage de Mazagan. Refusant l’armistice, Claudius Four profite alors de sa position pour faire une propagande active en faveur du général de Gaulle. Il fait toujours partie de la réserve de l’armée d’Afrique.

Arrêté par les autorités vichystes à cause de son activité pro-gaulliste, il est interné dans un camp de concentration puis expulsé du Maroc en août 1942. Il rejoint alors la métropole.

C’est dans l’Ain, son département d’origine, que le capitaine Four entreprend ses activités résistantes, sous le nom d’emprunt de "Florent Berrier". Il monte tout d’abord un réseau de diffusion et de propagande puis prend contact avec Londres.

Il est engagé dans les Forces françaises combattantes le 1er novembre 1942 au titre de l’Armée secrète (AS) comme agent P 2, c’est-à-dire vivant dans la clandestinité et pris en charge financièrement par Londres.

Le capitaine Four se met sous les ordres de Paul Schmidt, connu sous le pseudonyme de "Kim", officier de liaison du BCRA auprès du mouvement de résistance Libération-sud, dont il devient l’adjoint. Sous les ordres de Kim, qui est également chef du Service des opérations aériennes et maritimes (SOAM) dans les régions R5 (Limoges) et R6 (Clermont-Ferrand), il s’agit d’organiser les parachutages pour les formations paramilitaires de Libération-sud, d’instruire ces équipes et de contribuer à l’exécution de divers sabotages.

Le groupe du capitaine Four, basé à Bourg-en-Bresse (Ain), s’illustre dans des attaques contre les lignes de chemin de fer servant au transport de forces allemandes. De nombreux sabotages sont à mettre à son actif. Claudius Four se spécialise également dans la recherche et l’aménagement de terrains d’atterrissage pour les avions à grosse capacité comme les Hudsons. Il fait partie des premiers à organiser l’atterrissage de plusieurs de ces avions.

Début 1943, il est chargé par Raymond Fassin (alias SIF), officier de liaison de Jean Moulin, de prendre contact avec les maquis alpins, alors en cours de formation. A l’issue de cette mission de première importance, son rapport sur leur organisation s’avèrera très précieux par la suite.

Mais l’activité incessante de Claudius Four, alias "Florent Berrier", finit par alerter la Gestapo qui se met à sa recherche. Il est alors envoyé sur Paris où il rejoint "Kim", qui dirige désormais le Bureau des opérations aériennes (BOA). Ses conseils avisés et son sens des responsabilités font de lui l’adjoint idéal, mais la Gestapo se fait trop menaçante. Dans la nuit du 15 au 16 août 1943, par une opération aérienne, il part pour Londres où il s’engage au Bureau central de Renseignements et d’Action (BCRA), le service de renseignements de la France combattante. [...]
Claudius Four a été promu commandant à titre posthume par arrêté du 21 octobre 1947.

Inhumé dans le cimetière anglais de la Musette près de Berry-en-Bac aux côtés de ses deux compagnons de mission, le lieutenant néo-zélandais Bathgate et le résistant Cossonneau dit « Moreau », son corps a été déplacé sur demande de sa famille en juillet 1948 au cimetière de Bourg-en-Bresse, où il repose depuis. ».

Son nom apparaît sur le monument aux morts de Bourg-en-Bresse, et à Paris (IXe arr.), sur le mémorial du Grand Orient de France, 16 rue Cadet.

Homologué comme membre des Forces françaises combattantes (GR 16 P 230468)
Claudius Four fut distingué par la Croix de la Libération, par décret du 7 août 1945. Il était également titulaire de la Croix de guerre 1914-1918 (sept citations), de la Croix de guerre 1939-1945 (une citation), de la médaille de la Victoire (dite Interalliée), de la médaille d’Orient, de la Croix de Serbie ; il était enfin officier du Ouissam Alaouite (Maroc). Il fut reconnu « mort pour la France » (AC 21 P 186442) à titre militaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article203000, notice FOUR Claudius, Florentin [alias Florentin, Berrier Florentin, Florent Berthier, Duc, Kim 3] par Frédéric Stévenot, version mise en ligne le 12 mai 2018, dernière modification le 31 janvier 2020.

Par Frédéric Stévenot

SOURCES. Arch. dép. Ain (1 R 397) ; SHD, dossiers adm. des résistants. — Sites Internet : mémoire des hommes ; mémorial GenWeb ; ordre de la Libération — État civil de Saint-Maurice-de-Beynost (1895, acte n° 4). — Renseignements fournis par Albert Ayache.

ICONOGRAPHIE. Ordre de la Libération

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